Zeal and Ardor – Devil is Fine

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Style: Gospel Electro (Black) MetalAnnee de sortie: 2017Label: Caroline Records

Les passionnés ont par définition tendance à s’enflammer. C’est plus fort qu’eux, il faut qu’ils usent de termes excessifs ou oublient toute mesure, emportés qu’ils sont (que nous sommes) par leur élan. Manuel Gagneux, ce suisse américain qui a monté ce projet Zeal and Ardor, en a été une victime récente, puisque son album Devil is Fine a été tour à tour encensé comme une oeuvre géniale, majeure, mais aussi taxé d’imposture et de machin inaudible et raté par d’autres enragés.

Il faut dire que la genèse de cet album a de quoi laisser songeur : Manuel, qui n’avait jusque là sévi que dans la pop de chambre avec Birdmask, s’est retrouvé mis au défi par plusieurs utilisateurs du réseau social 4Chan, de mêler Black Metal et Musique Noire (gospel). Ce qui aurait pu passer pour une blague ou une belle grosse connerie, s’est finalement retrouvé concrétisé et transformé en réalité. Devil is Fine était né. D’abord diffusé « gratuitement » sur bandcamp en 2016, l’album a très vite été repéré jusque dans les maisons de disque, au point que l’ami Manuel s’est retrouvé à signer MVKA, Reelmusic et même sur Caroline Records (division « indé » du groupe Universal Music) pour ressortir et distribuer son album partout dans le monde en 2017.

De mon côté, ma première réaction de passionné avait été en 2016 de conspuer ce « groupe » et ce projet ridicule, y voyant une démarche grotesque et brouillonne. Si je suis en train d’écrire une bafouille sur cet album, c’est qu’au final, j’ai reposé périodiquement mes oreilles dessus, au point de réaliser que non cet album n’était ni un gros étron fumant, ni un putain de coup de maître incroyable mais tout simplement un bon premier jet, annonciateur peut-être de choses plus abouties et réussies pour la suite.

Car les 25 minutes de cet album sont à la fois intéressantes, étranges, et parfois un peu brouillonnes, mais la fraîcheur qui s’en dégage finit par interpeller positivement (en tout cas dans mon cas). Dire que Zeal and Ardor fait du black metal est à mon avis largement exagéré, puisqu’en guise de black metal, on a simplement droit à quelques « yeeeeeeeeeeeeeaaaaaaaaaahhh » evil et à des blast beats des familles. On pourrait se trouver plus véritablement dans une sorte de metal avant-gardiste, sur la base duquel l’ami Manuel balance un chant gospel avec quelques ambiances en mode « évocation d’esclavage pour les nuls » avec des bruits de chaîne par exemple. Plus incongru et difficilement connectable au concept, peut-être pour remplir au final un album trop court (ce qu’il est toujours au final faisant davantage figure d’EP), Manuel nous propose 3 interludes électro bien décalés (les « Sacrilegium I », « II » et « III »). Très agréables au demeurant et même très réussis en fait, on peine quand même à percevoir le rapport entre les ambiances de ces titres et le concept de l’album, et quelques instrumentations m’ont bizarrement évoqué le mythique The Art of Dreaming de Golden Dawn.

C’est ce côté inabouti, voire brouillon qui peut gêner et laisser à penser que Manuel Gagneux aurait pu gagner à prendre davantage de temps pour finaliser un album qui n’était peut-être pas vraiment terminé. D’autant que les titres sont tous courts (autour de 3 minutes), allant droit au but, ce qui peut être vu comme positif certes, mais l’on ne peut s’empêcher de penser qu’ils auraient aussi pu mériter d’être parfois davantage développés et peaufinés. Et pourtant, aussi imparfait que soit ce premier album, force est de constater qu’il se révèle au final agréable à l’écoute et rafraîchissant comme je l’évoquais plus haut. Une bonne première carte de visite dont il reste à espérer que Manuel Gagneaux saura tirer profit pour nous proposer de belles choses par la suite, en creusant encore son propre sillon ou en allant, qui sait, explorer d’autres horizons.

Un bon petit album donc en réalité, et c’est déjà pas mal.

Tracklist :

01 – Devil is Fine

02 – In Ashes

03 – Sacrilegium I

04 – Come on Down

05 – Children’s Summon

06 – Sacrilegium II

07 – Blood in the River

08 – What is a Killer like You Gonna Do Here ?

09 – Sacrilegium III

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

krakoukass a écrit 804 articles sur Eklektik.

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