Impure Wilhelmina – Black Honey

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Style: Emo post hardcore metalliqueAnnee de sortie: 2014Label: Hummus Records / Division Records / GPS ProdProducteur: Serge Morattel et Matthieu Hardouin

Quelle délicieuse surprise alors qu’on les croyait enterrés, d’apprendre le retour des suisses d’Impure Wilhelmina 6 ans après l’excellent Prayers & Arsons, et avec un nouvel album en plus! Il semble que l’accouchement de Black Honey ait pris du temps, puisque l’album devait apparemment initialement sortir quasiment un an plus tôt.

Leurs précédents albums m’ont profondément marqués et je les vénère tous à peu près de la même façon (même si je garde une préférence, peu originale, pour l’Amour, la Mort…). Si certains ont pu être déçus par Prayers and Arsons, ça n’a pas été du tout mon cas, et c’est même finalement peut-être l’album que je ressors le plus souvent. Je n’avais donc aucune inquiétude et mon premier contact avec ce nouvel album s’est fait sereinement. Comme c’était le cas avec Prayers, la première écoute a pourtant été assez mitigée, ce d’autant que l’on est d’entrée de jeu saisi par le constat que Michael a quasiment définitivement remisé son chant agressif au placard, au profit de son chant « clair » que l’on connaissait certes déjà, mais qui n’avait jamais occupé jusque-là une place aussi importante. C’est donc une petite révolution que représente Black Honey dans la discographie de Impure Wilhelmina.

Et cette révolution, il faut quelques écoutes pour l’assimiler. Et alors l’évidence s’impose, les suisses signent un nouveau bijou qui rejoindra fièrement ses aînés pour continuer à enrichier une discographie tout à fait exemplaire.

Car le chant a beau être apaisé (même s’il y a pour le coup quelques moments, certes brefs, qui sont hurlés comme jamais façon Neurosis, sur « Submersible Words », « Chest » et surtout sur « Grand Gendarme »), on reconnaît sans mal le style IW, cette mélancolie rageuse, ces mélodies sublimes plombées par des passages bien lourds (le final sublime de « Chest », miam, celui de « Black Horse » jouissif, ou la conclusion de « God Rules His Empire ») ou des accélérations rock voire même metal (il y a même des blasts beats sur cet album, première fois à ma connaissance, sur  « Uncomfortable Life »).

La voix de Michael (par ailleurs parfois doublée, là aussi pour la première fois?) est toujours sur la brèche, ceux qui connaissent et apprécient IW ne devraient pas être choqués, puisqu’on sait depuis longtemps que le registre de Michael est particulier et lui est vraiment propre, à la limite de la justesse parfois. Mais sa voix finalement si belle quand on accepte sa fragilité, et surtout si touchante, apparaît plus que jamais comme LA voix dont la musique d’IW ne peut absolument pas se passer sans perdre sa raison d’être, et ce même si le groupe semble nous faire mentir en nous démontrant en 2min32 qu’il est capable de s’en passer le temps d’un « Mute » bien nommé. La rage est moins présente, mais ce n’est que pour mieux accentuer la mélancolie de l’ensemble, toujours bien présente et ô combien. Quel bel exemple que ce « For the Man That I Love » chanté avec pour seul accompagnement un clavier façon orgue. On pense pour la première fois à Robert Smith en entendant Michael chanter sur ce disque, particulièrement sur « Grand Gendarme », avec ce mélange d’émotion désespérée et cette façon de flirter avec virtuosité, et sans jamais s’y vautrer, avec la fausseté.

Il n’y a rien à jeter sur cet album, varié, intelligent, dont on s’imprègne écoute après écoute, petit à petit, car il apparaît vraiment comme plus complexe que Prayers and Arsons qui était plus direct. S’il y a bien un titre à mettre en avant à mon sens, c’est certainement « Black Horse », qui démarre en douceur (évoquant des passages de l’Amour, la Mort…) toujours parcouru de cette impressionnante mélancolie/tristesse et même d’un certain renoncement lorsque Michael répète ces paroles telles des incantations « let the silver light fade out, and teach the people what darkness means » avant que la lourdeur s’abatte effectivement sur l’auditeur avec force pour l’achever par une sublime mélodie émergeant du chaos. Une véritable oeuvre d’art encore une fois qui montre le génie de composition des suisses.

Et cette ambiance mélancolique parcourt véritablement le disque du début à la fin, la tristesse est toujours là, le désespoir caché en embuscade (au point de reconnaître que Satan est le « lord of this world » sur « The Enemy ») comme sur « Courageous »sur lequel le narrateur s’encourage et se motive pour faire face aux épreuves du monde tout en souhaitant vivre une autre vie et ce même si « Joseph » semble marquer une certaine renaissance, celle d’un espoir peut-être, avec ses tonalités de berceuse, comme si le titre était dédié à un enfant à qui on essaye de faire oublier temporairement les horreurs du monde.

Un putain de chef d’oeuvre et pour le moment rien de moins que l’album de l’année 2014 à mon sens!

Tracklist :
1.The Enemy
2.Submersible Words
3.Chest
4.Grand Gendarme
5.Black Horse
6.Joseph
7.Mute
8.Uncomfortable Life
9.Courageous
10.For The Man That I Love
11.God Rules His Empire

 

krakoukass

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krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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5 Commentaires

  1. ichimatsu says:

    Pinaise j’sais pas s’qui s’passe en ce moment mais plus ça va et plus je découvre des groupes Suisse qui sortent grave du lot et qui proposent un rock (metal-post-rock…) dès plus intéressant. Impure Wilhelmina que je découvre grâce à Eklektik mais je pense aussi à Ventura et aussi peut-être Castles (sont Suisse ceux-là ?), album en vinyl que je vient d’acheter (superbe objet en passant, musique tout aussi génial). Bref très bien cette musique. Voix assez énigmatique et original en soi. Ça sent la dépense pour un vinyl de plus tout ça. Merci encore pour cette découverte.

  2. Benson says:

    Le titre en écoute me fait vraiment penser à Discouraged Ones de Katatonia.

  3. beunz beunz says:

    ichimatsu> Jette-toi sur les albums précédents (surtout L’amour, la mort…) ! Et pour info, Castles sont belges ;)
    Sinon j’ai pas encore pu écouter mais vu cette alléchante chro, je vais pas tarder

  4. SadMafioso says:

    Je l’aime aussi beaucoup cet album, sur la forme c’est plus « lisse » que les albums précédents, sur le fond ça me touche quand même ! Ce n’est pas « L’amour, la mort… » ni même « I can’t believe… » mais je pense que ça va beaucoup tourner dans les semaines qui viennent

  5. Marbaf says:

    Quelle Kro ! J’achète !

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