Opeth – In Cauda Venenum

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Style: Metal Prog Annee de sortie: 2019Label: Nuclear Blast

L’heure de la réconciliation est enfin arrivée! Vous aurez sûrement remarqué que nous n’avions pas chroniqué les deux précédents albums d’Opeth (Pale Communion et Sorceress). La raison en est simple : malgré le respect que l’on aura toujours pour le groupe, nous avions toujours eu du mal à accepter le changement radical d’orientation choisi par les suédois à partir de l’album Heritage (dernier album chroniqué dans ces pages).  On comprend aisément que l’amour de Michael Akerfeldt pour le prog’ et les années 70s ait totalement pris l’ascendant sur sa passion passée pour le death metal, mais on restait jusque-là franchement sur notre faim en comparant les derniers opus d’Opeth, à ses plus anciens chefs d’oeuvre (My Arms Your Hearse, Blackwater Park, Deliverance et même Watershed).

Nous avions rapidement survolé les deux derniers opus sans être suffisamment intéressés à chaque fois pour multiplier les écoutes. Mais hourra, ce nouvel album marque clairement un nouveau tournant pour Opeth : la bande à Akerfeldt semble avoir réussi à trouver l’alchimie parfaite entre son énergie metal et ses amours pour le prog’. Même si on ne retrouve pas le chant death qui nous manque tant chez Opeth, il y a quelque chose qui manquait sur les précédents disques, qu’Opeth semble avoir ici retrouvé.

Après une intro (excellente) instrumentale mêlant électronique, synthétiseur simulant des chœurs très 70’s dans l’esprit, et bruits de la ville, qui nous plonge dans l’ambiance et nous donne fortement envie de découvrir la suite, on se retrouve rapidement en terrain connu avec les riffs typiquement opethiens (à noter que les plans saccadés  de « Charlatan » font beaucoup penser à « The Grand Conjuration » sur Ghost Reveries jusque dans l’utilisation du mellotron, une auto référence pas gênante mais assez notable) et les mélodies vocales dont le groupe a le secret (et qui évoquent quand même pas mal Steven Wilson) de « Svekets Prins ».

Ah oui… Il est peut-être déjà important de mentionner que ce nouvel album d’Opeth a été pour la première fois de l’histoire du groupe écrit en suédois, et que la version originale est donc chantée en suédois par Akerfeldt. Pour ne pas effrayer ses fans qui se montreraient peu attirés par sa langue natale, ce dernier a tout de même pris la précaution (et on mesure le travail colossal que cela a du représenter) d’enregistrer une version anglaise de chacun des titres. On retrouve dans la version deluxe de l’album ces deux versions, et autant être clair tout de suite : il n’existe pas à notre avis de meilleur moyen de se plonger dans l’album que d’écouter la « vraie » version, la suédoise donc. Sans aller jusqu’à dire que la version anglaise trahisse la qualité de l’album, les mélodies vocales et tonalités employées sont différentes, et le charme de la version suédoise a rapidement emporté notre adhésion d’autant que les quelques voix d' »ambiance » que l’on retrouve à différents endroits sur l’album (au démarrage de « Hjärtat Vet Vad Handen Gör » par exemple ou durant la fin de l’introduction avec cette voix d’enfant) sont de toute façon en suédois même sur la version anglaise de l’album.

On le disait, le groupe semble à notre avis avoir trouvé l’alchimie parfaite entre ses racines metal et son amour pour le prog’ vintage. Il en résulte des titres à la fois puissants, riches en riffs (« Hjärtat Vet Vad Handen Gör ») qui distillent néanmoins ce parfum vintage bien représenté aussi par cette pochette à l’avenant (et franchement jolie).

Evidemment on est chez Opeth, la richesse instrumentale est toujours de la partie (le recours à de nombreux instruments divers et variés, mellotron évidemment, cordes en tout genre, est toujours de la partie avec des arrangements difficiles à prendre en défaut), les solos de guitare sont pour la plupart assez fabuleux, et il va sans dire que malgré le jugement assez sévère qu’Akerfeldt semble avoir sur sa voix et ses qualités (ou non qualités selon lui) de chanteur, on ne peut que rester coi devant sa performance magistrale une fois encore. Il est certain que s’il est un registre dans lequel le groupe et donc Akerfeldt, par ailleurs excellent depuis son premier album pour installer des ambiances dont il a seul le secret, a vraiment progressé, c’est définitivement sur le plan de la performance vocale. Il suffit d’écouter les premiers albums d’Opeth pour mesurer combien Michael a gagné en assurance et combien son timbre clair est aujourd’hui en tout point supérieur à celui beaucoup plus fragile et peu assuré de son jeune Lui. Ses montées dans les aigus sur « De Närmast Sörjande » ou « Ingen Sanning är Allas » auraient ainsi pu être bien casse-gueule, il n’en est rien au final, et l’on peine à trouver le moindre défaut dans sa performance tout au long des 67 minutes de l’album. Même la balade de l’album, « Minnets Yta », sans être à mon sens aussi marquante qu’un « Burden » sur Watershed, est assez superbe et franchement poignante, et évidemment c’est d’abord grâce à la performance une fois encore parfaite du frontman d’Opeth, même si le piano et la basse ont également leur rôle à jouer et le jouent parfaitement.

Un album long, riche, qui demandera plusieurs écoutes pour bien en cerner toutes les qualités, même s’il se montre généreux et offre dès la première écoute de nombreux passages accrocheurs et satisfaisants. On pourrait chipoter en disant que « Kontinuerlig Drift » est un peu moins passionnant peut-être, surtout coincés entre les géniaux « Banemannen » (cette ambiance jazzy incroyable!!) et « Allting Tar Slut » final inquiétant qui fleure bon les années 70 et nous emporte une fois encore avec sa mélodie conclusive géniale. Mais ce n’est vraiment que chipotage, il est frappant de voir à quel point 67 minutes peuvent passer vite quand on prend autant son pied…

Vous le lirez à peu près partout mais c’est bien vrai : Opeth a largement sorti avec In Cauda Veneneum, le meilleur album de sa deuxième ère,  et un chef d’oeuvre de plus qui va aller rejoindre les albums mythiques du groupe cités en début de chronique. Un album qui sera difficile à détrôner en 2019 malgré les sorties de grande qualité dont l’année n’est pas avare…

Tracklist :
01 – Livets trädgård / Garden Of Earthly Delights
02 – Svekets prins / Dignity
03 – Hjärtat vet vad handen gör / Heart In Hand
04 – De närmast sörjande / Next of Kin
05 – Minnets yta / Lovelorn Crime
06 – Charlatan / Charlatan
07 – Ingen sanning är allas / Universal Truth
08 – Banemannen / The Garroter
09 – Kontinuerlig drift / Continuum
10 – Allting tar slut / All Things will Pass

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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Commentaire

  1. RBD says:

    Je suis assez d’accord avec cette chronique, de toute façon les critiques sont assez unanimes. Le faire en suédois est assez inhabituel mais ça marche (les langues scandinaves passent bien sur du Rock). Après mon intérêt pour le pur Prog’ des années 70 est trop faible pour profiter beaucoup de cette nouvelle incursion dans le style. Mais clairement, c’est le plus ambitieux des quatre albums de cette nouvelle période, et le plus abouti.

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