Anthologik

Noir Desir – Veuillez Rendre L’Ame…

Ecrire sur cet album c’est lâcher prise. C’est tout oublier. Laisser place à la passion. L’aveuglement. Celui de cette lumière blanche qui unit dans un instant d’éternité l’abandon à la rage. La discographie de Noir Désir compte de nombreux albums dont un nommé des visages, des figures. Mais c’est bien ce Veuillez rendre l’âme (à qui elle appartient) qui possède tous les visages et toutes les figures. Car bien au delà du succès médiatique, cet album incarne Noir Désir, son rock sauvage, cette voix charismatique, l’expression de la passion dans ce qu’elle a d’ultime et de fatidique, les sentiments qui vous envahissent, liés à l’oubli impossible et à cette rage d’en découdre une dernière fois. C’est sombre certes. La sueur et la crasse sont omniprésentes, oui. Mais c’est pour ces instants que je vis. Ces instants où la vie ne tient plus qu’à un fil, ces instants où la passion vous possède et vous ensorcelle, ces instants où la chaleur se mêle à l’ivresse, où les démons et les cicatrices sont expiés, où les lendemains n’existent pas. Ecouter Veuillez rendre l’âme… c’est être envahit d’une fougue brûlante, c’est ressentir le feu sacré aux creux de ses entrailles, courir dans ses veines et le long de la moelle épinière. C’est enfin accepter dans un renoncement amer le vide laissé et vivre au cœur d’une nonchalance.

A travers cette débauche sensorielle, ce sont bien d’autres visages et figures qui jaillissent. Ces textes devant tout autant à Lautréamont qu’à Maïakovsky vous entraînent dans un road-movie punk. Chacun y apparaît ou disparaît dans une galerie de tableaux tous plus éloquents les uns que les autres. Les images se bousculent, s’emballent (« A l’arrière des taxis ») ou se fixent sur l’ultime instant (« La chaleur »). La fraîcheur du vent (« aux sombres héros de l’amer ») ou la chaleur de la nuit (« Joey ») vous caressent. Bref le film court, nous entraînant vers une tragédie certaine. Mais elle n’est que la conclusion logique de cette passion qui l’anime. Qu’elle soit amour (« Les écorchés ») ou vengeance (« La chaleur »), qu’elle se cache derrière l’ennui (« Apprends à dormir ») ou le manque (« What I need »), c’est toujours cette salope de passion qui vous pousse. Elle aura beau se faire belle et cajoleuse, elle porte toujours en elle les stries de le tragédie (« Sweet Mary » « Ghosts are waiting for you »). Inutile de juger, elle est la plus forte…

Ma chanson préférée de cet album est « Les écorchés ». Cette chanson n’est d’ailleurs pas uniquement ma préférée de cet album. C’est avant tout une de mes chansons fétiches. De celles qui accompagnent votre vie, s’y immisce, vous tend un miroir pour y projeter votre vécu. Je vieillis et elle glisse avec moi dans le temps. Elle possède ce vent de folie et de passion qui m’est si cher mais elle parle surtout d’amour. Et en cela elle est inaliénable. Et m’évite par la même occasion d’avoir à me rouler dans les mièvres comptines de Barry White !

A ceux qui n’auraient encore rien découvert de cette musique et de ce groupe (par quel miracle ?!) sachez que le vent de folie qui vous envahira à l’écoute de ces morceaux sera dangereux, hypnotique, violent et sensuel. Pour autant, la quête du vide induite dans ce voyage s’échoue toujours dans les limbes d’une certaine sérénité.

A ceux qui peuvent tout perdre par passion.

  1. a l’arrière des taxis
  2. aux sombres héros de l’amer
  3. le fleuve
  4. what i need
  5. apprends à dormir
  6. sweet mary
  7. la chaleur
  8. les écorchés
  9. joey i
  10. joey ii
  11. the wound

Cradle Of Filth – Dusk and Her Embrace

Y’a besoin de se justifier pour le choix de l’album ? Non parce qu’entre la production pathétique de Cruelty and the beast (quel gâchis bon dieu !) et le manque d’inspiration manifeste de la suite de la discographie (Thornography en tête !) il n’y avait guère que le trop peu connu premier album (The principle of evil made flesh) qui pouvait prétendre à la rivalité. Sa relative célébrité ne s’accordant pas vraiment à la rubrique Anthologik, nous nous concentrerons sur le 2ème album de l’un des plus mauvais groupes live de l’histoire du metal extrême.

J’avoue sans honte que c’est par le biais de ce dernier que j’ai commencé à m’aventurer sur le territoire du metal à voix de corbeau grillé. Alors, bien sûr, d’aucuns pourraient élever la voix (de renard « enfromagé » cette fois) et proclamer que nous n’avons pas affaire ici à du black, que c’est un groupe de vendus opportunistes (il n’y a qu’à constater le nombre de changements de line-up aussi incalculable que le merchandising gravitant autour de l’esthétique de la bande à Dani, etc) qui ne font pas honneur à un genre censé être pur et exempt de toutes considérations mercantiles. Débat inutile qui, selon moi, trouve ses conclusions dans des recoins insoupçonnés et qui ne fustigerait pas forcément ceux qu’on croit… mais brisons là.
Et n’y allons pas par quatre chemin, il s’agit ici – et tout simplement – du meilleur album d’un genre qu’il a lui-même initié : le black symphonique à tendance vampirico-gothique (ou gothico-vampirique, les experts n’ont pas encore tranché définitivement sur la question). Music for nations avait eu le nez creux à l’époque en leur permettant de bénéficier de gros moyens (toutes proportions gardées pour le genre pratiqué) aussi bien au niveau de la production que de la promotion. Rapidement, on assista à l’émergence d’un micro phénomène qui aboutit dans le top 10 des rédactions metalliques de l’année 1996. Et croyez bien que tous les classements de fin d’année ne sont pas injustifiés.

