Bloodbath – Grand Morbid Funeral

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Style: Old school Death MetalAnnee de sortie: 2014Label: PeacevilleProducteur: David Castillo

Les chaises musicales continuent au sein du all-star band du death metal, Bloodbath. Petit résumé des épisodes précédents pour ceux qui n’ont pas tout suivi : Mikael Åkerfeldt (leader et chanteur d’Opeth) occupait donc d’abord le poste de hurleur sur Breeding Death et Resurrection Through Carnage (respectivement premier EP et premier album du groupe), avant de quitter le navire et d’être remplacé par Peter Tägtgren (leader d’Hypocrisy et Pain) sur l’excellent Nightmares Made Flesh sorti en 2005. C’est ensuite… Mikael Åkerfeldt qui a repris le poste à la place de Tägtgren, tandis que Dan Swanö, dans le line-up de départ du groupe, finissait par quitter le groupe en 2006.  Sont alors sortis avec Mika au gruik, le non moins excellent Unblessing the Purity (un deuxième EP) et le juste bon (tutoyant par moments le très bon) mais tout de même un peu décevant the Fathomless Mastery, avec deux nouveaux membres Per Eriksson à la guitare, et Martin Axenrot (Opeth) à la batterie.

Après la sortie d’un décevant DVD (Bloodbath over Bloodstock), Åkerfeldt annonce en 2012 qu’il claque définitivement la porte du bain de sang, trop occupé par l’actualité d’Opeth et n’éprouvant plus forcément de plaisir à s’adonner à l’appel du sang avec ses camarades et amis. Les autres membres (les membres originels Anders Nyström -l’illustre Blakkheim- et Jonas Renkse de Katatonia, complétés par de Per Eriksson et Martin Axenrot donc) annoncent en 2013 qu’un nouvel album est déjà en préparation et qu’un nouveau chanteur a déjà été trouvé, sans révéler l’identité du nouveau boucher. Plus de nouvelles pendant quelques mois, puis en 2014, quelques semaines seulement avant l’arrivée de ce Grand Morbid Funeral, l’annonce est faite, le secret enfin éventé : Nick Holmes (chanteur de Paradise Lost) devient le nouveau chanteur de Bloodbath. L’avenir dira pour combien de temps, mais dans un premier temps les commentaires sur le net font état d’une énorme surprise. Personne n’avait vu venir cette annonce (même si rétrospectivement on se rappellera que les deux membres fondateurs, Jonas et Anders, sont depuis toujours de grands fans de Paradise Lost, on imagine donc à quel point l’arrivée de Holmes doit être pour eux l’aboutissement d’un rêve), annonce qui ne manque pas de susciter moult spéculations, notamment sur la capacité de Holmes à growler et à se montrer à la hauteur de ses illustres prédecesseurs. Même après la diffusion des premiers extraits, certains ne cachent pas leur déception et crachent allégrement sur Holmes, critiquant vertement le choix du groupe.

Au final, l’écoute de l’album dans son intégralité est un véritable choc, et pour cause : non seulement Holmes est incroyablement bon, mais en plus l’album est juste une tuerie absolue, à tel point que pourtant très très fan du groupe et notamment de Nightmares Made Flesh, je n’ai aucun mal à affirmer haut et fort que Grand Morbid Funeral est juste à mes yeux, et de très loin, le meilleur album sorti à ce jour par Bloodbath, parfait du début à la fin, phénoménal dans son intégralité.

