Atheretic – Apocayptic Nature Fury

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Style: Death Metal TechniqueAnnee de sortie: 2006Label: Galy Records

Certains collectionnent les singles de Iron Maiden, d’autres les albums de Senmuth, d’autres encore les canards vivants. C’est au début des années 90 que j’ai commencé à collectionner les groupes de Death Technique. Cette recherche frénétique a naturellement connu des vagues et des creux ; comme pour le bon vin il y eut d’excellents crus, des piquettes et des années de disette. De peur de manquer, je décidais même de ne pas être trop sélectif, de dépasser la limite définie, mais poreuse du style, et d’accueillir dans ma collection des albums que d’autres auraient écartés. Je pensais les avoir tous attrapés, aussi quelle ne fut pas ma stupeur de découvrir Atheretic plus de dix ans après leur dernier méfait.

Pour ma défense, Atheretic n’a sorti que deux albums et semble avoir raté la marche de la reconnaissance internationale, contrairement à Quo Vadis ou plus tard Beyond Creation. Ne doutons pas que sur leur terre, Apocalyptic Nature Fury campe une solide réputation (le contraire serait injuste) ; il n’empêche qu’il était passé sous mon radar jusqu’il y a peu.

Évacuons d’emblée la protestation des puristes qui lèveront le carton rouge en arguant le fait que Atheretic est un groupe de Brutal Death Technique. Il n’est pas question d’attiser de vieilles querelles de chapelle, mais de faire connaître cet album à ceux qui aiment s’arroser copieusement les esgourdes avec un déluge de notes et de double-pédale. Alors, rangeons les armes, et concentrons-nous sur ce qui nous intéresse. Atheretic dépasse le cadre strict du Death Technique, n’y revenons plus.

Quelques mesures suffisent pour se faire une idée de l’intensité du phénomène. Pour tout dire, il manque des barreaux à l’échelle de Richter pour une étude plus complète. Le pluviomètre a enfilé son masque et son tuba, le baromètre fait une dépression et l’anémomètre se prend pour un hélicoptère. Un cyclone impensable plane au-dessus d’un tsunami monstrueux ; des failles larges comme des pays avalent voitures et immeubles ; des arbres centenaires sont arrachés du sol comme de vulgaires brindilles trop sèches. Crues torrentielles, avalanches, mouvements de terrain, Gaïa frappe dans la fourmilière humaine qui s’éparpille et disparaît dans un chœur de pleurs et de cris. Cet événement naturel dangereux paroxystique imprévisible et mondial (reprenez votre respiration) ne vient pas au hasard décrire la musique de Atheretic, puisque la puissance de la Nature est au cœur de Apocalyptic Nature Fury.

Le Death Metal de Atheretic est extrêmement complexe. Il ne saurait en être autrement avec des musiciens comme Dominic « Forest » Lapointe, bassiste dont la dextérité n’est plus à prouver (l’ouragan fretless dans Beyond Creation et First Fragment -entre autres-, c’est lui), Jean-Sébastien Gagnon qui depuis martèle les fûts dans Phobocosm, ou encore Alex Leblanc également remarquable derrière le micro de Neuraxis. Vous voyez le topo : ça bûche du caribou et avec un énorme savoir-faire.

Il se dégage de cet album une aura particulière, un gros niveau d’exigence technique mêlé à quelque chose de beaucoup plus… viscéral. On ne respire pas, on avale de force l’air glacé d’un cataclysme. On ne headbangue pas, on subit des secousses qui déboîtent les sismographes. Les morceaux sont malmenés par des rafales instables ; des trombes de plomb assomment et arrachent les limites. En cela d’accord, Atheretic est un groupe brutal, mais ce n’est jamais au détriment de la créativité ; les riffs et patterns de batterie se succèdent et s’entremêlent, étonnent et détonnent, la basse virevolte et gougouille (je dépose un copyright dès demain), les vocaux appuient le propos ou s’effacent au profit d’une parenthèse instrumentale improbable. S’il est clair que l’on peut se sentir submergé par la succession de mandales qui dérouillent, et prétexter un mal de crâne imminent afin d’abréger ses souffrances, on ne peut reprocher à Apocalyptic Nature Fury d’être ennuyeux.

« When none is left to destroy, mankind will eliminate itself », et s’il ne devait rester qu’un album de Death Technique marquant à dénicher avant de mettre un point final à ma collection (qui s’arrête grosso modo à la sortie du deuxième album d’Obscura), il fallait que ce soit celui-là. Il dépasse certes un peu du cadre, mais je ne saurais que fortement conseiller cet album à ceux qui, comme moi, auraient eu les oreilles ailleurs en 2006, au hasard sur Conductor’s Departure de Anata, United In Regret de Arsis, Akeldama de The Faceless ou Organic Hallucinosis de Decapitated.

Une belle année, définitivement.

Tracklist :
1. Nature Laughs Last
2. Evolution
3. The Invisible Force
4. Solaris (Revive In Thermal Aggression)
5. Aquatic Redemption
6. Equinox
7. Of Dust & Soil
8. Sphere (Rotten And Consumed)
9. Hunter of Seasons

Groupes cités dans la chronique

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Commentaire

  1. RBD says:

    ‘Faudrait que je me mette en chasse du premier album, tiens. C’est terriblement intense, plus violent que le reste du Death technique Québécois sans être pourtant du vrai brutal comme Cryptopsy.

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