Deux séries de chocs, pour ce qui me concerne, et qui me paraissent suffire à légitimer la présence de cet album ici-même :
– le premier fut d’ordre esthétique : le livret est foutrement bien travaillé, l’artwork (qui doit, comme pour Hecate Enthroned, beaucoup à M. Marsden) colle parfaitement au propos et nous plonge on ne peut plus efficacement dans le séduisant cauchemar que les anglais souhaitent nous instiller perfidement. On pourrait croire que tout ceci est franchement kitsch, que cela frise le ridicule. COF prend donc les devants et n’hésite pas à poser, parmi les pages sombres et fatalement enivrantes, dans des postures volontairement poussives et qui plus est en couleur afin de souligner un contraste qui n’aura échapper qu’aux pucelles partisanes de la true attitude. Les brougres savent ce qu’ils font et ils le font bien. Cette intelligence, ce qui ne gâche rien, se retrouve dans l’écriture et il s’agit là, attention ça va aller vite, d’une transition.
– le deuxième choc concerna le travail d’écriture : le souci du détail et du travail peaufiné jusqu’à la lie trouve son point d’orgue dans la construction des textes. Une superbe langue au service de sujets chers au XIXè siècle romantique et qui, là encore, invitent à s’imprégner pleinement (à se prendre au jeu pourrait-on presque dire) des funèbres saveurs musicales. Car la qualité de composition est remarquable en tous points. Les claviers de Damien (qui, dans la série le saviez-vous, fait désormais partie de la rédaction de Terrorizer) savent se faire aussi bien orchestraux – sans être pompeux – que subtils et intimistes – sans être sirupeux – afin de mettre alternativement en place des ambiances lyriques, macabres ou grandiloquentes et insidieusement perverses (les 2 instrumentaux The graveyard by moonlight et l’introductif Humana inspired to nightmare).
Dans la série « soin et attention apporté à l’oeuvre » voyons maintenant du côté des vocaux. Ces vocaux tant décriés (et criés… ahem), à la limite de l’agacement pour certains (et je dois avouer avoir eu du mal à m’y faire) sont pourtant un atout majeur du groupe et particulièrement sur cet album. On a droit à tout : du hurlé strident, du déclamé, du régurgité, du chuchoté, du masculin, du féminin, du repoussant, du séduisant. Les substantifs pétris de beauté et de noirceur sont mis en scène, prennent vie de toute leur profondeur et, partant, nous transportent dans un souffle malsain mais ô combien ensorceleur.
Inutile de dire qu’aucun titre n’est à jeter (que foutrait un tel album dans cette rubrique sinon ?) même si je trouve, sur la version digipack, Nocturnal Supremacy ’96 (qui n’est autre qu’une version étoffée d’un titre déjà présent sur l’EP Vempire or Dark Faerytales in Phallustein apparu dans les bacs quelques mois plus tôt) un poil de loup possédé en-dessous du reste.
Un Heaven torn asunder vicieux au possible avec sa basse ronflante et hypnotique, un Funeral in Carpathia (mon préféré) qui manie à la perfection l’art des mélodies belles et torturées, la grâce dépravée du bien nommé A gothic romance ou de Malice Through the looking class, le très dark heavy Dusk and her embrace laissant à Barker le soin de montrer ses talents de cogneur… bref, je pourrais continuer d’associer à chaque morceau un superlatif jusqu’à la saint glin glin.

Petite cerise sur le gâteau et dont personne n’a à foutre sauf un Dani fier comme Artaban : les déclamations qui viennent ponctuer le dernier titre Haunted Shores sont l’oeuvre d’un certain Cronos de Venom. Impressionnant n’est-il pas ?

  1. humania inspired to nightmare
  2. heaven torn asunder
  3. funeral in carpathia
  4. a gothic romance (red roses for the devil’s whore)
  5. nocturnal supremacy ’96
  6. malice through the looking class
  7. dusk and her embrace
  8. the graveyard by moonlight
  9. beauty slept in sodom
  10. haunted shores

Life Of Agony – River Runs Red

Incroyable de réaliser que cet album a déjà 13 ans d’âge. En tout cas il n’a pas pris la moindre ride. Une véritable bombe, pierre angulaire d’un genre bâtard croisant certes le métal et le hardcore (ce qui n’était déjà pas si fréquent en 1993), mais apportant surtout une touche mélancolique et même dépressive.
En fait, imaginez que le Type O’ Negative de Bloody Kisses (tiens déjà un anthologik…) s’invite dans une fête bourrée de tough guys coreux new-yorkais. Le résultat est River Runs Red. Le lien avec Type O’ est d’autant plus évident que la production de cet album est assurée par Josh Silver, clavier de Type O’. Et ça s’entend, le son ressemblant fortement à celui que possédait Type O’ sur l’album précité, et certains morceaux faisant même penser au Type O’ hardcore (« Words and Music » par exemple).

River Runs Red est un concept album reposant autour de l’histoire d’un adolescent qui va en quelques jours franchir les étapes le menant à son suicide (sonorisé en plage 13 par « Friday »). Incendié par sa mère, mâratre au foyer probablement dépressive et un peu azimutée, il est d’abord quitté par sa copine (« Monday »). Il va ensuite perdre son (p’tit) boulot et se faire convoquer au lycée en raison de ses mauvais résultats (« Thursday »).

