Interview

Porcupine Tree


Entretien avec Richard Barbieri (clavier) et Steven Wilson (chant/guitare).

Note : L’entretien peut paraître décousu car nous devions initialement le faire avec Steven Wilson, puis nous avons pensé qu’il ne viendrait pas (à cause de problèmes de voix) et finalement il nous a gentiment rejoint en cours d’interview.


Combien avez-vous fait de dates jusqu’à maintenant pour cette tournée ?

Richard Barbieri : euh je crois que ça doit être 25. A travers l’Europe, Angleterre, Pologne, Allemagne.


Comment ça se passe ?


RB : Très bien ! Les choses changent, c’est un peu différent. C’est assez étonnant de voir que le concert est sold-out à chaque fois, mais c’est génial. Le public est aussi beaucoup plus jeune. Avant c’était plutôt des « vieux » fans de progressif, et surtout des mecs. Aujourd’hui il y a plein de filles, et des garçons plus jeunes aussi. C’est différent vraiment.


Penses-tu que ce soit lié au fait que Deadwing est un album plus « métal » ?

RB : Oui en effet je pense que c’est une explication plausible. En fait ce qui se passe avec PT, c’est que tous les 2-3 ans, on change de cap, de direction musicale. A chaque fois on perd des fans, et on en gagne de nouveaux. Je ne sais pas ce qu’il adviendra avec le prochain album.


Comment se passe le processus d’écriture au sein de PT ?

RB : Et bien pour cet album les choses étaient un peu plus collectives que par le passé. On a été en studio ensemble et on a écrit ensemble, en groupe. C’était bien. Bien sûr Steven écrit la grande majorité du matériel. Mais nous avons plus de responsabilités, nous sommes plus intégrés au processus d’écriture.


Ce n’était pas le cas pour In Absentia ?

RB : Un petit peu déjà. En fait au tout début c’était juste Steven, et puis petit à petit nous sommes de plus en plus impliqués.


Depuis quand joues-tu avec Steven ?

RB : Depuis 1993.


Comment Deadwing s’intègre t-il dans la discographie de Porcupine Tree ?

RB : Je pense que c’est le plus proche de In Absentia. Les 2 fonctionnent en tandem d’après moi. Comme Stupid Dreams et Lightbulb Sun pouvaient en être un également.


A cause de cette orientation « métal » ?

RB : Oui et puis de la saveur générale de ces albums aussi, de l’ambiance. Car Deadwing n’est pas forcément « métal », il suffit de prendre la chanson « Lazarus » qui est plutôt une ballade.


Comment vois-tu personnellement cette évolution tout de même plus dure, que l’on ressent sur certains titres comme « Deadwing » justement ?

RB : Je pense que c’est un challenge, notamment pour moi en tant que clavieriste. J’essaye de ne pas jouer le clavier rock habituel, mais d’essayer de nouvelles choses. Je dois trouver ma place dans cette nouvelle orientation. Et si je ne la trouve pas je ne peux pas jouer. J’essaye d’utiliser l’électronique, pour faire sonner tout ça un peu différemment.


Est-ce que tu écoutes du « métal » toi-même ?

RB : Je ne sais pas si je peux vraiment dire que j’aime cette musique mais en tout cas elle m’intéresse. Comme Meshuggah. La musique qu’ils produisent est incroyable. Je ne sais pas si j’adore cette musique, si j’ai envie de l’écouter tout le temps, mais simplement le fait de l’entendre, d’essayer de comprendre comment ils font ça. C’est incroyable vraiment.
J’aime le métal, j’aime Opeth, j’aime Meshuggah. J’ai toujours aimé le rock lourd depuis mes plus jeunes années : Led Zeppelin, Black Sabbath, Deep Purple.


Comment s’est passée la collaboration avec Mike Akerfeldt de Opeth ?

RB : Je pense que c’est très important pour Steven. Steven écoute énormément de musique, tout le temps. Depuis le moment où il se lève, il écoute de la musique. Il tire son inspiration de la musique dans toute sa diversité. Je la trouve personnellement dans d’autres choses que la musique, et je pense que Opeth est une grande influence pour Steven. Il est entré en contact avec eux, a produit leurs albums. C’est un groupe important pour lui.


Doit-on s’attendre à des vocaux death pour le prochain album ?

RB : (rires) Je ne pense pas non. Tu vois c’est important de brasser beaucoup de genres, de s’inspirer de plein de choses, mais il faut essayer de se les approprier, de les retranscrire à sa façon personnelle. Ces mecs là, de Meshuggah, d’Opeth, ce sont des vrais. Ils vivent par leur musique. Ils vivent la vie « métal ». Ce n’est pas notre cas. Il faut que ce soit vrai, sincère.


Penses-tu que désormais Blackfield soit pour Steven un moyen d’exprimer ses penchants pop, tandis que Porcupine Tree serait pour lui un terrain de jeu dédié à l’expérimentation ?

RB : Je ne crois pas non. Porcupine Tree reste de tout évidence la priorité de Steven. Et Porcupine Tree pourrait être n’importe quoi en terme d’orientation et de style. Il peut donner dans la pop, « commerciale » ou il peut être métal, ou expérimental. Tout peut arriver avec Porcupine Tree alors que je pense qu’avec Blackfield, Steven veut faire quelque chose de plus spécifiquement orienté sur des chansons au sens pop. Il aime bosser avec Aviv (NDR : son complice israélien de Blackfield), et je pense que c’est quelque chose de fun pour lui.


Que penses-tu de l’album de Blackfield ?

RB : je l’aime beaucoup. Steven est vraiment un très bon compositeur et il écrit des très bonnes chansons. Ce n’est pas le musicien le plus original du monde, mais il est très bon dans ce qu’il fait. Il n’est pas non plus le meilleur guitariste, mais il est très bon pour concevoir et choisir des orientations pour la musique.


Quelle est ta vision du monde du métal ?

RB : Je pense que comme pour tout style, il y a énormément de groupes. Mais il y en a très peu qui sont au top du genre, comme peuvent l’être Meshuggah ou Opeth ou Slayer même pour remonter plus loin dans le temps. Ce n’est pas forcément la technique qui démarque les meilleurs, cela peut être une question d’émotion. Il y a d’excellents musiciens qui ne savent pas transmettre d’émotions


Comment as-tu réagi à la mort de Dimebag Darrel – je suppose que tu es au courant – le guitariste de Damage Plan et ancien guitariste de Pantera ?

RB : C’était aux USA n’est-ce pas ? Les USA sont un pays effrayant. Tout peut arriver là-bas. Je ne peux pas dire que je sois surpris que ce genre de choses arrivent. Après des fanatiques il y en a partout. Tu sais Steven a reçu des menaces de mort de fans d’Opeth mécontents de l’orientation que prenait la musique d’Opeth. Les fans – c’est d’ailleurs le propre du mot « fans » qui veut dire « fanatiques » – peuvent vraiment faire n’importe quoi. Quand j’étais dans un autre groupe avant on recevait des lettre de suicide, ou des lettres de filles qui parlaient comme si nous étions ensemble, peut-être parce que nous avions juste parlé 5 minutes ensemble à la sortie d’un concert. C’est vraiment très étrange. La problèmatique de la relation que les fans entretiennent avec leurs idoles est vraiment intéressante. Il y a une théorie selon laquelle les fans se détestent d’aimer leurs idoles. Et donc ils les détestent aussi par ricochet. C’est un peu ce dont traite ce film « King Of Comedy » avec Robert de Niro et Jerry Lewis, je ne sais pas si tu l’as vu. Très bon film, très intéressant sur cet aspect psychologique des choses.


Quel est ton passé de musicien avant PT ?

RB : En 1976-1977 j’ai rejoint un groupe qui s’appelait Japan. Ca marchait vraiment bien pour nous., on pratiquait une sorte de mixture de rock et de musique électronique. On avait des fans en Europe et au Japon. On était dans les charts et tout.


Et après ça ?

RB : J’ai continué à bosser avec des gars du groupe.

L’attachée de presse intervient alors et nous propose que Steven Wilson nous rejoigne pour la fin de l’interview juste pour quelques questions à cause de ses problèmes de voix.


Steven Wilson : J’ai perdu ma voix il y a quelques jours, alors j’essaye de m’économiser.


On parlait avec Richard tout à l’heure de ta relation avec Mike Akerfeldt.

SW : Oui et bien on est de très bons amis. On est tous les deux les leaders d’un groupe, on partage la même vision de la musique. Ca peut paraître stupide à dire mais je pense que ce que nous avons le plus en commun c’est que nous faisons tous les deux beaucoup de musique, car c’est notre passion, notre vie. C’est peut-être évident à dire, mais je pense que ce n’est pas la motivation de tous les musiciens de nos jours. On est tous les deux des collectionneurs de disques obsessionnels, on est des tarés de musique. On est de bons amis en somme. C’est un merveilleux guitariste, mon guitariste préféré.


Comment cette relation va-t-elle continuer à se concrétiser à l’avenir ? Avez-vous des projets d’ores et déjà planifiés, peut-être de travailler sur le nouvel album de Opeth.

SW : Malheureusement ça ne se fera pas non. Pas parce que je ne le souhaitais pas, bien au contraire, mais parce qu’ils sont en train de travailler dessus en ce moment même et que pour des raisons de planning ça ne colle pas. Mais nous parlons souvent de travailler à nouveau ensemble, ça se fera c’est certain, reste juste à savoir quand et dans quel cadre.


Est-ce que tu envisagerais de t’investir dans un projet qui serait une sorte d’exutoire purement metal ?

SW : Pas vraiment car pour tout dire je suis de plus en plus blasé par tout ce quej’entends dans ce style. Il y a très peu de groupes que j’écoute avec un vrai plaisir. Meshuggah et Opeth sont 2 exceptions pour moi. En fait je trouve plus intéressants les groupes qui ont recours au metal, qui l’injectent dans leur musique, plutôt que ceux qui sont vraiment « metal », au sens premier du terme.


Qu’en est-il de Blackfield ? Ta collaboration avec Aviv dans ce cadre va-t-elle se poursuivre ?

SW : Oui complètement, on a déjà commencé à bosser sur le 2ème album qui devrait sortir, j’espère, l’année prochaine.


Tout autre sujet : quelle est votre position sur le téléchargement illégal et les mp3s ?

RB : Je pense que ça n’a jamais été un problème pour nous. Au contraire de plus en plus de gens écoutent Porcupine Tree comme ça. Je pense que ce problème n’affecterait pas un groupe comme nous car les gens qui nous écoutent veulent le « truc complet », ils veulent la jaquette, ils veulent l’objet. A vrai dire ça ne m’intéresse pas vraiment, ce sujet me dépasse un peu, je n’ai jamais téléchargé quoi que ce soit. J’aime passer du temps dans les magasins de disque.
Toute la magie réside dans le fait d’aller acheter un disque, même de trépigner sur le chemin. C’est peut-être naïf comme conception mais bon.


Pensez-vous que les mp3s puissent vraiment tuer l’industrie du disque comme on l’entend parfois ?

RB : Peut-être que ça pourrait tuer le business pour des gros artistes comme Britney Spears ou Jennifer Lopez. Et puis il y a tout l’aspect live, les concerts, ça on ne peut pas le tuer. Ca reste fondamental je pense, d’aller à des concerts, voir les artistes jouer.

SW : Je pense que le téléchargement va peut-être tuer l’industrie du disque telle qu’elle existe aujourd’hui. Tout est basé sur des artistes qui n’ont à proposer que des singles, alors pourquoi les gens s’embêteraient à aller acheter l’album ? Ils vont juste télécharger les 2 top singles du moment et passer à autre chose. Je pense qu’il en va autrement pour la musique que nous faisons, qui s’adresse plus à des passionnés, des collectionneurs, pour qui il est important d’avoir l’objet, l’artwork. Pour Britney Spears c’est différent, pourquoi s’embêter à acheter l’album ? Tout ce que veut le mec c’est la chanson qu’il a vue là maintenant sur MTV. Il s’en fout d’avoir l’album complet. Si tu aimes un groupe, sa musique, que tu respectes ce qu’il fait, je pense que tu vas acheter l’album.

RB : En fait c’est différent en fonction de l’importance que tu accordes à la musique dans ta vie. Si tu es un passionné, tu vas avoir besoin d’acheter les cds, de collectionner. Si tu veux juste de la musique pour servir de « musique de fond » à ta vie, tu vas télécharger. Tout dépend donc de la valeur que tu accordes aux choses je pense.


