Cinéma

Django Unchained

Le nouveau Tarantino sera-t-il à la hauteur ? S’agit-il de son meilleur film ? De son œuvre de maturité ? Film après film, les questions restent les mêmes, tandis que le cinéphile boulimique américain élargit sa filmographie. Les fans du réalisateur sont rarement déçus. Et pour cause : burlesque, extravagante, violente et empreinte de références, la patte du cinéaste reste reconnaissable entre mille. Les aficionados y voient la création d’un véritable style, d’autres un condensé talentueux d’ingurgitations cinématographiques, les plus sceptiques critiquent celui qu’ils voient comme un usurpateur se contentant de pomper et de repomper les œuvres de ses maîtres. Et Django Unchained dans tout cela ? Il ne fera sans doute changer d’avis ni les uns, ni les autres…

Qui a peur de Virginia Woolf ? (Mike Nichols)

C’est l’histoire d’une guerre conjugale. D’une bataille cruelle, drôle et intelligente qui éclate une nuit de beuverie pour finir avec celle-ci, à l’aube. D’un âpre combat sismique dont aucun des deux couples de l’histoire ne sortira indemne, pas plus que les spectateurs.

Scène d’ouverture : un couple visiblement éméché regagne son domicile. « Quel trou infect », marmonne une Elizabeth Taylor dépitée de s’apercevoir de l’état de son salon. La légendaire star glamour d’Hollywood est méconnaissable tant elle apparaît âgée et bouffie, sardonique et lapidaire. Dès ces premières minutes, l’irritation est palpable, la tension s’installe entre les deux protagonistes principaux. L’arrivée d’un jeune couple invité quelques heures auparavant accentue le climat délétère. La surenchère verbale débute, les joutes rhétoriques se succèdent, les ressentiments jaillissent et explosent. Relégué au rang de spectateur, le jeune couple mal à l’aise observe ce jeu pervers qui va crescendo. Les verres s’accumulent et l’alcool fait surgir les confidences, avant que l’entreprise de destruction ne se poursuive, emportant sur son passage le jeune couple dans ce tourbillon laconique et sans issue qui n’épargnera personne.

Ghosts… of the Civil Dead

Deux notes de guitare, suivies d’inquiétants bruitages qui rythment l’introduction musicale dérangeante de Nick Cave, ponctuée de sonorités stridentes et oppressantes… La caméra se fixe sur le désert australien, avant de se diriger lentement vers la centrale de haute-sécurité… De celle-ci, on ne sortira plus. Ou presque. Car au-delà du quasi huis-clos que représente la suite du film, c’est aussi et surtout l’immersion progressive dans cette prison qui va nous enrober, nous enfermer, jusqu’à la claustrophobie, jusqu’au cauchemar…

Bilbo le hobbit

On ne change pas une équipe qui gagne (de l’argent) : en adaptant une nouvelle fois un roman de Tolkien (pourtant bien plus court) sous forme de trilogie, en utilisant les mêmes recettes cinématographiques, Peter Jackson n’a clairement pas choisi la voie de l’originalité. D’autant plus que le réalisateur amorce une nouvelle fois son récit par un prologue plutôt drôle et réussi, avant que ne débute la véritable quête. Plus simple que celle du Seigneur des Anneaux, celle-ci peut cette fois se résumer à une chasse au trésor. Par essence moins dramatiques que celles de son prédécesseur où l’avenir du monde était en jeu, les aventures de Bilbo le hobbit épousent donc une ligne narratrice très simple, finalement assez proche de celle d’un FPS.

Puisque ce récit simple ne porte pas en soi le souffle épique de la trilogie précédente, c’est à grand renfort d’effets visuels toujours plus démesurés que Peter Jackson tente d’insuffler une dimension dramatique à son œuvre. Et c’est plutôt réussi, puisqu’on se laisse facilement porter par la splendeur visuelle du film qui ne s’accorde que très peu de temps morts.