Cet enchaînement d’évènements est magnifiquement mis en musique alors que Life Of Agony enchaîne les ambiances, bien furieuses et pleines de colère faisant ressortir les racines hardcore du groupe (comme sur « This Time », « My Eyes » ou « Through and Through ») avec moult gros choeurs typiques du genre, ou à l’inverse bien dépressives et désespérées (« I need a place to rest » chante Caputo sur le superbe « Bad Seed », ou le début de « The Stain Remains ») qui ne sont pas sans évoquer le gothisme de Type O’. Mais en réalité un même morceau va quasiment systématiquement faire ressortir ces différentes ambiances (voir « This Time » avec son changement de tempo bien caractéristique, « Words And Music » ou encore le sublime « Method Of Groove » et… tous les morceaux quasiment), ce qui rend la performance si intéressante, accrocheuse, et la fusion parfaitement réussie.

Evidemment la réussite du disque n’est pas étrangère à la présence de Keith Caputo, chanteur à la versatilité impressionnante et à la voix superbe, capable de beugler mais aussi de chanter et d’émouvoir en sussurant ses mots. Indéniablement un des chanteurs marquants des années 90.
Au-delà de cette performance, la réussite s’explique simplement par la qualité phénoménale des 10 titres (et ce n’est pas un mince exploit tant le titre d’ouvevrture, « This Time » est énorme), les 3 autres titres étant les fameux intermèdes fixant le concept. Rien n’est à jeter, tout est génial de la 1ère à la dernière note, les hits se suivent (« This Time » en tête donc, mais aussi « Through and Through » et j’en passe).

La suite de la carrière de Life Of Agony, malgré un 2ème album Ugly sympathique (et encore plus sombre) et un retour réussi (après un split) en 2005 avec Broken Valley, ne sera toutefois jamais à la hauteur de ce premier essai. La valeur n’attend pas toujours le nombre des années et on ne m’empêchera pas de penser que le coup de maître, LOA l’avait réussi dès son premier album avec River Runs Red.
Si vous ne connaissez pas, dépêchez-vous de découvrir cet album cultissime.

Nouvelle chronique du 14/08/2013 :

Et oui les années passent, les chroniques défilent, et la mémoire défaillant, on oublie qu’on a déjà chroniqué certains albums… Me voilà donc lancé dans la chronique de cet album que j’ai pourtant déjà écrite il y a 7 ans… Allez tant pis, on la garde. Action.

Combien de temps faut-il pour être sûr qu’un album va marquer le temps de son empreinte sur un genre donné? Chacun aura certainement son avis sur cette cruciale question, mais 20 ans semble un âge raisonnable pour tirer une telle conclusion. Ça tombe bien puisque c’est précisément l’âge du premier album de feu Life of Agony, River Runs Red.

Et voilà un album qui n’a pas pris la moindre ride à l’oeil et dont la musique continue d’influencer encore en 2013 des groupes récents comme Twitching Tongues (chronique à venir de leur deuxième album).

Sur des bases hardcore inattaquables, la bande de Brooklyn construit la bande son du désespoir, la descente aux enfers du héros de cette tragédie conceptuelle (dont on comprend mieux les tenants et aboutissants via les 3 interludes « Monday », « Thursday » et « Friday » : en gros largué, viré de chez lui, de son job, recalé à ses diplômes… Et tout cela va logiquement mal finir). Un hardcore sombre, triste, dépressif même qui n’hésite pas à ralentir et à flirter avec des tempos doom (« Bad Seed » par exemple et son démarrage pachydermique). Impressionnant quand on sait que cet album a été intégralement écrit et composé par le bassiste du groupe Alan Robert. Mais il lui fallait une équipe du tonnerre pour donner vie à sa création et en particulier un chanteur loin des clichés et des tonalités habituelles du hardcore. Enter Keith Caputo, l’un des chanteurs les plus doués de sa génération, capable de faire passer le désespoir dans son chant habité, mais aussi de faire transparaître une colère, une rage même, sans avoir jamais besoin de growler (sur les fondeurs et directs « River Runs Red », « My Eyes » ou sur le refrain de « Respect » par exemple). Le timbre du Monsieur (aujourd’hui devenu une femme prénommée Mina mais c’est un autre sujet) reste encore aujourd’hui inédit, inégalé, à la fois original et parfaitement adapté à la musique du combo. A tel point que le groupe ne se relèvera jamais vraiment de son départ malgré une tentative pour intégrer le très côte ouest et ultradoué Whitfield Crane (chanteur de Ugly Kid Joe), tentative qui ne durera que 2 ans.

Du hardcore new-yorkais, influence majeure du groupe, on retrouve les choeurs puissants et virils à la Carnivore (dont un des membres intégra justement Life of Agony), également partagés par Type O’ Negative, le double gothique de Life of Agony formé un an après sur les cendres de Carnivore. Difficile en effet de ne pas voir d’accointances avec le groupe de Peter Steele (au-delà des amitiés sincères entre les membres des deux entités), notamment dans ce goût pour la lourdeur et la dépression qui les fera tous deux se distancer du « simple » hardcore basique à la new-yorkaise (Madball et autres Sick of It All) composante pourtant complètement intégrée à la musique des deux groupes. On notera en effet que River Runs Red a été produit par Josh Silver, emblématique claviériste de Type O’ et que Sal Abruscato a été batteur des deux formations.