Comment expliquez-vous que vous arriviez à faire salle comble tous les soirs partout en Europe avec si peu de couverture médiatique ?

RB : Il y a quand même de plus en plus d’intérêt de la part des media. C’est peut-être dû au fait qu’on touche de plus en plus de jeunes gens.

SW : Je pense qu’il semble aussi y avoir un regain d’intérêt collectif pour la musique sophistiquée, un peu plus subtile, aux dépens de la musique de masse qu’on essaye de nous vendre à tout prix. Les gens semblent en avoir marre de ça, comme de la téléréalité, des fausses pop stars et les merdes de ce genre. On a toujours été un peu en dehors des modes, faisant notre truc sans se préoccuper des autres. Et visiblement le timing semble bon aujourd’hui, en notre faveur en tout cas. La culture MTV a fait son temps, maintenant les gens recherchent quelque chose de plus subtile, intelligent. Avec des groupes comme Opeth, Sigur Ros, Radiohead, on essaye de faire quelque chose de plus vrai.

RB : Je pense que ce qui est marrant avec Porcupine Tree, c’est que comme on change souvent de style, de direction, cela donne toujours l’impression que l’on est un nouveau groupe. Alors qu’un groupe comme Marillion, tout le monde sait qu’ils sont là depuis 20 ans. Mais nous aussi.


Pour terminer, qu’est ce que vous écoutez en ce moment, qu’est ce qui vous a marqué ?

SW : cette année, ce qui m’a bien marqué c’est le LCD Sound System, je ne sais pas si tu connais mais c’est vraiment bien. Ils sont new-yorkais et jouent un mélange de rock, funk et punk. L’album de Secret Machines, le dernier Meshuggah que je viens de récupérer qui est terrible.

RB : Le dernier truc qui m’a marqué c’est Jeff Buckley en fait ! (rires) Plus récemment Aphex Twin, Boards Of Canada.

SW (s’adressant à Richard) : Tu as entendu le dernier Björk ? Il est assez hallucinant aussi. Fait uniquement avec la voix vraiment un bon album.


Merci à Steven Wilson et Richard Barbieri ainsi qu’à Amael de Warner Music.

Sybreed – 28 avril 2005 – Glaz’art – Paris

Une interview avec Drop (guitare) et Ben (chant) à l’occasion de leur passage en concert au Glaz’art en compagnie de Dry Silence, Leiden et X-Vision.

Quelques minutes plus tard, Sybreed investira la scène du Glaz’Art et va effectuer une excellente prestation (sa 2ème en France après le Metal Therapy quelques jours auparavant) devant un public assez peu nombreux mais dont visiblement une bonne partie était là pour eux. Enchaînant avec aisance les titres de leur 1er album, le groupe réussira même à bien faire bouger la « fosse » sur l’excellent « Machine Gun Messiah » et sur l’un des 3 nouveaux titres joués ce soir, « Neurodrive ». Les suisses ont bénéficié d’un bon son, et Ben a su faire preuve d’une impressionnante aisance tenant la scène avec charisme et assurant brillamment (malgré quelques petits couacs tout à fait pardonnables) les voix alternées chantée/gueulée. Drop était bien déchaîné à la gratte, et cette énergie communicative faisait bien plaisir à voir. Le groupe a malheureusement du écourter quelque peu sa set list, à regret puisqu’on pouvait lire que le groupe envisageait d’interpréter le « Shout », hymne intemporel de Tears For Fears, qui aurait pu être bien énorme !
Qu’importe, 40-45 minutes de jeu environ, un set très convaincant qui donne vraiment envie de les revoir bientôt, en tête d’affiche si possible ! Quant aux nouveaux morceaux, ils n’augurent que du meilleur (en particulier « Technocracy ») pour le prochain album du groupe qu’on attend désormais avec impatience !

Setlist :
Reevolution
Technocracy (*)
Synthetic Breed
Take The Red Pill
Machine Gun Messiah
Neurodrive (*)
Revive My Wounds (*)
Bioactive

Ben : On est officiellement apparu fin 2003. En fait on était dans Rain et on a décidé de changer de nom quand l’un de nos guitaristes est parti chez Zuul Fx. Le changement de nom était justifié parce qu’on avait changé d’orientation musicale, et de fond conceptuel. On a commencé à enregistrer notre 1er album, Slave Design fin 2003, jusque février 2004. On a signé dans la même période, un contrat avec Reality Entertainment, qui ont sorti l’album aux USA début septembre 2004. On a fait une tournée dans la foulée, pendant 1 mois sur une vingtaine de dates, avec les français de Lyzanxia et un groupe ricain qui s’appelle Freakhouse. Nous avons par la suite signé avec Jerkov pour la France, et l’album vient de sortir officiellement en France. Donc on fait quelques dates histoire de nous faire un peu connaître ici !

En fait il n’est à ce jour sorti qu’aux USA et en France. C’est vrai que ça peut paraître un peu étonnant en effet, mais ce sont les hasards de la recherche de label. Et en fait c’est que Reality est un label américain et indépendamment de la nationalité, ça nous a semblé bien carré et facile avec eux.

Oui mais en même temps on n’a pas signé sur un label spécifiquement metal. C’est pas Nuclear Blast ou Roadrunner entre guillemets.

Ben c’est notre premier album, on n’est pas connu, alors évidemment on vend pas des tonnes de disques. Mais ça marche pas trop mal considérant la concurrence énorme qui existe surtout là-bas. Ils sont vachement nationalistes pour la musique donc c’est pas évident. On n’a pas des ventes faramineuses, mais on a un bon succès d’estime. On a quelques fans là-bas, des bonnes chroniques. On va continuer à développer ça mais en même temps c’est important pour nous de développer tout ça en Europe aussi.

Drop : moi j’ai 20 ans.
Ben : je suis un peu vieux, j’ai 25 ans (rires). Le batteur, Alex a 19 ans.
Drop : le guitariste, Greg en a 20 aussi.
Ben : et Luis.
Drop : il en a 22-23.
Ben : on sait jamais son âge à lui ! (rires)

Drop : Bah c’est vrai que j’ai commencé en 1997, donc j’avais. bah 12 ans.
Ben : mais ce mec (montrant Drop) est né avec une gratte tu sais.

Drop : Oui je fais la fête (rires).Nan plus sérieusement, je ne fais que de la musique c’est vrai.
Professionnellement j’essaye d’en vivre en produisant d’autres groupes par exemple, c’est surtout ça qui rapporte tant que tu n’es pas connu avec ta musique.

Drop : nan pas encore car ils ont des problèmes pour trouver des labels et sortir les trucs, mais y en a un en particulier qui s’appelle Fate, un groupe genêvois, et quand ça sort faut vraiment écouter ça, parce que c’est vraiment vachement bien.
Ben : ouais un super groupe d’electro metal, un petit peu un mélange de gros metal indus et d’electro dark.
Drop : avec Ben en guest sur un titre.
Ben : Ouais nan ça fallait pas le dire (rires) !
Drop : bah si ça fait vendre.
Ben : Mais non !!!! (rires). (prenant une voix de pub) « Surtout auprès des 12-25 ans » (rires).

Drop : Musicalement oui.

Drop : véritablement oui.
Ben : moi j’en ai fait partie pendant un an en fait. Y a eu une période de transition, moi je suis arrivé suite au départ du chanteur Michael, à l’époque on parlait déjà de changer de nom. Y a certaines raisons un peu fallacieuses qui ont fait qu’on a gardé le nom de Rain et finalement on s’est rendu compte que changer de nom était une nécessité et que c’était tout à fait bon pour nous.
Du Rain original il n’y a que Drop en fait, et un peu Luis qui en faisait partie de façon plus sporadique.

Ben : il y a effectivement en commun ce concept futuriste ça c’est sûr. Je suis très influencé par des films comme Blade Runner, ou par la littérature de science-fiction des années 60 comme Philip K. Dick, ou des gens comme Gibson, l’auteur qui a inventé le mot « cyberpunk ». Par contre j’ai une approche un peu différente de Fear Factory dans le sens où il n’y a pas d’idée d’aliénation de l’Homme par la technologie, c’est plutôt un concept centré sur l’être humain, son asservissement par lui-même finalement, et l’idée sous-jacente derrière le nom du groupe – qui peut se lire de 2 façons : « Hybrid » pris phonétiquement ou la contraction de « Synthetic Breed »- idée d’évolution. Sybreed est un groupe post-apocalyptique, c’est l’avant-changement quoi ! C’est la définition du chaos de l’existence humaine, vision chaotique de l’évolution avec une vision futuriste de la chose qui est finalement plus une transposition du présent. Une vision peut-être très pessimiste mais qui appelle finalement au changement. C’est le passage à un autre état de l’être humain, le fait de se défaire de différentes formes d’esclavage.

Ben : Tout à fait, c’était complètement fait pour d’ailleurs. On nous l’a parfois reproché, les américains en parlant comme d’une référence trop « obvious », trop évidente, facile. Enfin bon, j’avais vraiment trouvé que ce film (tout du moins le 1er) avait un truc particulier, un peu perdu dans la science-fiction d’aujourd’hui avec ce traitement de la vision de l’être humain. Et puis j’aime bien le titre slogan (un peu comme « Reevolution »), et je trouvais que cette phrase était fabuleuse donc je me suis dit, allez hop on y va, on fait un morceau sur ce film parce que je le trouve monstrueux et puis voilà. Après tout, tu prends Fear Factory c’est une relecture de Blade Runner et de Terminator, alors pourquoi pas Matrix. Donc voilà c’était fait pour !

Drop : Oui en effet, on peut pressentir celles-là, mais c’est vrai qu’on a aussi beaucoup d’influences qui viennent de la new wave, de la pop-rock ou même de l’émo, maintenant je peux pas te citer de groupes en particulier il y en a beaucoup. C’est un concentré, un mélange de plein de choses, qui donne Sybreed.
Ben : Ouais bah c’est vrai qu’avec l’âge on a un peu tous évolué on est partis du métal pour découvrir d’autres choses. J’ai été clairement très influencé par Fear Factory, en particulier notamment pour le chant. Après c’est vrai que j’aime beaucoup des trucs goth ou new wave, je suis très influencé par Zeromancer par exemple, dont je suis vraiment fan. C’est pareil, toute la vague d’émo-rock à l’américaine qui se ressent parfois dans certains riffs.

Drop : je ne sais pas te dire comme ça, mais ce qui m’intéresse c’est plus l’idée du truc : le fait que ça sonne ensoleillé.
Ben : Finalement on a plus envie d’enlever cette image froide, digitale, et d’aller vers un metal indus chaud en quelque sorte. C’est vrai qu’il y a un gros côté rock aussi chez nous. Nine Inch Nails c’est un groupe important par exemple même si c’est peut-être pas évident à la base. Je pourrais même te sortir 3O Seconds To Mars, qui m’a beaucoup marqué. Donc voilà on a notre base metal et on construit autour.

Drop : oui 3, d’ailleurs on en joue ce soir.
Ben : Y en plus qui sont finis mais pas assez pourq u’on se permette de les jouer live. En gros le prochain cd est prêt à 50%. Je peux te donner les titres des nouveaux morceaux qu’on va jouer ce soir si tu veux : « Technocracy », « Neurodrive », et « Revive My Wounds ». Ces morceaux montrent un peu la nouvelle orientation du groupe avec ce côté un peu rock limite émo. Je dirais que c’est du futur metal en somme. C’est un truc futuriste sans que ce soit forcément informatique, digital.

Drop : C’est à cause des américains. Ils voulaient 2 titres qui puissent passer en radio, et pour ça ils doivent faire moins de 4 minutes.Donc comme « Reevolution » fait 4 min 5 sec, j’ai du enlever 5 secondes, qui correspondent en fait au moment où Ben dit « fuck ».
Ben : c’est bien parce que je le dis à 2 autres endroits mais ils ne s’en sont pas aperçus. (rires)

Drop : Oui ils sont bien passés en radio mais c’est vrai que personnellement j’étais pas trop ok de rajouter 2 chansons à la fin alors qu’il y avait déjà les 2 morceaux en meilleures versions.
Ben : Enfin on a quand même été 6ème dans un chart local radio c’est pas mal !