Le grand soir

Delépine et Kervern filmant Poelvoorde et Dupontel : en bref, la promesse d’un film loufoque et de dialogues grinçants.  Et en découvrant que le récit relate des bribes d’existence de l’auto-proclamé « plus vieux punk à chien d’Europe » et de son frère, on se dit que l’on tient peut-être là une œuvre plus proche des fulgurances corrosivo-poétiques de Bernie que de la fadeur bien-pensante qui caractérise malheureusement trop souvent le genre de la comédie française.

Seulement, le sujet atypique se retrouve rapidement rattrapé par un scénario assez prévisible. La critique de l’autorité et de la société de consommation sombre rapidement dans le manichéisme lorsque les réalisateurs y opposent la vie de « Not », présentée comme plutôt amusante et quasi-agréable. Contrairement à celle de son frère, employé au départ soumis qui aura pourtant tôt fait de rejoindre celui qu’il considérait comme un loser. Cependant, ce parti pris ne serait pas bien gênant s’il ne sombrait dans un (pseudo) anticonformisme ultra-calibré et manquant cruellement de verve. Excepté quelques séquences, le film déballe un comique plutôt convenu, à la manière d’un vieil acteur de théâtre un peu fatigué qui aurait déjà maintes fois répété son rôle.

Le ruban blanc

Chronique d’un village allemand à l’aube de la première Guerre Mondiale, Le ruban blanc se dessine comme une fresque réaliste qui revendique son classicisme, inspiré par les films de Bergman ou par La Nuit du chasseur de Laughton (le personnage du pasteur). On est frappé d’emblée par cette photographie en noir et blanc, par ces costumes et ces décors d’époque, habitués que nous étions à voir évoluer les personnages d’Haneke dans la société contemporaine. Autre changement majeur par rapport aux œuvres précédentes du cinéaste autrichien, le passage de l’observation d’un microcosme (avec pour noyau la famille dans Benny’s Video, Funny Games, Le septième continent ou La pianiste) à un autre (celui plus vaste du village). Le tout avec une réussite relative, car ce qu’Haneke gagne en élargissant son cadre (interférences entre les protagonistes, peinture analytique d’une époque), il est obligé de le délaisser pour des raisons de durée du film (immersion plus profonde dans la psychologie des personnages), et ce malgré les 2h30 que durent la projection. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le réalisateur souhaitait au départ réaliser une série pour la télévision, ce qui aurait sans doute permis de pénétrer plus en détail les personnages.

Ex Drummer

La genèse des films cultes est souvent difficile. Ex Drummer n’échappe pas à la règle puisqu’il aura fallu près de 8 ans à Koen Mortier pour réaliser son premier long-métrage, et ce avec un budget microscopique. À l’origine, il y a ce roman homonyme publié par Herman Brusselmans, intitulé Ex Drummer. Celui-ci relate la (courte) existence d’un groupe de rock formé par trois handicapés-loseurs rejoints par un écrivain à succès. Rapidement, Koen Mortier plante le décor : hangars désaffectés, champs à l’abandon, voies ferrées désolées, appartements glauques… Avec sa réalisation épileptique, le réalisateur flamand capte rapidement l’attention du spectateur pour lui renvoyer en pleine face son tableau ultra-cynique de la misère sociale, sous fond de sex, drugs and rock’roll

Si le propos reste parfois flou et si le fond cède le pas à la forme, ce n’est que pour mieux capter la férocité de l’instant, développer l’aspect quasi-documentaire de cette plongée dans la déprime, souligner l’humour noir tirant sa quintessence de cet enchaînement de scènes cultes.  Avec ce groupe d’handicapés voué à ne jouer qu’un concert, le no future reprend son sens et le cinéma renoue avec l’esprit punk, revendiquant son mauvais goût et son urgence, accouchant également de fulgurances poétiques.

Iron Sky

Il y a 5 ans, un mystérieux trailer apparaissait sur le net. Il mettait en scène l’échappée des nazis en 1945 vers la face cachée de la lune, tout en annonçant leur retour sur Terre en 2018. Cette uchronie bien farfelue n’ayant pas réussi à convaincre les studios, c’est en partie grâce au financement des internautes que le film pu voir le jour.