Cela dit il est clair que l’album pourra peut-être déstabiliser les amateurs du groupe, ne s’inscrivant pas vraiment dans la continuité des précédentes sorties du groupe et représentant à mon avis une rupture dans l’histoire du groupe, et pas seulement du fait du changement de chanteur. A la rigueur pourrait-on y voir un retour au son et au style des deux premières sorties, mais le groupe a encore accentué la noirceur et le côté sombre voire funeste et même morbide, comme son titre l’indique d’ailleurs. L’album est moins bourré de « tubes », plus homogène, et plus tourné sur l’ambiance, plus « old-school » aussi dans l’esprit, là où the Fathomless Mastery était plus moderne dans l’approche. Il est également moins « rapide », le groupe ayant levé le pied sur les blasts privilégiant l’atmosphère. Il nécessite à ce titre davantage d’écoutes pour en apprécier la substantifique moelle. Mais après quelques écoutes c’est vraiment le pied total, on plonge avec délice dans cette macabre ambiance, et c’est dans ce registre que Nick Holmes brille particulièrement s’illustrant par une performance très différente de celle de Mika et Peter, et surtout parfaitement en adéquation avec l’ambiance sombre et malsaine de la musique du groupe sur ce nouvel opus. Son chant caverneux est loin du gros growl puissant, mais arbore au contraire des tonalités malsaines, sales, qui surprennent d’abord mais convainquent très vite. Il est évidemment très loin de son registre de prédilection dans Paradise Lost (sauf à se replonger dans les toutes premières sorties du groupe anglais), mais il montre que les limites vocales qu’on lui a parfois prêtées, ne correspondent pas forcément à la réalité.

Musicalement, le ton est sombre, plus que jamais, et les renforts doom et mélodiques caractéristiques du jeu de Blakkheim toujours d’actualité, pour notre plus grand bonheur. Même si le rythme est plutôt majoritairement soutenu, voire très soutenu, on se rend compte que Bloodbath marque encore et toujours un maximum de points dans les registres plus lents, comme sur la doublette « Anne » (faussement mid-tempo) et surtout « Church of Vastistas » à l’ambiance glaçante. Tout ceci étant renforcé par un son et une production massifs et juste sales comme il faut. Les guitares en particulier ont un son d’une puissance incroyable avec en prime cette tranche de gras qui renvoie au death metal suédois des années 90.

Pas de grand tube à signaler (encore que… « Unite in Pain », « Let the Stillborn Come to Me » et « Famine of God’s Word » n’en sont pas loin), mais après quelques écoutes il y a fort à parier que vous considérerez tous les titres dans leur ensemble comme du très haut niveau, homogène et sans moment faible (à la rigueur petite baisse de régime sur « My Torturer » mais je chipote), ce qui est finalement largement plus satisfaisant sur la durée que de devoir se raccrocher à quelques compos largement au-dessus du reste et passer le reste du temps à attendre qu’elles arrivent. Ici, pas la moindre trace d’ennui, on jouit à répétition et on se félicite grandement de l’orientation intelligente choisie par le groupe qui aurait de toute façon eu du mal à rester dans le même registre en assurant le même niveau que par le passé (ce que la « déception » The Fathomless Mastery laissait déjà apparaître avec une orientation plus moderne peu satisfaisante).

A noter que l’on retrouve sur le morceau-titre, Chris Reifert et Eric Cutler, respectivement chanteur et guitariste du légendaire groupe de death Autopsy qui fait d’ailleurs partie des groupes auxquels Bloodbath rend hommage. La boucle est bouclée en quelque sorte et Reifert rajoute une sauvagerie et un côté primitif qui marchent très bien et concluent l’album dans une sorte de paroxysme gerbatoire très à propos.

Les amateurs de death auront du mal à faire la fine bouche en 2014 avec le nombre d’excellentes sorties dans le genre. Grand Morbid Funeral vient d’ailleurs mettre un coup de latte dans la hiérarchie du genre et les listes de fin d’année. Absolument incontournable et monstrueux.

Tracklist :
1. Let the Stillborn Come to Me
2. Total Death Exhumed
3. Anne
4. Church of Vastitas
5. Famine of God`s Word
6. Mental Abortion
7. Beyond Cremation
8. His Infernal Necropsy
9. Unite in Pain
10. My Torturer
11. Grand Morbid Funeral

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

krakoukass a écrit 900 articles sur Eklektik.

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Commentaire

  1. Kane says:

    Entièrement d’accord avec la chronique.

    Une bombasse d’album pour un groupe que je n’attendais pas à ce niveau. L’apport de Nick Holmes est indéniable dans la réussite de ce disque.

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