Drop : Moi je télécharge beaucoup de cds.
Ben : Fallait pas le dire !! (rires)
Drop : Nan mais je vais expliquer pourquoi : en fait je trouve que c’est un super moyen de promo. En général sur 20 disques que je prends sur le Net, y en aura 15 que je vais acheter après. C’est une pré-écoute, bien pré d’ailleurs parce qu’en général tu le chopes bien en avance. Je peux pas attendre dès que je sais qu’il y a un disque que je veux, il faut que je le chope. Mais c’est clair que j’achète après si j’aime.
Ben : On entend plein d’opinions extrêmes à ce sujet : « ouais c’est bien, ouais c’est mal ». Finalement c’est comme tout il faut que ce soit bien utilisé, c’est tout. Moi c’est pareil que Drop je télécharge quelques trucs à droite à gauche, et j’achète derrière si ça me plaît car j’ai envie d’avoir l’objet. Ce que j’aime pas, je l’efface et puis voilà.
Drop : faut pas se leurrer non plus, c’est pourquoi faire les lecteurs mp3 ? ?
Ben : Pour moi y a un calcul mathématique évident c’est qu’il y a plein de groupes que je n’aurais pas découverts sans le Net, et dont je n’aurais donc pas acheté les cds. Sans compter les trucs que tu trouves pas ici.
Mais à mon avis un mec qui n’a pas les moyens, n’aurait peut-être pas téléchargé l’album, mais de toute façon il n’aurait pas acheté le disque pour autant.
Tout le problème c’est pour les labels, parce qu’il y a un gros formatage de la musique. Le marketing a pris vraiment trop de place. On est vachement dans la consommation de masse de la musique. A mon avis le téléchargement n’est pas en cause. Je peux comprendre un groupe qui est un peu démodé, qui perd trop de thune. Mais par exemple Metallica ça me fout un peu les boules. Finalement ce qui fait peur aux grosses majors c’est de perdre leur pouvoir. Mais c’est à elles de revoir leur façon de fonctionner aussi et de produire un peu de musique de qualité, ce serait pas mal.

Ben : il est bon, moi j’adore, je suis super fan.
Drop : Moi j’aime bien mais je préfère The Fragile quand même qui était plus large.
Ben : moi je l’aime bien parce qu’il est vachement rentre-dedans. Pour moi c’est un très bon album de NIN qui n’a rien à voir avec les autres.
Drop : C’est un bon artiste c’est clair.
Ben : c’est pas un bon artiste c’est un génie !

Ben : c’est une de mes plus grosses influences au chant, j’adore.

Drop : je le trouve bien. Je suis content car j’aimais pas celui d’avant, il était trop basique « allez hop tu me fais un blast-beat, je te fais un riff gni gni gni. », j’étais assez déçu.
Ben : il est très bien c’est clair. Bon City reste indétrônable pour moi, mais il chie quand même grave !

Drop : Kruger, Nostromo, Knut, Samaël.
Ben : ouais là on tape dans les valeurs sûres.
Drop : sinon y a Forceed aussi, dans la veine de Unfold.
Ben : sinon y a Sora aussi, qui font un truc à la Dredg, assez énorme.
Sinon c’est vrai qu’on n’a pas trop de contact avec la scène suisse.
Drop : C’est pas qu’on n’a pas de contact, c’est qu’en Suisse les groupes ne se contactent pas trop entre eux. Pas comme en France où vous avez des collectifs. En Suisse c’est même plutôt style à se foutre des bâtons dans les roues même. Moi je trouve ça stupide.
Ben : On a reçu quelques coups, on les a rendus.
Drop : Voilà mais bon, moi je me dis que si je n’aime pas un groupe à Genêve, j’en parle pas, et puis voilà.

Drop : Moi j’écoutais surtout les vieux trucs, style les premiers Pleymo, les premiers Watcha.

Drop : euh. Disons que je l’aime autant que le nouveau Kyo. C’est-à-dire, c’est bien mais ils auraient pu changer de nom à ce moment là. C’est vraiment le jour et la nuit.
Maintenant en France y a des trucs qui commencent à bien monter : Gojira, Manimal, Psykup.
Ben : Moi je suis un fan de Anorexia Nervosa personnellement. Y a aussi Carnival in Coal bien énorme.

Drop : Merci pour l’interview et venez nous voir à l’occase !
Ben : Vive le vin rouge (rires) !

Merci à Drop et Ben pour leur gentillesse.

Pain of Salvation


Voici une interview de Daniel Gildenlow, brillant leader et chanteur/guitariste du groupe de métal progressif suédois Pain of Salvation,
lors de leur passage en concert à la Locomotive de Paris.


Est-ce que tu connais bien Paris?

Je suis venu à Paris 2 fois en vacances pour visiter mais aussi quelques fois pour faire des concerts. D’ailleurs, à chaque fois on joue dans le même quartier j’ai l’impression, même si ce n’est pas dans la même salle. Donc je connais ce quartier très bien!

Quand as-tu commencé à écouter de la musique, à jouer d’un instrument et à chanter?

La guitare vers 9 ans. Ma mère avait une guitare sur laquelle j’ai commencé à jouer, elle avait aussi un piano et je trouvais ces instruments intrigants. Je ne sais pas quand j’ai commencé à chanter, mais assez rapidement j’ai chanté tout en jouant de la guitare.
Sinon pour la musique, mes parents avaient beaucoup de disques des Beatles, d’Abba, Electric Vibe Orchestra, Simon and Garfunkel, ce genre de musique et j’en écoutais avec eux. J’ai commencé à écouter ma propre musique grace à la bibliothèque de l’école où on pouvait écouter des albums, et quand on avait une pose, on allait écouter le "Love Gun" de Kiss parce que c’était le seul album cool qu’il y avait, sinon c’était que du classique, de la pop ou de la musique traditionnelle.

Mon goût pour le rock et le métal a dérivé de Kiss je pense, à cette époque t’écoutais soit du hard rock soit de la pop à synthés, tu ne pouvais pas aimer les 2, c’était Kiss ou Depeche Mode. En étant du côté hard rock, tu déviais forcément vers Dio et Motley Crue, Wasp, Judas Priest, tous ces groupes hard rock et heavy metal. J’écoutais tout ça vers 10/12 ans.

J’ai toujours aimé le métal, c’est une musique qui te permet de t’exprimer intensément.

Considères-tu Pain of Salvation comme un groupe métal?

Pour n’importe quel groupe, je pense que le style de musique que les gens te donnent est défini sur une échelle du plus soft au plus dur par le plus dur de ta musique, donc nous sommes métal parce qu’il y a des passages agressifs dans notre musique.
Mais je pense que notre style va bien au delà du métal et traverse les styles musicaux.
C’est toujours assez difficile de labelliser les groupes mais c’est assez nécessaire pour que les gens s’y retrouvent, donc je dirais qu’on joue du métal.

Tu es le compositeur quasiment exclusif de la musique de Pain of Salvation, comment est-ce que vous gérez ça dans le groupe? Est-ce que les autres musiciens te font une confiance absolue ou est-ce que vous avez des discussions animées par rapport à votre musique?

Non, on ne se fache jamais sur ce genre de choses mais ils ne me suivent pas non plus aveuglément, chacun a son mot à dire et ils s’impliquent beaucoup sur ce qu’ils jouent.
Quand je leur présente mes idées musicales c’est parfois difficile pour eux de comprendre où je veux en venir, car ce ne sont que des fragments du tout que moi je visualise dans ma tête. Si je ne leur joue que la guitare, ça ne les emballera peut-être pas, mais ils me font confiance et attendent d’écouter le tout pour me donner leur avis.

[il boit] Il faut que j’assimile un maximum de fluides avant de jouer!

Dans tes paroles, il y a 3 sujets qui reviennent tout le temps, la religion, la sexualité et les problèmes sociaux et écologiques.

C’est assez vrai mais ce sont les choses dans lesquelles nous évoluons en tant qu’être humain. On me demande souvent pourquoi j’écris tant sur dieu et la religion, mais je n’écris pas sur la religion, j’écris sur l’homme et son lien avec la religion, car c’est ce qui est important. C’est le cas sur tous les sujets, je ne parle pas directement d’eux mais de la façon dont les hommes se situent par rapport à ces sujets, comment ça affecte la façon dont on agit les uns envers les autres et comment ils influencent la société dans laquelle nous vivons.


Votre dernier album, Be, est plus ciblé sur dieu qu’aucun autre de vos albums.

Par sur dieu, sur la relation qu’ont les hommes avec dieu. (rires)

Les paroles de Be amènent à se poser des questions mais n’apportent aucune réponse et jamais ton avis personnel sur la chose.

Les paroles de Be ne sont que de petits éléments sur un tout tellement énorme qu’elles ne peuvent rien expliquer, ça ne peux pas être une réponse. C’est comme un jeu dont j’essaye d’assembler les morceaux tout en sachant que je n’y arriverai jamais.

Elles parlent de la création de l’humanité mais elles sont surtout basées sur le principe des fractales, comme quoi tout se répète à différentes échelles. Mon point de vue est que notre compréhension de la réalité n’est qu’un élément de fractale qui fait partie d’un tout se répétant à une échelle plus grand et comprenant des éléments qui se répètent à l’intérieur à plus petite échelle. Il est possible pour nous de appréhender une partie des fractales, mais quand on arrive à un niveau trop petit, au niveau de l’atome, on n’arrive plus à saisir ce que c’est. De même, on a pas accès aux fractales d’un niveau trop grand.

Le parallèle peut être fait entre les galaxies et les atomes, et le principe de Be est que personne ne peut comprendre exactement tout ce qui l’entoure en dehors des sujets qui le concerne.

Voici une métaphore : 2 personnes à qui on a jamais présenté que des objets en 2 dimensions ne pourront comprendre que des objets en 2 dimensions. On leur présente un cylindre, l’un y verra un cercle, un autre y verra un rectangle, et dans leur monde à 2 dimensions, il est impossible qu’un objet ait en même temps une forme circulaire et rectangulaire donc ils argumenteront à jamais en pensant détenir la vérité, alors qu’ils ne voient chacun qu’une partie du sujet mais ils pourront finir par se tuer pour soutenir leur "vérité"!

C’est en grande partie ce qui se passe dans notre monde, les gens se battent entre eux sur leur façon d’interpréter ce qu’ils voient et ressentent sans se poser la question de savoir si ils ont intégré tout ce qui était à percevoir. Ils font partie d’un système fractal qu’ils peuvent comprendre mais leur vision n’est qu’une fenêtre étroite de la réalité.

Et donc le concept et les paroles de Be sont basés là-dessus?

Oui c’est le cas, les fractales sont au centre du concept de Be.


Ce concept est assez complexe, la musique l’est aussi, est-ce que tu ne penses pas que ça peut effrayer la plupart des gens ?

Sûrement. Moi-même, je fais peur à beaucoup de gens.
Ce genre de considérations ne me touche pas, on a toujours voulu créer le genre d’albums qu’on voudrait écouter sans se soucier de l’avis des gens qui nous conseillent.
On ne cherche pas à être commercial et si on le voulait, on chercherait un plus gros label qui nous dirait : "sonnez plus comme Dream Theater" et "trouvez vous un nom plus simple".
En fait, on ne jouerait même pas du tout cette musique là mais de la pop pour passer sur toutes les radios.

Comme nous avons décidé de faire une musique qui n’est pas commerciale, pourquoi ne pas aller au bout de ce que nous faisons? On aura peut-être pas des millions de fans mais on jouera quelque chose qu’on apprécie.

Si tu veux être vendu autant l’être complètement, c’est ce que je veux dire.

Je dois te laisser, une dernière question, est-ce que votre prochain album sera The Perfect Element part II?

Non, se ne sera pas The Perfect Element part II !


Merci à Roger de Replica records.

Atreyu


Le rendez-vous est fixé à 15h. Nous patientons sagement devant l’entrée de la salle. Le batteur Brandon Saller passe devant nous plusieurs fois. 15h40. Il commence à pleuvoir et l’attente se fait longue. Nous entrons dans la Boule Noire. Le tour manager nous fait encore attendre, il faut qu’il trouve Brandon Saller. C’est lui qui va répondre aux interviews. Brandon Saller arrive enfin, passablement énervé. 16h. Nous voila dans les loges. C’est parti pour 25 min de talking avec Brandon, beaucoup plus grand en vrai qu’en photo. Assis dans un divan, il mange du pain tout en regardant ses creepers. « Désolé je suis en retard. Je croyais que les itws étaient prévues à 16h… »


Comment vous situez-vous par rapport à toute la déferlante émo ?


On jouait dans un groupe de punk avant, c’était fashion à l’époque. Puis on a voulu changer et faire quelque chose d’un peu différent. A l’époque il n’y avait pas tant de groupe que ça qui faisaient la musique que l’on fait maintenant. Et nous on voulait jouer une musique plus heavy sans pour autant faire un style particulier. C’est venu comme ça, naturellement. C’est cool.


