Perturbator – The Uncanny Valley

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Style: SynthwaveAnnee de sortie: 2016Label: Blood Music

La synthwave sera t-elle le néo metal de notre époque ? Il y aurait en effet beaucoup à dire sur un genre qui semble exploser aujourd’hui, attirant toujours davantage de suiveurs, tentant de reproduire avec plus ou moins de succès ce que les leaders du genre se sont appliqués à construire patiemment. S’il y en a un qu’on ne peut pas taxer de suiveur, c’est bien Perturbator, dont la discographie déjà conséquente parle pour lui. James Kent c’est son nom (et pour évacuer tout de suite la dimension people dont on se fout mais qui peut donner des éléments de contexte pour comprendre comment ce « gamin » a pu tomber dans la musique dès son plus jeune âge, il est bien le fils de Nick Kent, et de la critique musicale Laurence Romance), a balancé son premier opus dès 2012, ce qui concernant une scène encore récente, est déjà la preuve d’une conséquente ancienneté et légitimité. Pourtant le jeune homme n’a que 23 ans, autant dire qu’il n’a pas perdu de temps, et que l’avenir lui appartient!

Perturbator, comme Carpenter Brut (et Dan Terminus, ou encore GosT) appartiennent à la frange moderne de la synthwave apparue il y a quelques années seulement, celle composée d’artistes qui ne cherchent pas seulement à faire revivre les années 80 (contrairement aux papes de la scène « classique » comme Mitch Murder ou Lazer Hawk) à travers leur musique, mais qui agrémentent leurs sons de sonorités plus modernes, en empruntant au passage certaines approches musicales à d’autres cadors de la scène électro comme Justice (particulièrement pour Carpenter Brut chez qui on retrouve cette efficacité), ou en choisissant une approche plus « dure », sombre et agressive de cette musique synthétique. L’influence des jeux vidéo est là, celle du cinéma également, ainsi que celle du métal dont sont pour la plupart issus ces nouveaux reconvertis de la musique électronique.

Le jeu vidéo Hotline Miami, sorti fin 2012, a fait beaucoup pour cette scène, son imagerie old-school, ses thématiques geek/adultes avec pour bande son la musique de Perturbator ou Carpenter Brut (entre autres) ont en effet rapidement parlé aux trentenaires, qui revivaient avec ce jeu, leur passé et leur découverte des jeux vidéo pixélisés 30 ans plus tôt. Ce fut la vitrine parfaite pour ses artistes de la synthwave moderne, et la scène a pu exploser, largement poussée par le one-man label visionnaire finlandais Blood Music qui a signé tous les artistes majeurs de cette scène (sauf Carpenter Brut pour le moment).

Si l’on peut craindre que la saturation de cette scène survienne rapidement et que les suiveurs multiples entraînent sa chute à terme, pour le moment on peut avec plaisir continuer à apprécier cette musique surtout lorsqu’elle est créée avec talent et inspiration comme chez Perturbator. J’avoue pourtant avoir eu du mal à rentrer pleinement dans cet album, il m’a fallu plusieurs écoutes pour me laisser harponner par les thèmes entêtants de la musique du jeune homme. Son précédent opus, le pourtant réussi Dangerous Days, ne m’avait déjà pas complètement convaincu, la faute à certains choix discutables de mon point de vue et à quelques morceaux de remplissage ou des longueurs qui venaient mettre à mal l’efficacité globale de la musique du français. Avec The Uncanny Valley, Perturbator passe avec brio l’épreuve du 4ème album, sans apporter de nouveautés particulièrement marquantes mais en affinant et perfectionnant sa recette au maximum, livrant ainsi, ce qui s’impose après quelques écoutes comme son meilleur album, et de loin.

Dès l’entame de « Neo Tokyo », on est mis dans le bain de cette quasi B.O. d’un film de SF (se déroulant dans un Tokyo futuriste en 2112) qui alterne passages burnés et dansants (« Neo Tokyo », « Disco Inferno », « She Moves Like a Knife », « Diabolus Ex Machina », « Cult of 2112 »), titres plus ambiancés ou mix des deux, avec comme c’était déjà le cas sur son album précédent, quelques invités qui viennent apporter de la variété à un album long de 13 titres (sans compter les bonus de l’édition limitée). J’avais un peu raillé les titres avec chant féminin « moisi » qu’on retrouvait notamment chez Perturbator et qui n’étaient pas de mon goût, dans ma chronique de Carpenter Brut. Perturbator persiste et signe, et avec raison, car il m’a réconcilié avec le concept. C’est ainsi que Greta Link, une new-yorkaise avec laquelle le français a d’ailleurs déjà collaboré, vient poser sa belle voix sur l’excellent « Venger », le titre de synthwave avec chant féminin le plus réussi depuis… toujours? Dans une veine plus atmosphérique, Hayley Stewart pose sa voix avec efficacité sur « Sentient ». Mais les collaborations ne sont pas toujours couronnées de succès à mon goût. C’est ainsi que les collègues de label d’Astronoid apportent leur patte sur un « Souls at Zero » tout en ambiance mais en demi-teinte. Idem pour « Femme Fatale » un titre que Perturbator voulait dans un registre un peu jazzy/club en collaboration avec Highway Superstar, qui n’est pas trop mal réussi, mais un peu hors sujet à mon avis sur l’album même s’il faut lui reconnaître le mérite de permettre un changement d’atmosphère et de contribuer grandement à la variété des ambiances de l’album.

C’est là où l’on touche du doigt le léger défaut de cet album, car pour moi Perturbator est le meilleur lorsqu’il s’agit de faire péter les morceaux qui tapent fort mais il s’agit probablement d’une affaire de goût, d’autres seront certainement plus sensibles au côté « varié » et musique de film qu’on peut aussi retrouver dans sa musique. Je ne peux m’empêcher d’estimer pour ma part que l’on aurait pu se passer de quelques titres sur l’album (« Femme Fatale » et « Souls at Zero » donc), en les remplaçant idéalement par les meilleurs titres du cd bonus (« Vile World » et surtout le fantastique « VER/SUS (Demo) »). En l’état et surtout si vous faites l’acquisition du cd bonus qui vaut son pesant de cacahuètes (également pour ce remix arcade génial de son « Future Club » qui figurait sur Dangerous Days), The Uncanny Valley n’en est pas moins le meilleur album de synthwave de l’année et une belle grosse tuerie recommandée chaudement. Reste à voir si Carpenter Brut nous sortira quelque chose cette année…

Comme d’habitue avec cet excellent label qui a tout compris, l’album et le disc bonus sont téléchargeables gratuitement sur le bandcamp de Perturbator et de Blood Music.

Tracklist :

1. Neo Tokyo
2. Weapons For Children
3. Death Squad
4. Femme Fatale (feat. Highway Superstar)
5. Venger (feat. Greta Link)
6. Disco Inferno
7. She Moves Like a Knife
8. Sentient (feat. Hayley Stewart)
9. Diabolus Ex Machina
10. Assault
11. The Cult of 2112
12. Souls at Zero (feat. Astronoid)
13. The Uncanny Valley

The Uncanny Valley Bonus disc :

1. Vile World
2. The Church
3. Consecration
4. Hard Wired (Instrumental)
5. Venger (Instrumental)
6. Future Club (Arcade Version)
7. VER/SUS (Demo)

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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