Pour en revenir à River Runs Red, l’album reste puissant et passionnant même 20 ans après, ses fondations étant parfaitement inattaquables. Les tubes « This Time », « Through and Through » ou « Method of Groove », qui sont certainement inscrits durablement dans la tête de tous ceux qui ont tué des heures devant le fameux Blah-Blah Metal de MCM ou sur Headbanger’s Ball côté MTV, restent des tubes aujourd’hui, témoignages magiques de cette époque où Roadrunner proposait au public autre chose que de la soupe. Les autres titres ne sont pas en reste (rhaa « Bad Seed » ou « Words and Music » et ses mythiques ralentissements/accélérations), il n’y a même absolument rien à jeter sur cet album fabuleux auquel le groupe ne parviendra jamais vraiment à donner un digne successeur malgré des titres intéressants par-ci par-là. On sent bien que Caputo souhaitait donner une tonalité moins sombre et plus lumineuse (à l’image du par ailleurs bon titre « Weeds » sur le globalement moyen Soul Searching Sun), qui ne collait certainement pas forcément à l’idée que se faisaient les autres membres de Life of Agony et qui l’a d’ailleurs finalement poussé à partir vers une carrière solo qui ne décollera jamais vraiment.

Bref, ami lecteur si tu ne connais pas cet album, sache qu’il n’est pas trop tard pour rattraper ça, jette-toi donc rapidement sur cette bombe atomique jamais égalée.

  1. this time
  2. underground
  3. monday
  4. river runs red
  5. through and through
  6. words and music
  7. thursday
  8. bad seed
  9. my eyes
  10. respect
  11. method of groove
  12. the stain remains
  13. friday

Iron Maiden – Seventh Son of a Seventh Son

La première interrogation m’ayant traversé l’esprit durant l’écriture de cette chronique anthologique consacrée à la Vierge de Fer (Est-il encore nécessaire de les présenter ?) a été la suivante : quel album choisir ? Si mythiques et bons qu’ils soient Number of the Beast, Powerslave ou encore Killers ne sont pas des oeuvres synthétisant au mieux ce qu’Iron Maiden a pu évoquer chez moi en matière de frisson musical. Killers n’est pourtant pas passé loin, mais Paul Di’Anno étant en place à l’époque, il me semblait préférable d’opter pour un album où Bruce Dickinson poussait la chansonnette. En effet, Si Di’Anno a amorcé le mythe, Dickinson a largement contribué à l’asseoir totalement… Une fois résolue l’épineuse question, ne restait qu’à se replonger une nouvelle dans l’œuvre maintes fois écoutée pour en ressortir la substantifique moelle en quelques lignes et confirmer le statut emblématique de ce Seventh Son of a Seventh Son. Revenons donc quelques 18 années en arrière…

Comme il nous l’est indiqué dans les écritures : ‘Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu’en ce jour il se reposa de toute son oeuvre qu’il avait créée en la faisant.’ Et grand bien lui prît, ça commençait à être fatiguant tout ce bordel céleste. Cependant pour leur 7ème réalisation et 2ème concept-album d’affilée, les émissaires de la NWOBHM (New Wave Of British Heavy Metal), eux ne se reposèrent point. Car passée l’introduction déclamatoire (Reprise en outro, ce qui dénotait déjà par rapport aux précédentes réalisations du groupe) s’annonçait une immense déferlante de créativité. Cet opus représente à mon sens le moment où Iron Maiden s’est sublimé en tant que groupe de légende. Si je mets à part d’entrée de jeu l’ignoble ‘Can I Play With Madness ?’ et son refrain convenu (Sans parler des couplets ridicules) nous avons ici affaire à 7 titres dont l’envergure ne s’est jamais démentie.

Envergure d’abord conférée par l’utilisation massive du clavier qui fait une apparition remarquée dès le début des hostilités en marquant de son imposant sceau le début du tonitruant ‘Moonchild’ mené par un Dickinson survolté. Au fil des titres, l’instrument manié de main de maître par Adrian ‘Je me casse par la porte de derrière et je reviens par la fenêtre’ Smith vient tisser des nappes éthérées nimbant l’espace sonore à chaque intervention d’un voile à la fois vaporeux et onirique. L’ensemble se trouve alors paré d’une élégance racée et d’une ambiance remarquable. Mais le clavier fait-il tout ? Certainement pas ! Car la forme n’est pas le fond. Si magnifiquement arrangées qu’elles soient, les compositions de ce Seventh Son… ont d’abord bénéficié d’un soin particulier et d’une ambition progressive qui transcende ici le ‘style’ Maiden. Ainsi aux cavalcades habituelles en triolet viennent s’ajouter des montées en puissance et accalmies tout à fait splendides J’en veux pour preuves l’emblématique ‘Infinite Dreams’ ainsi que ‘The Prophecy’ et ses incursions gracieuses en guitare acoustique. Le travail tout en finesse exécuté par Adrian Smith et Dave Murray sur ces titres relève simplement de l’orfèvrerie.

Pourtant, dans sa clairvoyance, la bande à Harris n’a pas oublié de nous gratifier de hits dévastateurs. Loin de se cantonner à nous démontrer tout son savoir-faire, la formation nous balance dans les dents ‘The Evil That Men Do’ et ‘Only The Good Die Young’ où Steve Harris se déchaîne dans une chevauchée solo d’anthologie. Les refrains fédérateurs sont au rendez-vous et dégagent une énergie rageuse épaulée par un Nicko Mc Brain inspiré et impeccable. A ce chapitre ‘The Clairvoyant’ et ses leads inoubliables ne sont pas en reste et bien des générations de fans de Maiden se sont déchaînées en live sur ce ‘block-buster’ et son célèbre ‘’There’s a time to live and a time to die, when it’s time to meet your maker’’.