Au début, est-ce que tu chantais déjà ou pas du tout ?

Oui je chantais un petit peu et Alex aussi. Et, en fait, on s’est aperçu que je chantais un peu mieux. Maintenant je chante bien parce que j’ai pris confiance en moi. Au début ce n’était pas évident, je ne pensais pas être capable de le faire et on n’était pas sur que le mélange voix douce et hurlée fonctionne. Mais si…


Donc tu t’es découvert un talent de chanteur ?

Et ben… je jouais juste de la batterie… Dan, le guitariste, et moi on faisait partie d’un autre groupe et j’ai chanté sur une démo pour eux et ça sonnait plutôt bien. J’étais le premier surpris ‘wouah, je peux chanter !’. Alors du coup j’ai commencé à chanter pour Atreyu aussi. Mais tout est parti d’un malentendu.


Sur scène, est-ce dur de gérer les deux: chant plus batterie ?

Ca peut être super dur. Je me suis retrouvé dans la merde plein de fois après avoir enregistré parce que j’avais écrit les parties mélodiques et les parties de batterie séparément et quand il fallait s’assoir et jouer tous ensemble, c’était une vraie prise de tête. Mais la plupart du temps ça va. Maintenant ça fait tellement longtemps que je le fais que c’est devenu quelque chose de naturel. Mais ça a vraiment mis du temps à se mettre en place. La ça va, je gère bien. rire.


Votre musique a évolué entre le premier et le deuxième album et est devenue plus métal. Comment cela s’est-il produit ?

Le premier album a été écrit en quelques mois et enregistré en 10 jours. Cette fois-ci, on a eu beaucoup plus de temps. On a pu se poser en tant que groupe, réfléchir en commun à nos chansons… On a enregistré quelques démos. Ca te permet déjà de faire un tri : garder les chansons qui te plaisent, modifier celles que tu n’aimes pas etc. Puis ensuite au moment de l’enregistrement, la aussi, on a eu plus de temps. En fait je crois que l’album a un meilleur son, et est plus mature du fait que l’on a eu le temps de faire vraiment ce que l’on voulait faire, sans se presser.


Les guitares sont plus techniques, est-ce un aspect que vous allez garder, développer, dans le futur ?

On essaie toujours de faire mieux. Donc je ne sais pas si ça va être plus technique, mais je suis sur qu’il y aura encore plus de riffs accrocheurs. On préfère se concentrer sur la teneur des chansons, sur l’ensemble, plutôt que de se focaliser sur la technique. Il y aura des riffs techniques parce que c’est ce qu’on aime faire, mais ce n’est pas une priorité.


Et le côté heavy ? Vous allez accentuer le trait ou pas ?

arfff… il y a toujours des groupes qui te disent « on va faire un album plus agressif « . Nous on aime la musique agressive, mais aussi le rock. Moi par exemple je préfère le rock à tous les trucs heavy. C’est plus facile pour moi d’écrire des chansons rock. Mais j’aime jouer des chansons heavy. Ce que les gens ne comprennent pas c’est que quand tu es dans un groupe depuis 5 ans et que tu joues la même musique, forcément tu écoutes différents groupes, et tu as envie de jouer des morceaux plus lourds. Or, quand ta musique s’adoucie, les gens croient que tu es un vendu. C’est peut-être vrai pour certains groupes, mais souvent c’est juste une évolution normale. Tu voudrais écouter 3 fois d’affilée le même album ? Nous non. Bien sur on sera toujours heavy, mais il y aura des nouvautés, des aspects que l’on trouvera intéressant de développer.


Et se sera toujours influencé par les 80’s?

Ah oui, ça c’est sur ! Tant que Dan (guitariste et compositeur principal) sera dans le groupe, il y aura forcément des influences 80’s. Il est vraiment fou des 80’s. J’aime bien quelques trucs, mais pas tout. Lui, il aime tout ce qui date de cette époque. Il veut toujours faire des trucs ridicules sur scène et nous ça nous fait rire. Tout le maquillage, et les fringues débiles sur scène, ça vient de lui. Je pense qu’on a tous nos défauts ! Mais c’est tellement sincère, il est vraiment dans son trip. Donc que ça nous plaise ou non, il y aura toujours cette note 80’s sur le prochain album. Dans un sens, c’est un peu lui qui nous a donné une identité et qui nous a amené la où on est.


Est-ce que vous avez pré-produit votre « the curse » ?

En quelque sorte. On a enregistré nos premières démos, puis on a enregistré le cd avec Karl Rejenson. Il nous a dit « Je ne veux rien changer ». Il était seulementlà pour nous aider à sortir le meilleur de nous-même durant les sessions d’enregistrement.


Allez-vous travailler de la même façon pour le prochain album ?

Oui on va essayer de faire la même chose, écrire de bonne chansons, les enregistrer nous même. Et peu importe avec qui on va travailler, on lui enverra les démos… On est un groupe très ouvert. On aime bien les producteurs qui prennent de risques, qui sont inventifs.


Quel album vous a mis le plus sous pression ?

The Curse. Le premier album, quand on l’a sorti, on était encore des gamins. On ne savait pas du tout comment ça marchait. On ne savait pas comment faire une tournée etc. On a sorti le cd et puis on est parti en tournée. Et on a plus fait que ça : tourner, tourner, et encore tourner. Et on ne s’attendait à rien. On espérait que notre album se vende, mais on ne savait même pas que ça marchait si bien. On s’est mis la pression nous-même pour ce second album. Pour nous, quand on se met à écrire un album, il faut que ça détruise le précédent ! J’ai grandi et en écoutant le premier album et je trouve certains aspects vraiment mauvais, alors je voulais que le deuxième soit parfait. Donc, il y a eu la pression que l’on s’est mis nous-même et puis il y a aussi celle de nos fans. Est-ce qu’ils vont aimer les nouveaux titres ? C’était vraiment plus de pression pour le second album parce qu’on avait des attentes supérieures par rapport au premier.


Et sur scène, ressentez-vous cette pression ?

On est un groupe qui joue pour s’amuser et pour faire en sorte que le public s’amuse aussi. Il y a tellement de groupes qui sont sérieux et qui prennent ça au sérieux, qui sont en colère… Nous aussi on a des chansons sérieuses et on est en colère, mais à partir du moment où tu es sur scène, tu es la pour prendre du bon temps, donc bon… On essaie de se surpasser à chaque fois. Les gens ne viennent pas te voir en concert pour voir 10 fois la même chose, donc à chaque fois on essaie de faire évoluer notre jeu de scène.


Vous jouez systématiquement la reprise de Bon Jovi ?

Non ! La première qu’on l’a joué les gens n’ont pas compris. ils se rergardaient entre eux du genre « hein ? ». Maintenant qu’elle est sur cd, les gens la connaissent, donc ça marche mieux. Dans notre public, certains sont trop jeunes pour connaître Bon Jovi. C’est bien, ça leur à fait découvrir un nouveau chanteur. Moi j’adore Bon Jovi, il est génial ! On a toujours voulu faire une reprise, mais on n’a jamais pu se mettre d’accord sur un groupe, sauf Bon Jovi.


Allez-vous être sur la route pendant encore longtemps ?

On va finir cette tournée. Puis en Mai on se repose un peu avant de tourner tout cet été avec le Warped Tour. Je suis super excité de jouer sur ce festival. L’année dernière on a fait le Ozzfest, donc tu as 1/2 heure de concert. J’ai eu de bons échos en ce qui concerne le Warped Tour. Je pense que ça va être sympa. Chaque fois que l’on joue sur un festival comme ça, on gagne de nouveaux fans parce que tu joues avec des groupes tellement différents…


Tu sais que vos t-shirts sont super chers ?

Ah oui ? Sérieux ? Vraiment ? inquiet.


Oui, c’est en livres anglaises!

rire. Ah c’est en livres ! C’est la première date que l’on fait en Europe, on a oublié de mettre les sigles "euro", désolé. rire.


Vous les avez dessiné vous-mêmes ?

Oui c’est notre bassiste qui les fait.


Une rumeur court comme quoi vous allez quitter Victory. Est-ce vrai ?

Oui c’est vrai. Il y a eu des problèmes entre nous et eux. On est toujours sur le label, mais on n’en est pas très content donc… Pour l’instant on n’a pas cherché ailleurs, mais c’est vrai que l’on n’est plus trop excité à l’idée d’être signé sur Victory. Au début c’était génial.. mais… Quand j’y repense je ne sais pas quand est-ce que ça a commencé à merder…

36 Crazyfists

Après un premier album assimilé rapidement à la vague néo-métal, un second aux tempos beaucoup plus hardcore, les 36 Crazyfists ont su nous montrer leur habileté à ficeler des chansons bien comme il faut qui vous collent au cerveau. Mais être fort sur album et sur scène… c’est autre chose. Pauvre petits français que nous sommes, il aura fallu attendre deux ans avant que le combo ne se décide à nouveau à fouler notre sol. Après la fausse joie d’Octobre, les grands et forts gars d’Alaska, sont bien là, en chair et en os. Cool. Et donc, comme leur venue est très rare, on ne pouvait passer à côté d’une petite interview… C’est Steve Holt, guitariste qui s’y colle.



Est-ce facile de monter un groupe quand on habite en Alaska ?


C’est vraiment une toute petite scène, il n’y a pas beaucoup de groupes et pas des masses de public. Donc quand on a commencé 36, on est resté la-bas deux ans avant de déménager aux Etats-Unis, à Portland, parce que c’était plus pratique pour tourner etc. C’est entre LA et Seattle. Alors que quand tu es en Alaska, tu es loin de tout. Il y a quelques groupes quand même. L’avantage c’est que comme c’est tout petit et assez fermé, les groupes ne sont pas trop influencés par ce qui se passe ailleurs et ils sont assez originaux. En fait c’est un bon endroit pour monter un groupe. C’est calme.


Avez-vous déjà tourné avec des groupes venant d’Alaska ?

Non, on est un des premiers groupe à jouer du rock à tourner en dehors de l’Etat.


Est- ce dur de vivre en Alaska quand il fait nuit 24/24 ?

Oui !! C’est vraiment spécial. Il faut s’y habituer. Mais c’est bizarre. L’hiver, il fait tout le temps noir, c’est du genre « argh, sortez moi d’ici !! ». Ca te dérègle complètement le sommeil… En même temps, ça va, je n’ai pas vécu longtemps en Alaska donc ça s’est toujours bien passé.


L’Alaska a aussi eu une influence sur votre musique ?

Oui je crois bien. Brock écrit pas mal de paroles sur l’Alaska. On y retourne souvent. Nos familles vivent la-bas, donc…


Le morceau « Song for a fisherman » sur votre dernier l’album, c’est un peu comme un hommage par rapport à vos origines ?

Ah oui oui carrément ! Le titre « Song for a fisherman » parle de ça. Brock a grandi dans une famille de pêcheurs professionnels et il bossait dans la pêche il y a encore quelques années de ça. Cette chanson est dédiée aux personnes qui ont choisies de faire carrière là-dedans.


Tout comme le titre de votre album « A snow capped romance ». Tout nous ramène à l’Alaska en fait !

Oui ! Chez nous c’est très montagneux et il neige tout le temps, ça vient de la.


A l’époque on vous qualifiait de néo-métal, maintenant d’émo, qu’en pensez-vous ?

Quand on a commencé, on a de suite été associé au néo et pour le 2ème à l’émo. J’en sais rien ce qu’on fait… Moi je joue de la musique tu vois, c’est tout ! C’est marrant d’entendre tous ces noms et de voir leur évolution. Franchement, je m’en fous. Appelez moi comme vous voulez. Moi j’aime jouer de la musique, c’est tout. Des fois ça craint quand une étiquette te colle à la peau… mais quand les personnes écoutent le cd elles se rendent bien compte que l’on ne sonne pas néo métal, donc c’est cool !


Est-ce que vos paroles ont évolué avec votre musique ?

Brock écrit toutes les paroles. Je ne dirais pas que c’est plus gai, enfin presque. Je pense que quand tu vieillis, tu deviens plus content. Quand tu es jeune, tu as envie de tuer tout le monde, plus tu vieillis, plus tu t’adoucis.


Vous, vous vieillissez, et votre public rajeunit !