Ainsi, plusieurs trailers sont apparus, de plus en plus aboutis, nous prouvant que c’était loin d’être une blague et que ce scénario absurde allait bel et bien prendre forme.

Toutefois, si le film existe maintenant bel et bien, c’est aujourd’hui la distribution qui pose problème car rien n’est encore planifié pour la France alors qu’il est sorti en avril en Allemagne et Finlande. Cette fois encore, les fans sont appelés à se mobiliser pour convaincre d’éventuels distributeurs (dont la frilosité peut se comprendre).

L’an dernier, au festival des Utopiales de Nantes, j’avais eu la chance d’assister à une séance-rencontre avec deux membres de l’équipe de production. Ceux-ci nous présentaient quelques scènes inédites et nous expliquaient la genèse du projet ainsi que son mode de financement.

J. Edgar

J. Edgar

Réalisé par Clint Eastwood et sorti le 11 Janvier 2012.

Distribution rôles principaux

Leonardo Di Caprio … J. Edgar Hoover

Naomi Watts … Helen Gandy

Arnie Hammer … Clyde Tolson

Judy Dench … Anne Marie Hoover

Résumé

Ce film nous invite à suivre l’ascension professionnelle fulgurante de l’ambitieux Edgar Hoover jusqu’à la tête de l’actuel FBI et ses vicissitudes personnelles entre sa relation avec sa mère, celle avec sa secrétaire attitrée et sans oublier sa relation avec son bras droit Tolson.

Avis

J’ai trouvé ce film brillamment interprété et dans l’ensemble très juste. Bien sûr il ne dévoile pas l’étendue de l’ambivalence ou même de la dangerosité d’Edgar Hoover. On voit son enthousiasme sans faille pour un système qui ficherait tous les citoyens, pour les écoutes téléphoniques, les perquisitions sans mandat ou autres violations des droits constitutionnels mais le film ne dévoile pas toute la sinuosité des réflexions de cet homme rongé par le pouvoir. Le film suggère plus qu’il ne montre la constance de Hoover qui reste en poste de président en président: directeur du Bureau of Investigations de 1924 à 1935 sous les présidents Coolidge, H. Hoover et FDR, puis il fonde le FBI et en assure la direction de 1935 jusqu’à sa mort en 1972, voyant se succéder à la maison blanche FDR, Truman, Eisenhower, JFK, Johnson puis Nixon. Nixon qui avait des tendances paranoïaques lui vouait une haine sans borne car il craignait qu’Hoover ait des fiches sur lui (NB: on n’a d’ailleurs jamais retrouvé toutes les supposées archives personnelles d’Edgar Hoover) mais Hoover avait juré que le FBI resterait indépendant de l’exécutif. Le film reste extrêmement centré sur la sphère privée et c’est peut-être la seule critique négative qu’on pourrait faire. En effet on ne voit l’extérieur qu’à travers la télévision de Hoover. On ne peut donc pleinement mesurer sa haine envers les communistes, terroristes et même activistes tel Martin Luther King (même s’il assène un bon coup au dit poste de télévision quand il diffuse un discours de MLK) qu’il pensait communiste et dangereux. Seulement, à cet argument on peut répondre deux choses essentielles: il ne faut pas oublier que même si c’est un biopic, le J. Edgar d’Eastwood n’en reste pas moins un film. Il est donc limité en durée, on ne peut faire ressortir toutes les subtilités d’une vie et d’une carrière aussi riches en moins de 2h30. Et bien entendu comme tout film il comprend un aspect romancé et/ou fictionnel. Ainsi, l’homosexualité présumée de Hoover devient certaine dans le film et sa relation avec sa mère – Judy Dench crève d’ailleurs l’écran – revêt certains aspects clichesques. Il n’en demeure pas moins un film pertinent sur le caractère global du personnage et historiquement parlant correct. En somme, on a là un long métrage intéressant, émouvant, bien joué et pertinent dont la réalisation est sans faille et l’esthétique (surtout les couleurs) très belle.