J’ai bien sûr gardé le meilleur pour la fin. Le chef-d’œuvre absolu, l’un des tout meilleurs titres de Maiden descendant en droite lignée des ‘Genghis Kahn’, ‘Hallowed be Thy Name’, ‘To Tame a Land’ et ‘Rime of the Ancient Mariner’, j’ai nommé ‘Seventh Son of a Seventh Son’. Je crains de manquer de qualificatifs pouvant exprimer l’idée de majesté et de somptuosité émanant de ce titre. De la pompeuse introduction aux splendides vocalises de Bruce soutenues par les montées des six cordes en passant par le superbe break narratif où l’ensemble du groupe déploie toute sa classe sur fond de clavier envoûtant, ce sont presque 10 minutes d’un bonheur intense que nous dégustons. Comme souvent chez Maiden, la seconde partie de ce titre colossal s’achève en un déchaînement instrumental jouissif et endiablé. Une épopée au souffle grandiloquent. Totalement culte.

Pour finir, j’affirmerai sans l’ombre d’un doute qu’avec ce faramineux opus, Iron Maiden aura démontré s’il en était encore besoin l’étendue de son registre créatif ainsi que l’ambition musicale dont le groupe était capable. Ma passion pour ce groupe n’est un secret pour personne mais j’invite toutefois ceux qui ne s’y seraient pas encore risqué à tenter l’expérience de ce concept-album, ô combien abouti. Mieux que d’affirmer encore le style dont elle est le meilleur héraut, la formation s’est littéralement transcendée en cette année 1988. S’il ne devait en rester qu’un, Seventh Son of a Seventh Son serait certainement celui-là.

  1. moonchild
  2. infinite dreams
  3. can i play with madness ?
  4. the evil that men do
  5. seventh son of a seventh son
  6. the prophecy
  7. the clairvoyant
  8. only the good die young

Mayhem – De Mysteriis Dom Sathanas

Il y a de ces groupes qui appartiennent à la légende. Certains parce qu’ils ont vendu un nombre astronomique de disques, d’autres pour l’impact qu’ils auront eu sur leur époque. Et même si le premier est difficilement crédible, le second semble tout à fait convenir à Mayhem, tant son impact sur la scène black toute entière est considérable. Et cette notoriété est née en même temps que ce De Mysteriis Dom Sathanas, album qui reste encore aujourd’hui une référence, un symbole…un mythe.
On ne reviendra pas sur l’histoire plutôt mouvementée du groupe ou plutôt on reviendra sur ce qui fait de ce DMDS un disque si particulier. Et plutôt que de faire une description globale du disque nous allons nous intéresser aux points clés du disque.

Chapitre 1 : Un accouchement dans la douleur.

La sortie de DMDS ne se sera pas faite dans le calme et la sérénité. D’une part le groupe du faire face à un problème de line up de taille. En effet le chanteur au préalable tout désigné pour cet album était le mythique Dead. Mais problème, celui-ci s’étant suicidé d’une balle de fusil dans la tête, il était dans l’incapacité de remplir sa fonction. Les norvégiens vont donc tomber sur un certain Attila Csihar, tellement provisoire que son nom n’apparaitra nulle part dans les crédits de l’album. Après l’enregistrement de l’album et à la suite d’une obscure histoire dont les tenants et les aboutissants ne seront probablement jamais connus, Euronymous, guitare et cerveau du groupe est assassiné par Varg Vikernes, alors bassiste du groupe d’une série de coup de couteaux dans le dos. Conséquence, outre la perte du leader charismatique qu’il était, il est demandé au second cerveau qu’est un certain Hellhammer (batteur de son état) de retirer les lignes de basses de Varg pour respecter la mémoire d’Euronymous. Pas de bol personne ne sait jouer de basse à l’époque dans l’équipe et Hellhammer décide donc de laisser les lignes de basses mais de baisser leur niveau sonore.

Chapitre 2 : Une ambiance.

Evidemment un tel accouchement ne peut qu’avoir des conséquences sur le son du disque, ne serait-ce que vocalement et au niveau de la basse. Le résultat qui en découle est une ambiance digne des plus rudes hivers polaires. La voix de Csihar est complètement hors norme, comme possédée. Encore aujourd’hui il est bien difficile de retrouver une telle voix sur un disque de black métal. Ses grognements, ses cris, ses chuchotements donnent une toutre autre dimension au genre que les habituels hurlements incessants. Mais plus qu’une voix, Attila possède un placement tout à fait remarquable, la musique a le temps de se montrer, la voix sert de deuxième couche dans la folie. Le niveau de basse ayant été abaissé la guitare d’Euronymous se retrouve sur le devant de la scène et quelle guitare. Des riffs d’une intensité diabolique, une puissance morbide servie par des textes de Varg d’une grande noirceur. Bref ces gens là ne faisaient pas dans l’illusion ou dans le show mais vivaient leur satanisme, et c’est cette sincérité qui donne au disque ce caractère si unique.

Chapitre 3 : Un sens de la composition.

Sur cet album, Mayhem ne joue pas la carte de la toute puissance ou de la rapidité à tout prix, les morceaux sont variés, alternant des passages bruts de fonderie où Hellhammer pulvérise ses fûts comme un diable et d’autres plus techniques et plus forts émotionnellement. Des morceaux comme « Freezing Moon » ou « Funeral Fog » pourtant les plus connus du groupe ne représentent que la face visible de l’iceberg, le gros du poisson se trouve plus bas encore dans les abysses. Le titre éponyme est par exemple un modèle de composition. Ralentissements, accélérations, voix frôlant plus près que jamais l’hystérie complète, la qualité et l’ambiance de ce titre provoquent une glaciation certaine du sang de l’auditeur. Comment rester chaud (rester froid ne colle pas pour cet album…) face à des morceaux de cette qualité ?
Les géniteurs non contents d’être de parfaits psychopathes étaient aussi de prodigieux compositeurs. Datant de plus de 10 ans cet album n’a pas pris la moindre ride et le côté peut-être naïf que l’on peut trouver dans les riffs ne fait que servir cette machine de mort plutôt qu’elle ne l’handicape.