C’est vrai qu’à nos concerts tu verras beaucoup de jeunes, mais des fois ça arrive qu’il y ait des personnes âgées de 40 ou 50 ans. Yes ils viennent à notre concert, c’est cool !


Avez-vous l’intention de jouer dans des festivals ?

Je ne crois pas. Je pense qu’après cette tournée, on va se concentrer sur le nouvel album. On a commencé à travailler dessus récemment, mais ça va prendre du temps avant qu’on ne le sorte parce que l’on est en tournée… On a l’intention de jouer une nouvelle chanson ce soir. On la teste tous les soirs !


Et suivant les réactions du public, vous la modifiez après coup ?

Non, pas forcément. Il y a des fois ça ne marche pas en live, mais c’est toujours plus dur avec des nouvelles compos parce que les fans ne les connaissent pas. Tu sais, tu joues les titres des albums, tout le monde chante et la tu joues un nouveau morceau et les fans sont là « mais qu’est-ce que vous faites la les gars ? ». Personne ne la connaît ! Mais déjà ça te permet toi de voir comment tu te sens sur le morceau. C’est un bon moyen de voir si la structure de la chanson est bonne et si elle passe bien. J’adore ça mais c’est flippant parfois, tu ne sais plus ou tu en es..


Vous étiez censés venir en Octobre, que s’est-il passé ?

Je crois qu’il y a eu un problème avec le label, ça leur coûtait trop cher. Nous faire venir jusqu’ici, louer un bus… On avait pas assez de concerts bookés pour rentrer dans nos frais. Et puis ça n’aurait été que nous, il fallait que l’on paye le bus tous seuls au lieu de partager les frais avec les autres groupes donc il a fallu se faire une raison. C’est dur parfois, mais on essaie d’aller partout où on peut.


Est-ce que l’argent est un problème ?

Des fois. On n’est pas super connu, donc on a toujours quelques restrictions… On a tous un boulot à côté. J’aimerais bien vivre de ma musique, mais ce n’est pas le cas ! Ce n’est plus ce que c’était. Avant les groupes pouvaient se faire un tas d’argent mais maitenant non. Ce ne me touche pas trop, du moment que je peux payer mes factures.


Cela va faire un an que vous tournez, ça vous plait ?

Je pense qu’il y a des gens qui aiment ça plus que moi ! Je suis partagé en ce qui concerne les tournées… Mon chien me manque. Je m’en fous de tourner, mais des fois tu deviens malade, ta maison te manque. En plus chez moi j’ai un studio d’enregistrement. Je produis d’autres groupes et j’adore ça ! Le truc qui craint en tournée, c’est que tu n’as pas le temps de visiter, il y a toujours quelque chose à faire. Ca fait deux fois que je viens à Paris et je n’ai toujours pas vu la Tour Eiffel ! J’espère pouvoir revenir en vacances…


Par rapport aux autres groupes du label (roadrunner), vous considérez-vous comme un ‘vieux’ groupe ?

Et bien, on va enregistrer notre troisième album, donc je me sens un peu old school par rapport à tous ces nouveaux groupes, même si on n’est pas non plus des vieux! Pas mal de groupes ont splitté, ou disparu avant leur troisième album, donc je me sens chanceux d’être la où j’en suis aujourd’hui.


Et ce troisième, on va l’attendre aussi longtemps que le second ?

Je ne sais pas. On ne veut rien forcer. On prend notre temps pour écrire les morceaux, garder le meilleur. Quand tu es jeune, tu veux tout faire tout de suite, sortir ton album etc. Tu t’en fous que le son soit bon ou pas, tu veux juste que ça sorte. Pour le second album, on s’interrogeait sur chaque morceau, est-ce que ça va ? Est-ce que ça ne serait pas mieux comme ça ? La c’est « Non. Non. » On joue plein de trucs qui doivent sûrement être bien mais on ne veut garder que le meilleur du meilleur. Ce n’est pas comme pour le premier album. Quand tu enregistres ton premier album, tout le monde te pousse, le label te demande de te dépêcher. Pour le prochain, notre maison de disque nous a demandé de nous dépêcher, mais ça ne va rien changer. On n’a pas envie de sortir un album de merde. Alors pour l’instant on continue à travailler dessus, quand on sera prêt on te fera signe. Laisse nous tranquille !


A quoi doit-on s’attendre pour le nouvel album ?

De meilleures chansons. Les structures sont mieux, c’est plus carré, plus heavy. Et la chanson qu’on joue en live, elle a déjà tous les éléments présents dans notre musique, mais en mieux ! C’est cool !


Une petite dernière pour la route, ta playlist du moment ?

Charles Mingus, un musicien de jazz, Black Label Society… J’ai énormément de cds chez moi. J’adore acheter des cds, c’est comme les livres, tu sais l’odeur, lire les lyrics. Le fait d’aller dans un magasin, d’acheter le cd, de revenir chez soi, s’asseoir l’écouter, je suis à fond dedans !


Merci à Roadrunner et à Sabrina !

The Haunted


Entretien avec Anders Björler (guitare) à l’occasion du passage en première partie de Cradle of Filth à l’Elysée-Montmartre, le 3 avril 2005.


Tout d’abord, nous avons appris que Patrick (Jensen) avait du quitter la tournée précipitamment… Que s’est-il passé ?


Je ne peux pas trop rentrer dans les détails mais disons que ce sont des problèmes familiaux qui l’ont malheureusement contraint à quitter la tournée avant la fin… C’était de toute façon le mieux à faire pour lui… On a déjà été obligé d’annuler une tournée européenne l’année dernière, on ne voulait pas que ça se reproduise cette année… Comme il ne nous reste que quelques dates, nous avons décidé de les jouer.


Est-ce que c’est difficile de gérer cette absence sur scène ?

Non pas vraiment, on arrive à se débrouiller… En fait on ne joue pas les titres les plus complexes et techniques, on se concentre sur les titres les plus directs…


Au départ de Marco (ancien chanteur sur les 2ème et 3ème albums du groupe), avez-vous étudié la possibilité de prendre quelqu’un d’autre pour le remplacer, ou est-ce que ça a dès le début été sûr que ça allait être Peter (Dolving) qui reviendrait dans le groupe ?

Marco voulait se consacrer à sa famille. Il a deux jeunes enfants, il tenait à les voir grandir.
Donc en fait on a approché Peter, via le management, lui demandant s’il serait intéressé pour rejouer dans The Haunted. A notre grande surprise il l’était. Il y avait éventuellement quelqu’un d’autre de possible, mais le fait que nous connaissions bien Peter, et qu’il ait chanté sur le 1er album, a rendu ce choix naturel. Nous savions très bien comment il chantait, donc c’était un choix évident…


Le nouvel album, rEVOLVEr, est très bon de mon point de vue, mais je dois avouer que je m’attendais à quelque chose d’un peu plus intense, dans la veine du 1er album, que je considère comme l’un des meilleurs albums de thrash de tous les temps… Etait-ce une volonté délibérée d’explorer de nouvelles voies, ou un processus d’évolution naturelle ?

Ce n’était pas vraiment délibéré non… Mais ce n’est pas évident quand quelqu’un revient dans un groupe, c’est quasiment un nouveau groupe en fait. Et il faut faire avec les souhaits de chacun, composer et travailler ensemble… Ce n’était donc pas délibéré, et qui sait peut-être que le prochain album contiendra davantage de parties agressives, je ne sais pas…


Tu veux dire que Peter a rejoint le groupe avec davantage de velléités mélodiques ?

Oui tout à fait, tout du moins s’agissant des voix claires… Pour moi cet album est un bon mélange entre tout ce que nous avons fait jusque là même si je trouve que l’ambiance et le ton général se rapprochent davantage du 1er album…


Vous travaillez déjà sur de nouvelles idées pour le futur album ?

Non en fait on n’est pas très créatifs en tournée… Les jours passent et ne sont pas très propices à l’écriture : tu te réveilles, fais le sound-check, manges, joues, te douches (parfois)… Pour l’instant on est concentré uniquement sur la tournée…


Ces dernières semaines, nous avons entendu de nombreuses rumeurs à propos d’une reformation du line-up de At The Gates… Peux-tu nous en dire un peu plus ?

C’est vrai qu’on en a discuté. Maintenant il est clair qu’une véritable « reformation » durable n’aura pas lieu. Ce sera plus vraisemblablement une reformation temporaire le temps de faire quelques concerts, peut-être durant les festivals cet été…


Tomas (Lindberg, ancien chanteur de At The Gates, et chanteur actuel de The Great Deceiver) est ok sur le principe ?

Oui il l’est , mais il n’y aura pas de nouvel album, ni de vraie tournée de At The Gates…


Que penses-tu du groupe de Tomas, The Great Deceiver ?

Je n’ai pas beaucoup écouté, mais j’ai lu de bonnes critiques… C’est assez différent de ce qu’on faisait je crois, plus industriel…


Oui quelque chose comme ça…
Que peux-tu me dire à propos de Mary Beats Jane (groupe au sein duquel officie Peter Dolving au chant et qui devait se reformer) ?

Ils ne sont pas vraiment de nouveau ensemble mais ils bossent sur de nouveaux morceaux… Ils ne feront pas de tournée ou quoi, donc là encore il ne s’agit pas d’une véritable reformation…
Ils ont déjà écrit 6 chansons, qui sont assez différentes de ce qu’ils faisaient sur Locust. C’est plus expérimental en fait.


Le 1er album était carrément énorme à mon avis…

Oui c’est vrai mais là ça n’aura plus grand chose à voir a priori… Je ne peux pas t’en dire beaucoup plus…




Cela fait maintenant un long moment que tu es un acteur de la scène metal… Quelle est ta vision de cette scène aujourd’hui ?

Tout a commencé dans l’undreground avec des échanges de cassettes et tout ça… Puis le metal s’est retrouvé davantage sous les feux de la rampe avec des gros magazines comme Metal Hammer… De nos jours, je trouve que la scène, s’il y a une scène, a bien changé : il est beaucoup plus facile de faire une démo, de se faire connaître, notamment grâce à Internet…


Es-tu favorable ou opposé au développement du téléchargement et des mp3 ?

Je suis pour. En fait je pense que ce n’est qu’une mode et que ça passera. Les gens voudront de nouveau avoir « le vrai truc » (the real thing)… Pour moi ce n’est qu’une grosse station de radio ou tu peux écouter des trucs et découvrir des artistes… Personnellement je n’achète plus de cds aujourd’hui. Pas à cause du téléchargement, je n’en achèterais plus de toute façon. Enfin des cds de metal je veux dire.


Et que penses-tu de la scène, d’un point de vue musical… On parle de metalcore, ce genre de choses, qu’en penses-tu ?

Pour moi ce n’est pas vraiment nouveau. Tout cela fait partie d’un cycle qui se répète tous les 10 ans. Il y avait déjà des groupes comme D.R.I. qui mélangeaient déjà le hardcore et le metal. Je crois que « metalcore » est un terme inventé par les allemands. On appelle tout metalcore maintenant dès qu’il y a un peu de hardcore, un peu de metal, voire des éléments des 80s, on appelle ça du metalcore. Il y a de bonnes choses bien sûr mais bon…


Cela risque de produire le même résultat qu’avec le néo metal…

Oui tout à fait, il y aura toujours du changement, on ira toujours vers autre chose, car les gens se lassent et passent à autre chose.


Qu’est ce que tu écoutes ces temps-ci, en musique au sens large ?

Beaucoup de trucs non metal. Explosions in The Skies, Godspeed You Black Emperor, Jeff Buckley, Coldplay… Quand tu es en tournée, tu n’as pas envie d’écouter du metal tout le temps… Mais je me tiens au courant quand même, j’ai écouté les derniers Meshuggah ou Soilwork


Tu parles de Soilwork et de Meshuggah…

Oui mais je te les cites aussi parce que ce sont des amis…


Tout à fait mais en fait j’allais te demander si tu avais une idée de la raison pour laquelle tant de bons groupes et musiciens viennent de Suède ?

C’est vrai, je ne sais pas vraiment pourquoi. C’est vrai que si on prend la France, vous êtes combien ?


60 millions…

Et vous n’avez quasiment pas de groupes de metal…


Enfin quand même on en a de plus en plus, et des très bons…

Mais pas très gros internationalement parlant…
Je ne sais pas vraiment pourquoi….


Y a t-il une éducation musicale peut-être plus poussée qu’ailleurs ?

Je ne sais pas si c’est plus qu’ailleurs mais c’est vrai qu’il y a des programmes soutenus par l’Etat qui permettent de prendre des cours et d’acheter des instruments à bas prix très facilement, en particulier pour les jeunes…


Vous êtes combien de personnes en Suède ?