« Sometimes you need to bend the rules a little to keep your country safe » Cette phrase, mise dans la bouche de Leonardo Di Caprio, montre bien que le J. Edgar de Clint Eastwood est un film actuel et point trop indulgent.

La bande annonce

http://www.youtube.com/watch?v=gwBmQmE0cOU

Les films Kults d’Eklektik – Priscilla Folle du Désert

Priscilla, folle du désert
Réalisé par Stephan Elliott en 1994

Distribution

Terence Stamp : Bernadette/Ralph
Hugo Weaving : Tick/Mitzi
Guy Pearce : Adam/Felicia

Résumé
Mitzi, Tick et Bernadette sont ami(e)s et accessoirement Drag-Queens. Elles se produisent dans les cabarets de Sydney. Mitzi reçoit un jour une proposition pour aller jouer dans un casino situé à Alice Springs en plein coeur du pays des kangourous. Elle embarque ses deux complices dans l’aventure. C’est le début d’une longue route au volant d’un vieux bus baptisé « Priscilla, folle du désert ». Un voyage presque initiatique qui comportera son lot de rencontres, de révélations, de confidences, de franfreluches et de chansons d’ABBA.

Avis
Avec un tel sujet on aurait pu s’attendre à une bonne grosse comédie lourdingue. Il n’en est évidemment rien avec ce chef-d’oeuvre d’humour et de sensibilité. La distribution en or massif permet à Stephan Elliott de dessiner des personnalités fortes mais non dénuées de nuances et de blessures. Bernadette, transsexuelle campée par un Terence Stamp impressionnant de finesse (et joliment doublé par Jean-Claude Brialy pour la VF) est en quête d’une belle et vraie histoire d’amour. Mitzi, incarnée par M. Smith (L’excellent Hugo Weaving) la meneuse de la bande cache quelques secrets, non pas douloureux mais plutôt compliqués. Quant à Felicia c’est l’élément incontrôlable et extraverti. Guy Pearce interprète avec vigueur cette folle tordue aussi extravagante qu’attachante.

Visuellement, on se régale. Les paysages de l’outback Australiens sont un écrin superbe à ce road-movie aux accents disco. Ces grands espaces sont l’occasion de très beaux moment de cinéma avec notamment l’excursion des trois héros sur les sommets du Kings Canyon et l’équipée très haute couture de Felicia sur le toit du bus, vêtue d’une robe en lamé argenté à la traîne immense. Les représentations des trois comparses sont également l’occasion d’admirer le très beau travail effectué sur les costumes et les chorégraphies. La bande originale est quant à elle au diapason avec entre autre d’énormes tubes d’ABBA, Village People, Gloria Gaynor sans oublier le « Sempre Libera » extrait de La Traviatta.

Les dialogues et les scènes de comédie contribuent largement au plaisir de voir et revoir le film. Certaines réparties cinglantes et savoureuses sont à ranger au panthéon des citations pas toujours élégantes mais totalement cultes. On se souviendra longtemps de la phrase de Bernadette confrontée à une hommasse hostile dans un bar miteux : « Ouvre grand tes oreilles ma jolie : pourquoi t’allumes pas la mèche de ton tampon pour te faire exploser la tirelire ? Parce que toi c’est vraiment le seul moyen que t’auras jamais pour te faire sauter. » Du rire donc mais l’émotion n’est jamais loin. Et Stephan Elliott ne s’interdit jamais de les faire se côtoyer.

Car Priscilla, folle du désert n’est pas qu’une comédie très bien ficelée. Le film est aussi l’occasion pour le spectateur de porter un autre regard sur la différence. Loin d’enfermer ses protagonistes dans leurs poses outrageantes, le réalisateur va plus loin et explore l’âme de chacun d’entre eux lors de scènes très bien menées et touchantes. Et c’est bien là que se trouve tout le propos du film. Ralph, Tick et Adam, au-delà de leurs outrances, aspirent avant tout au bonheur. Comme tout à chacun.

http://www.youtube.com/watch?v=MV-Zzasrky8

par AlCheMist