Chapitre 4 : Une production intemporelle.

Comme je le disais, non seulement les compositions n’ont pas vieillie, mais un autre gros coup de ce disque est sa production. Ici on est assez loin du black enregistré dans une grotte. La guitare d’Euronymous est tranchante comme un rasoir, la batterie d’Hellhammer totalement métronomique est dénuée de toute vie et la voix d’Attila se détache à la perfection. Alors certes, c’est pas du Tue Madsen mais comment une production léchée aurait-elle pu apporter quelque chose au disque ? Tout est fait pour que le malaise s’installe et on ne peut que s’incliner devant la totale réussite de l’entreprise. Encore aujourd’hui la production se place au dessus de nombre de groupes de black métal, toujours persuadés que le son le plus immonde possible leur permettra de véhiculer avec plus de force leur message et accessoirement de cacher leurs faiblesses musicales.

Chapitre 5 : Une polémique.

Evidemment tous ces événements donnent de la matière à beaucoup de pseudo-intellectuels du black métal qui ne manqueront pas de prétendre que « musicalement l’album est mauvais » que s’il est « devenu culte aujourd’hui c’est par son histoire et non par son contenu ». A ceux là je répondrais « foutaises ». Ne pas être sensible à ce qu’a essayé de faire transiter le groupe par le biais de sa musique est une chose, en dénigrer l’intelligence et la qualité musicale en est une autre. Comment un disque pourrait atteindre un degré de vénération par la majorité d’une communauté sans avoir la moindre once de qualité musicale ? Dire cela serait considérer les fans de black métal comme des moutons sans cervelle incapables d’apprécier la musique sans avoir un fond à scandale.

Conclusion

Les conséquences de cet album dépasseront complètement le cadre musical et celui-ci marquera le début d’une nouvelle ère dans le black métal à peine naissant. Lui donnant ses premières heures de gloires mais aussi ses premières heures sombres, l’album aura servi à propulser un genre et une philosophie bien au-delà des frontières norvégienne. Le contexte dans lequel il aura été créé, les événements gravitant autour de sa naissance, tout cela donnant au black la petite étincelle dont il avait besoin pour exploser à la face du monde. Mission accomplie, des émules verront le jour en Allemagne, en France et partout dans le monde. Plus que simplement avoir participé à un genre Mayhem l’aura créé grâce à des personnalités charismatiques et fanatiques, mais aussi en posant une pierre angulaire dans le monde musical.

  1. funeral fog
  2. freezing moon
  3. cursed in eternity
  4. pagan fears
  5. life eternal
  6. from the dark past
  7. buried by time and dust
  8. de mysteriis dom sathanas

Biohazard – State of the World Address

Il y a des groupes que l’on met du temps à aimer. Que ce soit du fait de sa propre persévérance, quand on a acheté un album d’un groupe inconnu sur un coup de tête et que l’on s’obstine à l’écouter jusqu’à ce que le déclic arrive ou bien encore par l’acharnement d’un ami qui se pointe tous les W.E chez vous avec le nouvel album de son groupe fétiche jusqu’à ce que vous lâchiez un « ouais c’est pas mal ton truc ». Ça peut encore être ce groupe dont vous entendez parler pendant des années sans comprendre l’intérêt jusqu’à ce que vous vous décidiez à écouter sérieusement un album. Pour moi Biohazard ce n’est aucun de ces cas-là. C’est plutôt un parpaing qui me tombe sur la gueule un jour que je n’avais rien demandé sinon que d’écouter tranquillement Fear of the dark et Countdown to exctinction. Je m’en souviens très bien, c’était un dimanche soir à la fin de l’émission M40 rock avec Eddie, sur la station de radio aujourd’hui disparue M40. Le présentateur annonce avec fracas : « Chamber spin Three » de Biohazard, un extrait de leur album Urban discipline. Ce sera ma troisième claque musicale après Iron Maiden et Suicidal Tendencies. Une passion soudaine en quelque sorte.

State of the world address sortant dans la foulée c’est tout naturellement que je me procure l’objet avec mon argent de poche du mois (comme chaque fois obtenu le 1er et dépensé le 2 en CDs). Si « Chamber spin three » était un parpaing, State of the world address s’apparente plus à un 33 tonnes que l’on se prend au détour d’un virage. Certes il me sera donné l’occasion d’entendre bien plus violent dans les années à venir mais s’attaquer d’une traite à 60 min de ce crossover New-Yorkais relevait de l’exploit à cette époque pour moi. Mais le crossover, c’est quoi donc ? À la base ce terme désigne tous les groupes qui brassent les genres comme Faith No More ou Rage Against the machine même si pour ces groupes le terme fusion sera plus souvent utilisé par la suite. Biohazard se trouve un peu le cul entre deux chaises et se revendique autant du hardcore que du métal. Hardcore dans l’esprit car né dans la rue au milieu d’un vivier pour le genre. Hardcore pour le chant aussi, les deux chanteurs Evan Seinfield et Billy Graziadei se relayant avec un flow rap hardcore pour le premier et hurlé pour le second. En revanche l’héritage musical de Biohazard est clairement métal, les nombreux soli de Bobby Hambel sont là pour en attester. À cause de cela, Biohazard va être à l’écart de cette scène hardcore new-yorkaise qui prône le « old school » à tout va mais subira aussi les critiques du genre « trop hardcore » pour les fans de métal. Et oui au début des années 90s, contrairement à aujourd’hui, les ponts entre le hardcore et le métal ne sont pas encore totalement érigés.