9 millions…


Certains disent que c’est parce qu’il neige et qu’il fait froid…

(rires) Oui c’est possible, également parce que c’est sombre et déprimant parfois… C’est sans doute un peu vrai pour un groupe comme Meshuggah qui vient du nord de la Suède où il fait particulièrement froid et sombre… Il y a de la neige partout, alors il n’y a rien d’autre à faire !


Merci à Century Media et à Valérie !

  

Enslaved

Pouvez vous faire une petite introduction du groupe pour ceux qui ne vous connaissent pas ?


Nous avons débuté en 1991 sous le nom d’Enslaved à Bergen dans le sud ouest de la Norvège. Nous avons enregistré notre premier album sur cassette en 1992, et la première sortie officielle date de 1993 : le split cd avec Emperor. Nous venons de sortir notre 8ème album studio avec Isa. Grutle [bassiste et chanteur du groupe] et moi sommes dans le groupe depuis le début, il y a eu depuis, beaucoup de changements de line-up.

Aux débuts du groupe vous étiez très proche de la scène « True » Black Metal avec des groupes comme Satyricon ou Emperor. Vous sentez vous toujours proche de ces groupes ou pensez vous avoir pris un chemin différent ?

Je pense que tu parles de ces groupes parce qu’ils viennent de Norvège. Nous nous sentons très proches d’eux, encore plus maintenant car nous avons passé tellement de temps ensemble à faire de la musique. Les temps ont changés, des nouveaux groupes sont arrivés, d’anciens comme Emperor ou Immortal se sont séparés.

Nous avons toujours été proches d’eux, depuis le début mais nous n’avons jamais été un groupe de « true black metal », il n’y a jamais eu de concepts sataniques dans nos paroles et nous avons utilisés beaucoup d’éléments expérimentaux dans nos albums. Egalement au niveau de la production, nous n’avons jamais eu le même son que Darkthrone, nous essayons d’avoir un son différent. Nous respectons ce qu’ils font mais si vous comparez les groupes de true black, vous entendrez des choses que vous n’entendrez jamais dans Enslaved. Mais nous respectons beaucoup le black métal et nous avons toujours été clair sur ce que nous faisions. Et je pense que c’est ce qui fait que les groupes de black métal nous respectent aussi, parce qu’on ne marche pas dans leurs platebandes.

Pensez vous qu’aujourd’hui on peut toujours dire qu’Enslaved est un groupe de Black Metal ?

J’aime appeler ce que nous faisons du métal expérimental. Car pour moi, ayant grandi avec la scène black métal depuis ses débuts, ce genre a toujours été basé sur ses paroles, son concept du satanisme et une musique extrêmement violente et agressive que l’on ne retrouve pas dans Enslaved. Donc à la limite on peut dire qu’on est un groupe de black métal mais je ne peux pas dire que je suis un musicien de black métal.

Même a vos débuts lorsque vous jouiez avec Emperor ou Satyricon vous ne vous êtes jamais senti être un groupe de Black Métal ?

Non. Jamais. Nous avons des paroles différentes, nous parlons de mythologies nordiques. Malgré tout nous avons toujours été et nous serons toujours inspirés par le black. C’est là que se situe la différence.

Dans votre nouvel album on peut trouver des influences nouvelles dans Enslaved comme par exemple des influences de années 70 ou du post-hardcore par exemple.

Nous écoutons beaucoup de musique des années 70, c’est quelque chose de très important pour nous. J’ai personnellement beaucoup de respect pour les musiciens des années 70. Je pense qu’ils ont quelque chose en commun avec les premiers groupes de black métal. Ils n’avaient pas beaucoup d’équipement, ils ont forgé leur propre son, inventé leur propre style de musique. Dans les années 70, rien ne se ressemblait, tout ce qui était fait sonnait comme quelque chose de nouveau. Pour moi c’est tout l’inverse du Power métal par exemple, c’est très facile de comprendre ce qu’ils font, ils ont un matériel coûteux pour avoir le plus gros son mais utilisent toujours le smêms schémas.

Pour moi le black métal et les années 70 c’est la même chose, ce sont des musiques qui sortent de l’âme.

Je ne sais pas exactement ce que tu entends par post-pardcore, mais si tu parles de groupes tels que Neurosis, Isis ou Cult Of Luna alors je te répondrais oui. Je pense que ce qu’ils jouent est très proche de l’expérimental, et ils ont une vision brute d ela musique très intéressante.

Vous avez changé de style au cours du temps passant du black métal à quelque chose de plus expérimental. Avez-vous eu peur de décevoir vos fans de la première heure?

Je ne dirais pas que nous ayons eu peur. Nous avons beaucoup de fans loyaux, qui écoutent chaque album et qui nous donnent l’opportunité de continuer en venant à nos concerts. Ceci dit je peux facilement comprendre que pour des gens qui ont écouté le split cd avec emperor, que l’album Eld leur ai semblé un peu bizarre. Mais en même temps le concept même de faire de la musique est d’essayer chaque fois d’offrir quelque chose de nouveau, des nouvelles idées, des nouvelles émotions. C’est pour cela que nous jouons toujours des morceaux de Frost en concert par exemple, nous aimons toujours ces albums et nous savons que les gens du public les aiment.

Comme nos fans, nous aimons aussi les anciens albums. Les années ont passés et nous avons évolué en tant que personnes et notre musique aussi.

Vous n’avez jamais eu de problèmes avec des fans de la première heure qui vous auraient dis que vous aviez trahi le black métal (une façon de penser très courante dans le milieu) ?

Non, mais je pense que ça pourrait être le cas si on disait être un groupe de black métal. Je sais qu’il y a beaucoup de discussions dans la scène black métal. Je pense que nous avons eu de la chance sur ce point, je sais que beaucoup de groupes qui ont tenté de faire évoluer leur style ont eu ce genre de problèmes. Mais Enslaved restera toujours de la musique extrême nous ne ferons par exemple jamais de l’electro, nous resterons un groupe de métal extrême.

Quelles ont été les réactions dans la presse pour Isa ?

Elles ont été bonnes, elles ont même été fantastiques, partout. Nous avons eu quelques mauvaises réactions en Finlande, mais bon, ils boivent trop de vodka là bas. (Rires).

Meilleures que celles que vous avez eu avec Blodhemn je suppose ?

Blodhemn est un excellent exemple. C’était un des albums les plus extrêmes, il y a d’excellents morceaux mais aussi de très mauvais dessus. A cette époque on avait l’impression que personne n’écouterait cet album, l’album avait été fait très rapidement, mais nous en étions fier à l’époque. Au final, pas mal de gens l’ont quand même aimé. Cela a été pareil avec Eld, quand il est sorti la presse disait que c’était trop extrême que ça dénaturait l’esprit black metal etc… et les même magazines, 3 ou 4 ans plus tard le qualifiat d' »album majeur ».

Es-tu toujours satisfait de tous vos albums ?

Je suis plutôt satisfait de la majorité des albums d’Enslaved car je garde l’avis que j’avais à l’époque où ils sont sortis. Mais pour être honnête je n’écoute plus beaucoup Blodhemn, je n’écoute pas beaucoup Monumension non plus. Mais c’est purement subjectif, les autres dans le groupe aiment beaucoup Monumension. Je ne suis pas d’accord avec eux, je pense que nous avons été trop loin, et certaines parties expérimentales étaient un peu trop calmes sur cet album.

Et quel est ton album d’Enslaved préféré ?

Je serais obligé d’en citer deux. Il y a aujourd’hui, Isa, bien entendu mais vous devez entendre ça tout le temps mais je suis très satisfait de ce nouvel album. Je dois quand même en citer un autre parce qu’il y aussi ce que faisait Enslaved dans le passé donc pour moi ça serait Frost. Je n’oublierais jamais cet album et c’est pourquoi nous jouons toujours beaucoup morceaux de cet album.

Quels sont vos albums favoris de 2004 ou de ce début de 2005 ?

Avant que je parte en tournée il y a eu le nouveau Isis, Panopticon, qui est selon moi un album fantastique. En 2004 j’ai aussi vraiment beaucoup aimé le nouveau Red Harvest, Internal Punishment Programs… Hum… quoi d’autres… le dernier Darkthone aussi, il y a eu quelques changement dans la production mais j’aime le sens dans lequel ça a été. Je ne me souviens plus trop bien des dates mais ces trois là sont mes coups de cœur.

Que pensez vous du téléchargement de musique sur le net ?

Je vois ça comme quelque chose de chaotique. Je pense que c’est impossible d’arrêter ce phénomène, c’est impossible de le contrôler. Je ne me sens pas vraiment concerné par cela dans le sens ou je ne peux rien y faire.

Pour un petit groupe ça peut être un bon outil de promotion. Pour un groupe comme Enslaved qui vend entre 20.000 et 30.000 cd par album, je ne pense pas que nous en souffrions beaucoup. Je pense qu’on gagne en promotion. Pour des gros groupes comme Metallica, je regardais le dvd « Some kind of monster » il y a quelques jours et je trouve ça un peu pathétique quand vous avez déjà vendu 100 millions d’albums, d’en vouloir encore 10 de plus. Je pense que les gens ont créé internet parce qu’ils le voulaintt, ils ont proposé des fichiers en téléchargement parce qu’ils le voulaient et en avait besoin.

Personnellement je ne télécharge pas de musique parce que je n’aime pas la qualité du mp3, on perd par rapport au cd ou au vynil, certaines fréquences sont coupées ou déformées. Mais, de toute façon je ne peux rien faire contre ça, donc en fait je n’ai pas réellement d’avis sur la question.

Vous allez participer au Fury Fest cette année…

Oui, effectivement nous allons participé à ce festival je ne sais pas vraiment quels autres groupes il y aura… Il y aura Slayer cette année ou c’était l’année dernière?

Oui, c’est cette année.

Alors ça sera un bon festival !!

Il y aura de nombreux groupes de black d’ailleurs comme Mayhem, Behemoth, Anorexia Nervosa, Dimmu Borgir etc.

Dimmu Borgir, ouh lah, il va y avoir une sacrée ambiance en backstage alors, ça va picoler !! (rires)

Strapping Young Lad

Nous avons eu la chance d’interviewer Devin, lors de son passage promotionnel à Paris (coïncidant avec la date de concert de Dark Tranquillity et Kreator à Paris, pour l’anecdote).

Hello Devin, alors tu es à Paris pour combien de temps ?

Hello, eh bien en fait juste pour la journée. Ce soir il y a Dark Tranquillity qui joue avec Kreator (NDKrakou : à l’Elysée Montmartre) mais je pense que je vais aller me coucher…

Désolé si la question est bateau et t’a été posée 3 millions de fois, mais que signifie « Strapping Young Lad » ?

C’est un terme ironique, puisque lorsqu’on dit « isn’t he a strapping young lad ? » on parle d’un garçon, gentil, poli, bien sous tous rapports ce qui est bien entendu à l’opposé de la musique que nous faisons…

Dans le même style, qu’est ce que le titre du nouvel album, Alien, représente pour toi ?

Et bien quand on a fini d’enregistrer l’album nous l’avons écouté du début à la fin et je me suis dit : « waouh il est bizarre, il dégage vraiment une vibe étrange, alien ». Alors nous avons décidé d’appeler l’album comme ça.

Selon moi tu es d’ailleurs un « alien » dans la scène métal contemporaine…

Peut-être… Mais peut-être est-ce juste parce que je suis canadien, il y a peu de groupes canadiens… Nous autres canadiens sommes des aliens !

Alien est décrit sur le cd promo, comme le travail d’une vraie entité, d’un vrai groupe… Ca m’a un peu surpris je dois dire car autant le précédent pouvait effectivement traduire une vraie cohésion dans l’écritre, autant celui-ci me paraît vraiment être un album de Devin Townsend…

Oui tu as raison, c’était une erreur de la maisn de disques d’écrire ce genre de choses… Le précédent album album était beaucoup plus collaboratif. Sur celui-ci, le squelette de la totalité des chansons a été dessiné en collaboration entre Gene (NDKrakou : Hoglan à la batterie) et moi. Donc en fait on est arrivé avec une cassette en studio pour que les autres sachent quoi faire. Mais tu sais quoi ? Ce n’est pas très important. C’est comme les paroles, qui peuvent parler de chiens, de maisons, de fleurs ou que sais-je… Beaucoup de gens me questionnent à propos des paroles, mais je n’ai pas grand chose à répondre. Ce qui est important est le sentiment qui reste lorsque tu as fini d’écouter l’album, que tu te dises : « wouah je ne sais pas du tout de quoi ces gars parlent, mais je sais exactement ce qu’ils ressentent… ». Loin de parler de politique, de religion ou que sais-je, Strapping c’est juste une histoire de (il gueule) « WOUAAAAHHHHHHHH ». Et c’est tout, c’est le propre de la catharsis : les gens peuvent écouter l’album et se sentir libérés sans avoir à faire ça eux-mêmes.