Et tant qu’à être à l’écart autant y aller franchement et se démarquer davantage. Nos 4 tatoués n’hésitent pas à proposer des intros au piano et guitare acoustiques pour aérer ce gros bloc monolithique qu’est SOTWA. À l’écoute de l’intro de « Failed territory » qui gravite autour d’une guitare acoustique aux accents espagnols, on a du mal à s’imaginer au milieu d’un album de métal hardcore. Cependant, l’arrivée de la basse groovy d’Evan Seinfield viendra vite nous rappeler à l’ordre. Le dernier titre de l’album, « Love Denied », est lui aussi amené par une douce intro au piano avant de nous emmener dans un titre aux refrains explosifs. Je l’avoue, ces passages mélodiques m’aidèrent grandement lors de la découverte de l’album pour m’y retrouver et commencer à distinguer certains titres des autres. D’abord un, puis deux, et au bout de quelque semaine l’écoute complète de ce State of the world adress commence à me donner moins mal à la tête. Il faut dire que pendant une heure les deux frontmen se reposent peu et se relaient sans cesse afin de déverser un flow continu de lyrics assassins entre patriotisme, chroniques de la délinquance urbaine et odes aux enfants martyrs (de la guerre et la violence en général). Ils se font même aider le temps d’un titre par un des rappeurs de Cypress Hill, l’imposant Sen dog (celui qui secondait B-Real le rappeur à la voix nasillarde). « That’ how it is »… l’un des titres incontournables de cet album où la complémentarité des trois voix fait merveille pour donner au final un titre au groove imparable. Rien que le démarrage de ce titre, amené par une modulation du larsen final du titre précédent, suffit encore à me donner des frissons.

Oui, malgré ses apparences un peu rustres qui dévoilent lors de certains titres, de virils chœurs façon supporters de foot, Biohazard sait se faire subtil et c’est en ça que l’album possède une durée de vie exceptionnelle. Pour ma part, ce fut mon album de chevet pendant presque deux ans, un exploit que je ne pense pas avoir été renouvelé par un autre groupe sinon le El Norra Alila d’Orphaned Land (qui n’a bien sûr rien à voir, est-ce utile de le préciser). Plus d’un an après sa découverte, certains riffs révèlent leur excellence, il y a encore des enchaînements de voix bien sentis auxquels on n’avait pas prêté attention ou bien un petit solo de basse bien caché.

Si aujourd’hui on voit toute une ribambelle de groupe se revendiquer métalcore, on ne peut que se rendre à l’évidence que ce terme s’appliquerait d’avantage à la musique de Biohazard mais ceux-ci sont sans doute arrivés trop tôt. Enfin bref, hardcore-métal, métalcore on s’en fout un peu finalement, Biohazard a de toute façon sa propre personnalité et même s’il ne renouvellera pas l’exploit SOTWA (peut-être à cause du départ de Bobby Hambel à la suite de cet album), Biohazard restera jusqu’à son récent split (définitif ?) un groupe singulier et respecté autant des fans de métal que de hardcore.

  1. state of the world address
  2. down for life
  3. what makes us tick
  4. tales from the hard side
  5. how it is
  6. remember
  7. five blocks to the subway
  8. each day
  9. failed territory
  10. lack there of
  11. pride
  12. human animal
  13. cornered
  14. love denied

Kickback – Cornered

Le simple fait de prononcer le nom du groupe provoque chez beaucoup de gens des réactions qui peuvent être aussi bien l’estime que le dégoût. On aime Kickback, ou on deteste.

Mais pourquoi un groupe aura-t-il autant fait parlé de lui ? Pourquoi tant de rumeurs, fondées ou non, sur ce groupe ? Qu’est ce qui provoque ce rejet ou cet attachement envers le groupe ?
C’est un ensemble. Kickback n’est pas un groupe, c’est une machine. Machine à haine, qui crache à la face de tout le monde, qui dit ce qu’elle pense, sans se soucier du qu’en dira-t-on. Machine à provoquer. Certains auront beau essayer de casser le groupe, de lui donner une image, fondée ou non, encore une fois, Kickback c’est 13 ans d’amour pour la scène hardcore.
Jalousé, critiqué, il ne laisse pas indifférent, et ça lui plait. Intègre, le groupe restera fidèle à sa ligne de conduite, pas d’opportunisme, pas de peur des préjugés. Rester vrai et se foutre de ce qu’on dit de lui.

Ce qu’on ne peut assurément pas reprocher à la tête pensante du groupe, Stephen, c’est son attachement à cette scène hardcore qu’il a embrassée depuis plus d’une décennie et demi. Des aller-retours Paris-New York afin de rencontrer, d’observer les groupes, de vivre avec eux, monter son label et faire signer des groupes américains. Et bien sûr faire partie des leaders de cette scène hardcore française encore en gestation par rapport à d’autres pays. Cependant, certains reprocheront au groupe de s’être tué lui même à cause de son attitude, de ses principes, etc. D’autres reprocheront au groupe de mal vieillir ou de subir trop de changements de line-up.

Mais qu’on se le dise, Kickback est l’un des groupes français les plus connus de la scène hardcore, voire LE groupe. Quoi qu’on lui reproche, son attitude en live, la personnalité des membres, ou je ne sais quoi encore, personne n’a eu le même impact que Kickback. Cela peut aussi marcher pour l’Europe, car le groupe parisien a une image, une notoriété, une réputation qui ont dépassés les frontières, à tel point que le groupe jou(ait)e souvent, plus souvent qu’en France même, à l’étranger. Une renommée mais aussi des contacts qui lui ont permis de tourner aux Etats-Unis, ou plus récemment d’avoir été programmé sur l’affiche du Superbowl of Hardcore à new York.