Pour moi Alien est le parfait mix entre tous tes différents projets : SYL, Infinity, Ocean Machine même… Il est moins agressif qu’auparavant, très mélodique, et il contient même beaucoup des « gimmicks » caractéristiques du style Devin Townsend… Est-ce que tu es d’accord avec cette analyse ?

Oui absolument d’accord.

Penses-tu qu’il soit toujours utile de distinguer tes différents projets comme tu le fais aujourd’hui entre SYL et le Devin Townsend Band ?

Oui je le pense, car même si cet album a beaucoup d’influences des autres projets, il reste sombre comme l’est Strapping Young Lad. Et je n’aurais pas pu mettre « Two Weeks » sur Ocean Machine par exemple, car ça ne collerait pas au thème de Alien qui est très spécifique. Tu vois je n’avais pas envie de faire un disque qui soit « METAL METAL METAL METAL » du début à la fin. Personnellement quand j’écoute un disque de « death metal grindcore super intense quelque chose », mon attention se perd au fil de l’écoute après 4 ou 5 chansons. C’est pour ça que j’ai voulu une ballade sur cet album qui ne se voulait pas être un moment mielleux, mais plutôt (il fait un bruit constant puis prend une bouffée d’oxygène) une respiration entre 2 agressions……

Un peu comme « Room 429 » sur City

Tout à fait sauf que maintenant j’ai 32 ans, je n’en ai plus 24. Beaucoup de mes problèmes de l’époque ont été résolus, j’avais beaucoup de problèmes par rapport aux sexe, à la religion (NDKrakou : Sex & Religion ! ! Titre d’un album de Vai)… Aujourd’hui j’ai d’autres problèmes que je n’avais pas alors, des problèmes qui sont peut-être plus adultes, plus âgés. Et la seule chose que je peux faire en tant qu’artiste, c’est laisser la musique s’exprimer : « ok c’est là que va la musique, donc c’est là où je vais ». Et si un disque de SYL doit comporter une ballade et bien qu’il en soit ainsi…

La majorité des chansons sont excellentes sur Alien, mais personnellement je trouve qu’il y en a quand même une qui me fait l’effet d’être une chanson basique pour du Devin Townsend, un peu trop simpliste quoi. Je parle de « Thalamus » le 9ème titre sur l’album…

Et bien le fait est que cette chanson apparaît après la ballade « Two Weeks » et je voulais qu’on aille crescendo vers « Zen » la dernière chanson de l’album… C’est une chanson relativement lente, qui résume bien d’après moi tout le concept autour de l’album entier, c’est une sorte de synthèse orchestrale qui est effectivement peut-être réminiscente de ce que je fais d’habitude… Mais d’un point de vue créatif, j’en suis très satisfait… Maintenant il y aura toujours des gens qui n’aimeront pas une chanson, ou une autre… Tout ce que je sais c’est que je suis satisfait de l’intégralité de l’album, comme je l’ai toujours été, sauf sur l’album Physicist.

Quelles sont les prochaines sorties signées Devin Townsend que nous pouvons espérer voir arriver ?

Et bien il y a un DVD du DTB, un album du DTB, j’ai aussi un disque ambiant à venir. Je vais aussi m’occuper de la production pour un groupe qui s’appelle Darkest Hour. Beaucoup de tournées, de vidéos…

Quand comptes-tu sortir l’album du DTB ?

Probablement à la fin de l’année… C’est du moins ce que je voudrais…

Et tu comptes partir en tournée conjointe DTB/SYL comme tu l’as déjà fait la dernière fois ?

Peut-être… Tu sais je n’aime pas trop partir en tournée. Bien sûr j’aime la « connection » avec le public, c’est ce qui fait que ça vaut toujours le coup, mais… Quand je peux être chez moi, à composer, c’est vraiment l’idéal pour moi…

Tu as un moment envisagé de mettre fin à Strapping Young Lad, annonçant le précédent album comme le dernier…

J’ai du mentir en fait (rires).

Tant mieux ! !

Oui c’est vrai. En fait tu vois en tant qu’artiste, tu peux être vulnérable un jour, en avoir marre, bref être dans un mauvais jour et devoir faire une interview : forcément tu vas dire « nan je veux pas tourner », « nan je ne veux plus faire Strapping Young Lad »… Le fait est que je suis incapable de justifier pourquoi j’ai pu dire ça au moment où je l’ai dit… Je pense que j’imaginais, ou j’espérais quelque part, que la vie deviendrait meilleure, et qu’il n’y aurait plus de justification pour un album de SYL. Mais il est clair, que les meurtres, la guerre, l’enfer… Rien ne s’arrête vraiment… SYL est vraiment un moyen d’évacuer tout la rage que m’inspirent toutes ces merdes… Si je ne le faisais pas, il y a de grandes chances que je sois dans un Café et que d’un coup je me mette à hurler « Wouaaaaaaaaaaaaaaaaaaah », ce qui serait un peu déplacé (rires)… Alors le fait d’avoir un moyen d’évacuer comme ça, m’aide à rester calme le reste du temps…

Quels sont les albums qui t’ont branché ces derniers temps ?

Et bien… J’en ai acheté beaucoup récemment… Il y a eu le nouveau Samaël, Soilwork, Fear Factory, Lamb Of God… En fait j’aime le métal en général… J’aime Meshuggah, j’aime Opeth, j’aime Entombed, Dimmu Borgir, Napalm Death… J’adore la musique…

Maintenant si tu me demandes quels sont mes albums de chevet, ceux que je peux écouter 7000 fois sans me lasser, il y en a moins c’est sûr… Old Lady Drivers par exemple, ou Nothing’s Schocking de Jane’s Addiction, Gretchen Goes To Nebraska de King’s X
Il y a toujours eu un disque sur lequel je me disais : « ouah j’écouterai ce disque pour toujours ! » jusqu’à ce que je me dise « bon je ne l’écouterai plus jamais ce disque ». (rires).

Une question plus « métaphysique » maintenant : où te vois-tu dans 10 ans ?

J’espère être en vie et j’espère être en paix.

Et pour la musique ?

Peu importe, où qu’elle m’emmène j’irai… (sourire)

Je te laisse le mot de la fin pour tes fans français…

La France a toujours été géniale pour moi, depuis le tout début avec Steve Vai, le 1er Strapping, la France m’a toujours encouragé à aller de l’avant, peu importe où ça se trouvait… Les français m’ont toujours compris… Et pour un artiste, être compris est vraiment l’une des plus belles récompenses…

Tu parles de Steve Vai, vous êtes toujours en contact ?

Oh oui oui bien sûr… On n’est pas super proches non plus mais on se parle de temps en temps… On vit assez loin l’un de l’autre il faut dire…

Sex & Religion était un excellent album d’après moi bien que beaucoup de fans de Vai ne l’aiment pas…

Oui c’est bien qu’il ait fait quelque chose en étant préparé à échouer… Il fallait le courage de le faire…C’est important pour progresser en tant qu’artiste d’avoir la volonté d’essayer de nouvelles choses, quitte à se planter… Quand tu te plantes tu peux d’autant mieux revenir en beauté…

Jonben : Dernière question, je t’ai vu sur MTV 2 dans l’émission « The Osbournes », comment c’est arrivé ?

Oh ouais ! (rire gêné). En fait j’ai reçu un mail de l’équipe des Osbournes, où il me demandaient de participer… J’ai répondu : « Nonnnnnnnn ». Ils m’ont dit qu’ils me donneraient une guitare et que je pourrais jouer une chanson de Strapping… Alors je me suis dit après tout pourquoi pas… Je suis allé à New York un week-end pour ça et hop je suis rentré, en essayant d’oublier que tout cela avait vraiment eu lieu… (rires). J’aime faire des nouvelles expériences…

Merci à Century Media et à Devin pour sa gentillesse !

Bleeding Through




Plus la peine de présenter le groupe Bleeding Through : mélange de HxC, d’émo diront ceux qui oublient de se laver les oreilles le matin, le tout nappé de synthé. On s’insurge de la présence féminine, de leur look maquillage/ creepers/ tatoos. On les aime ou on les déteste. Le fait est que chez Eklektik on se fout bien de savoir ce que pensent les autres… Mais on a quand même posé la question à Scott l’un des guitaristes.


On emploie beaucoup de qualificatifs différents pour décrire la musique de BT, ça vous semble approprié ?


S : Je pense qu’on est un peu tout à la fois. On puise nos influences aussi bien dans le punk que dans métal ou le Hxc. Mais on est tous ‘des enfants du HxC’. Je crois que de toutes les influences que l’on a c’est la plus importante pour nous. On touche plein de kids différents, des métalleux, des coreux… et on ne veut pas qu’il y en ait qui se sentent comme des étrangers à l’écoute de notre musique. C’est vraiment important pour nous.


Et le maquillage alors c’est important aussi ?

S : C’est juste quelque chose de fun. Ce n’est pas vraiment émo. Les groupes que j’associe au port du maquillage ce sont AFI, Misfists et ce genre de groupe… Certains d’entre nous le font tous les jours.

Brandan (le chanteur, dans le fond) : Moi je fais ça tous les jours. Je ne suis une vraie tapette.

S : rire.


Il paraît que la dernière fois que vous avez joué en France, vous avez dit ne pas vouloir y remettre les pieds ?

S : Oui… C’était vraiment bizarre comme concert… C’est à cause du public. IL était bizarre. Je pense qu’aujourd’hui ça ira mieux parce qu’on est en tête d’affiche donc il y aura plus de gens qui viendront pour nous plutôt que pour Sick Of It All et Most Precious Blood. Mais bon, C’est tout le temps pareil, quand tu foires un concert tu te demandes comment sera le prochain si tu rejoues au même endroit. Mais il faut passer outre et se dire ‘bon allez donnons nous une seconde chance ».


Et donc vous craignez un peu le concert de ce soir ou pas ?

S : Non, on pense que ça ira mieux. On espère que les gens connaîtront mieux notre musique que la dernière fois qu’on est venu. Ce sera notre deuxième concert à Paris et puis en plus on est en tête d’affiche donc ça devrait être un meilleur concert. On va jouer deux nouvelles chansons en plus. C’est chouette de jouer des nouvelles compos. Parce qu’on joue des chansons qui ont un an et demi et le fait d’introduire des nouveaux morceau dans la set-list, ça rajeunit le set.


Un de vos proches s’est fait poignardé lors d’un concert l’année dernière, est-ce que tu penses que la violence de votre musique se reporte sur les comportements ?

S : Non. On a déjà fait pas mal de concert et c’est bien la première fois que quelque chose d’aussi grave s’est produit. C’était un ami à nous. On avait peur qu’il ne s’en sorte pas…


Allez- vous vous écrire un X sur la main avant de monter sur scène ?

S : rire. Noooon !!! Je n’ai pas de marqueur avec moi.


Dommage.

S : Rire. Oui. On le fait toujours, mais bon, pas aujourd’hui j’ai oublié mon marqueur. Etre straight edge, c’est important pour nous. Ce n’est le fait de t’écrire un X sur une main qui compte, c’est ta manière de vivre. Ce n’est pas un geste politique, pour nous c’est quelque chose de beaucoup plus personnel…


C’est pour ça que vous n’en parlez jamais dans vos chansons ?

S : (un peu gêné par la question) ah… je crois que c’est au chanteur qu’il faudrait poser cette question. Mais peut-être bien que oui… On préfère s’adresser à tout le monde plutôt de laisser certains auditeurs sur le carreau. Ce sera pareil pour le prochain. On veut réunir les gens, donc on parle de choses qui peuvent toucher un large public.


Comment va évoluer le son de BT sur le prochain album ?

S : Ce sera plus rapide, plus mélodique et je pense vraiment que ce seront de meilleures chansons. On y met toute notre passion. On a déjà 5 chansons prêtes. C’est la première fois que… (silence)… chaque membre du groupe s’investit vraiment dans BT. Sur l’album précédent, la personne au synthé voulait quitter le groupe, elle n’était plus dans le trip, l’album d’avant, c’était le bassiste… Donc c’est vraiment la première fois que tout le monde se donne à fond pour BT. Ca facilite les choses, même en tournée. Comme on est tous sur la même longueur d’onde…


Le rôle de Marta va –t-il évoluer, faire des samples par exemple ?

S : On le fait déjà sur scène. Mais sûrement qu’il y aura plus de samples sur le nouvel album. Le jeu de synthé sera bien meilleur car Marta se débrouille bien.


Sur ‘This is love…’ d’où vient l’intro de « Love Lost In A Hale Of Gunfire”?

S : D’un film. Ca s’appelle “The Boondock Saints” (NDKrakou : jamais traduit en français mais petit film bien sympathique avec Willem Dafoe en flic homosexuel déjanté) C’est vraiment un très bon film dans lequel n’importe qui peut se reconnaître. C’est l’histoire de gars qui en ont marre que les dealers et les mafieux fassent la loi et qui décident de régler le problème à leur manière, c’est à dire en buttant tout le monde. Tout le monde a rêvé de faire ça, je pense.


Vous aimez les films gore ?

S : Ah oui, on est tous des grands fans de films gore ! C’est super drôle. Mon préféré ce sont les Friday 13, Evil Dead… C’est une de nos influences quand on écrit, mais la violence vient aussi de la vie de tous les jours.. Les gens ne se rendent pas compte. Mais c’est dur, les relations hommes femmes etc. C’ets dur. Et le groupe nous permet de nous délivrer de cette colère.

Cult of Luna


Alors que Cult Of Luna a investit le vestiaire de l’espace Curial, nous rencontrons le groupe pour une interview. Sur la route depuis bientôt six semaines Anders Teglund (samples et synthés) et Erik Olofsson (guitare) répondent donc à nos questions la voix fatiguée mais l’esprit décontracté.

Pouvez vous nous donner un petit historique du groupe ?


Erik : Cult Of Luna existe depuis bientôt six ans même si le line up a quelque peu évolué au cours du temps. Dès 1999 et la formation du groupe, nous nous sommes retrouvé sur Umea (ville du nord de la Suède) pour essayer de faire une musique qui nous était propre, quelque chose de différent de la scène hardcore.


Est ce que vous pouvez me parler de votre dernier album? Que signifie le titre « Salvation » ?

Erik : C’est une histoire plutôt simple cette fois. Salvation suit les pas d’un homme rempli de désespoir qui cherche un moyen de s’en sortir, de mettre un terme à ses souffrances. Dans ce monde moderne auquel il tente d’échapper, cet homme est en fait à la recherche de son propre salut, pas dans le sens religieux du terme, mais dans une perspective plus large.


Avec Salvation vous poursuivez votre évolution musicale, tout en conservant une certaine tension, votre dernier album semble plus calme et plus mélodique.

Erik : Oui, bien sûr l’album est plus paisible et la mélodie occupe une place plus importante que sur The Beyond. Mais parallèlement et au lieu de jouer toutes les parties mélodiques avec la même intensité, nous avons essayé de donner aux parties « heavy » un son plus « heavy » tandis que les parties mélodiques sont, elles, plus mélodiques. De plus toute la production a entièrement changé, nous voulions privilégier la mélodie en explorant de nouvelles directions, de nouvelles ambiances et en essayant le maximum de choses.


Comment se compose une chanson chez Cult of Luna? Est-ce que chacun de vous a un rôle défini ou est-ce différent pour chaque morceau ?

Erik : Le processus d’écriture est sensiblement le même pour chaque nouveau morceau. Moi et Johannes (guitare) nous écrivons les différentes parties de ce qui constitue une base de travail, à partir de laquelle l’ensemble du groupe peut travailler. Ensuite chaque musicien compose sa propre partition et contribue ainsi à l’élaboration des morceaux.

Anders : Nous avons une idée du résultat que nous voulons obtenir avant l’écriture d’une chanson, quelle direction suivre pour obtenir quelque chose plutôt comme ci ou plutôt comme ça…


Sur cet album, vous poursuivez vos expérimentations en incorporant des éléments post rock voir cold wave dans votre musique (je pense au synthé de « waiting for you ») tout en conservant le « son » Cult of Luna. Pourquoi cette évolution?

Anders : Je pense que c’est parce pendant l’enregistrement de cet album nous en avons profité pour élargir notre champ musical, je pense notamment à des groupes comme Sigur Ros.

Erik : En fait nous n’écoutons plus de musiques violentes depuis des années. Nous voulions vraiment franchir une étape en nous éloignant du métal ou du hardcore en incorporant dans notre musique de nouveaux éléments.


Vos compositions sont à la fois longues et complexes. Pouvez vous nous parlez de l’enregistrement en studio ?

Erik : C’est un travail long et difficile! Avant d’entrer au studio et pour être mieux préparé, nous enregistrons une préproduction, qui comporte une version de chaque morceau. Mais même si tu es parfaitement préparé, que de nombreux éléments sont déjà présents avant l’enregistrement, il se passe toujours quelque chose. L’expérience du studio apporte à chaque fois de nouvelles idées, de nouvelles voies à explorer.


La musique du groupe a évolué, la voix elle n’a pas bougé. Pourtant je trouve l’incursion des voix sur « Crossing over » vraiment superbe et réussie, c’est une voie que vous allez creuser?

Erik : Oui, j’espère, je pense que c’est une voie que nous allons explorer. C’est un travail intéressant lorsque vous pouvez essayer de nouvelles choses, quelque chose de différent des hurlements chaotiques. On verra bien ce qui se passera.


Est-ce que c’est difficile de retransmettre l’énergie de l’album sur scène ?

Erik : Non, je ne pense pas. Bien sûr quand votre musique est intense vous essayez de conserver cette intensité sur scène. Vous travaillez sur la dynamique, l’expression que l’on retrouve sur le CD et sur scène.


Votre album sort en même temps que le « Panopticon » d’Isis. On vous a souvent comparé au groupe d’Aaron Turner. Est-ce que cela vous ennuie ? Quels sont les éléments qui vous différencient aujourd’hui ?

Erik : (Hésitation) Question suivante…


Aujourd’hui Cult of Luna touche un public différent du fan hardcore de base. Avez-vous conscience d’avoir acquis un nouveau statut ?

Erik : J’espère oui. J’espère que nous pouvons toucher le plus de monde possible. Si tu penses que c’est le cas j’en suis fier, c’est ce que nous essayons de faire.


L’artwork de Salvation semble avoir été choisi pour retranscrire l’atmosphère de l’album. Quelle est la teneur de votre investissement dans l’aspect visuel de vos albums?

Erik : Nous contrôlons tout, excepté le boîtier du CD, mais sinon nous contrôlons chaque illustration, chaques détails… Vraiment, c’est tellement important, comment le packaging va agir sur les gens, comment le thème est interprété visuellement. C’est moi qui fait l’artwork et le design des albums.


Est-ce qu’il y a des parallèles à trouver entre votre musique et vos clips?

Erik : On n’a pas l’habitude de tourner avec des gens de chez nous, la dernière fois on avait travaillé avec des Anglais. Mais cette fois ci on a bossé avec des gens qu’on connaissait. Ils sont venus avec un scénario et leurs propres idées. On a utilisé une nouveau procédé : au lieu de tourner avec une caméra normale on a utilisé une caméra DV. C’était beaucoup plus facile qu’avant. A chaque plan correspond une image, c’est comme 500 photos juxtaposées. C’était très amusant à faire.


Lors de votre dernier passage à Paris, j’ai été surpris par la clarté de votre son malgré une salle connue pour sa mauvaise qualité.
Votre ingénieur du son semble occuper une place vraiment à part entière dans le groupe. Quel rôle joue-t-il dans le groupe? Intervient-il vraiment dans le processus d’écriture ou a-t-il seulement un rôle technique?

Erik : En concert, ça ne change rien que tu joues bien ou mal, si l’ingénieur est mauvais, le son sera de toute façon mauvais. Dans un groupe, l’ingénieur sait ce que tu veux faire, sait ce que tu veux exprimer, sait quel son tu veux avoir. Sur cette tournée, on travaille avec un nouvel ingénieur, qui a un rôle de plus en plus important. Et ça se passe super bien. Je comprends ce que tu veux dire, effectivement il fait partie du groupe, même pendant les concerts.


Lors de ce même passage à Paris, vous n’avez joué que des titres de « Salvation », pourquoi? Vous ne jouez plus d’anciens titres sur scène?

Erik : Nous le faisons, mais tu sais les nouvelles compos sont les plus amusantes à jouer. En fait les nouvelles chansons sont celles que nous aimons le plus, ce sont les plus récentes et celles dont nous sommes le plus fier. On ne renie pas ce qu’on a fait avant mais c’est plus intéressant il me semble de mélanger différents éléments, jouer à la fois des titres de nos anciens albums avec de nouvelles compositions.

Anders : En tournée, c’est plus naturel de jouer ses dernières compos. En plus, année après année votre set-list s’allonge et vous ne pouvez pas tout jouer. Les dernières chansons c’est ce que le public veut entendre, c’est pour ça qu’il est venu.


J’ai lu dans une interview que vous n’avez pas touché un centime sur la sortie de vos deux premiers albums, cela a-t-il été pareil avec le dernier?

Erik : Nous n’avons gagné d’argent avec aucun de nos albums. Peut être que Britney Spears gagne de l’argent sur la vente de ses CDs mais pas nous, c’est la triste vérité. En fait nous gagnons un peu d’argent avec la tournée, assez pour payer le loyer mais pas assez pour les factures. Nous devons tous travailler en dehors du groupe. Après la tournée nous avons tous un boulot, nous ne sommes pas des musiciens professionnels.


Vous disiez aussi dans cette interview que pour supporter un « petit » groupe il valait mieux venir au concert et acheter un t-shirt que d’acheter le cd, vous pensez toujours la même chose?

Erik : C’est vrai. Si vous voulez supportez un groupe ou un chanteur ou n’importe qui, la seule chose importante à faire c’est d’acheter des t-shirts et de venir assister aux concerts. Ce qui permet de gagner de l’argent c’est le merchandising et l’argent des concerts.


Quel est votre position sur le téléchargement sur Internet ?

Erik : C’est bon et mauvais à la fois. Bien sur c’est illégal mais d’un autre coté c’est aussi un excellent moyen de promotion.

Anders : Internet permet à notre musique d’être écoutée partout à travers le monde.

Erik : Et en fin de compte ce qui compte c’est le nombre de personnes qui viennent au concert, pas les ventes de CD. Un groupe signé sur une major sera peut être pénalisé par le téléchargement illégal mais pour un groupe comme Cult Of Luna c’est sûrement plus bénéfique qu’autre chose.


Qu’est-ce que vous écoutez comme musique ces temps-ci?

Erik : 50 Cents (rires). Non, j’écoute plutôt de l’Indie Rock en ce moment.

Anders : En fait moi je n’écoute plus du tout de musique, ou plutôt si, je n’écoute que notre dernier album ! Je mets Salvation en boucle quand on conduit !


Quels sont vos projets pour bientôt?

Anders : La première étape sera sûrement de rentrer sain et sauf chez soi et de survivre à cette longue tournée ! (rires).

Erik : Nous conduisons nous mêmes à travers le monde.

Anders : Lorsque vous devez conduire vous ne dormez que cinq à six heures par nuit.

Erik : « Head on down highway ».

Anders : Aujourd’hui on a conduit dans Paris, ce que nous n’avions jamais fait auparavant.

Erik : Et nous allons tourner aux Etats-Unis en mai.


Est-ce que c’est important pour vous de jouer aux Etats Unis ?

Erik : Oui, c’est une sorte de consécration pour nous. Nous ne l’avons jamais fait avant donc ça ne peut être que positif. Et c’est aussi un nouveau marché qui s’ouvre à nous. On ne sait pas encore avec qui on va tourner, ce n’est pas encore définitif.


Sur cette tournée européenne vous partagez l’affiche avec Bleeding Trough, que pensez vous de ce groupe assez éloigné de votre univers musical ?

Erik : Ce n’est pas le genre de musique que j’écoute, mais ce sont des gars sympas. Les gens nous demandent souvent pourquoi on tourne avec eux, pourquoi une affiche aussi éclectique, mais je pense que ça peut être enrichissant. On a un public qui vient de différents horizons mais pendant le show on sait qui est venu pour nous voir.


Merci à Nathalie (promo d’Earache en France).