Cornered, premier disque du groupe, est une démonstration de rage. New-York hardcore dans ta face du début à la fin, sans concession, voilà ce qu’est ce disque. Malsain, direct, agressif, groovy, des chœurs présents ci et là, des moshparts, enfin bref, tout ce qui fait du hardcore ‘ala new-yorkaise’ est présent. Cependant, NY hardcore ne veut pas forcement dire grand chose quand on écoute Madball, Everybody Gets Hurt ou Neglect. On peut aussi dire que les influences métal sont présentes dans la musique, en particulier dans les riffs mid tempo, thrash ou encore dans les lignes mélodiques. Le point faible de ce disque serait par contre le son manquant de patate, pas assez agressif à mon goût, avec les basses trop en avant. N’empêche que le contenu, les titres, est très bon. En gros, c’est une réussite, une belle.

Kickback confirmera son entrée dans la scène hardcore avec ce Cornered, petit frère d’une démo elle aussi excellente. Chaque disque du groupe est différent du précédent, Cornered est le plus hardcore, et c’est aussi celui que la plupart des gens préfèrent. Normal, c’est une tuerie.

  1. resurect
  2. count me out
  3. struggling
  4. start the end
  5. bumrush
  6. pull your card
  7. against the world
  8. be my guest
  9. down
  10. cornered

The Cure – Pornography

Pornography… L’album de tous les dangers, l’album qui vous jette en place publique la charogne du chaos et l’obscénité de la souffrance, celui pour qui la froideur et la noirceur ne sont que vains apparats. Oubliez les règles de la bienséance judeo-chrétienne. Oubliez les tabous d’une société maladive qui se refuse à l’acceptation de sa douleur. Il n’est même pas question d’un esthétisme cathartique ici. Non. Simplement question d’une existence. Ou plutôt de l’existence. Oui. L’existence est le cœur de cet album. Son humanité, ses souffrances, son sens, son acceptation… Voyage éthéré et funeste aux cœurs des tréfonds de l’âme.

1982 : Après Three Imaginary Boys et les deux premières pierres de la trilogie, Seventeen Seconds et Faith, The Cure entre en studio pour créer Pornography, le point d’orgue de la trilogie mais également la pierre angulaire d’une longue discographie. Smith totalement possédé, presque annihilé par son questionnement existentiel navigue en eaux troubles. L’alcool et la came constituent le quotidien du groupe. Nul doute de leur influence sur la création de ce monstre de rock décadent. Pour autant Smith est bien décidé à en découdre avec ces peurs. Il maîtrise encore l’hydre mais veut plonger, voir, toucher le chaos comme s’il constituait la sainte Trinité. Comme si ce chaos était le sens ultime de cette existence. Le romantisme post-adolescent s’étiole pour laisser la place à un spleen dévastateur. Smith veut produire l’album ultime, outrancier, habité et totalement dérangé. Entre folie suicidaire, nihilisme macabre et finalement l’espoir, Pornography est cet album. Son atmosphère est sombre, violente et terrifiante. L’écoute se révèle douloureuse, hallucinante et angoissante. Très sincèrement, cet album ne revient que depuis peu sur ma platine. Le malaise laissé par son écoute était bien trop profond. Lancer cet album c’est au mieux accepter d’être hanté par ses émotions et ses passions, au pire ne jamais se relever, possédé par ses peurs. Et Pornography possède dans cette mise en musique la force de cette terreur.

L’horreur incarnée par cet album relève de l’alliance de nos trois anglais, Robert Smith le maître d’œuvre, Simon Gallup le bassiste, et Laurence Tolhurst le batteur. Confrontation de la voix de Robert Smith charismatique et viscérale avec la basse hypnotique de Simon Gallup envahissant l’espace sonore de sa lourdeur, développant des thèmes d’une rudesse et d’une violence sourde où vient se noyer la guitare désenchantée de Smith perdue dans son esthétisme éthéré et ses sonorités lancinantes. La batterie de Laurence Tolhurst développe des rythmiques minimalistes et tribales à la froideur saisissante, quasi industrielle où des claviers surnagent, venant renforcer la froideur de la production et des rythmiques. Chaque morceau rampe d’une lenteur maladive. Chaque morceau nous offre les différentes facettes du portrait d’un psychopathe en proie à un dysfonctionnement psychologique des plus violents et terrifiants. Perdu entre mysticisme et psychologie, de sombres images mettent en scène les peurs de ce psychopathe. Les siennes ? Celles de Smith ? les vôtres ? Peu importe. L’ambiance est funeste, cauchemardesque même, profondément désespérée. Le futur shoegazing n’est pas si éloigné de cette atmosphère. La noirceur et la terreur en plus.

Pourtant, il se dégage un brin de lumière, un clair obscur salvateur, le souffle d’une espérance aussi violente qu’animale, véritable torture dans son ultime réflexe de survie. L’existence rencontre finalement l’espoir qui lui donne ainsi tout son sens. L’existence n’est pas unique. Elle est multiple. Elle est le champ des possibles, avec ses doutes et ses peurs – sa mise en abîme et son chaos – mais également son inaliénable liberté. Et cette liberté a un prix. The Cure finira la tournée du Pornography Tour sur les genoux, au-delà de la perte de contrôle, dans une tension et un chaos émotionnel indescriptibles, une légende urbaine voulant d’ailleurs qu’un terme ait été seulement mis à cette tournée après le suicide d’un fan sur scène… Après tout Pornography débutait bien dans le flot morbide du premier couplet de « One Hundred Years », par « It doen’t matter if we all die » pour se clôturer par un « I must fight this sickness » sur l’éponyme « Pornography ».

  1. one hundred years
  2. a short term effect
  3. the hanging garden
  4. siamese twins
  5. the figurehead
  6. a strange day
  7. cold
  8. pornography

Carcass – Necroticism – Descanting the Insalubrious

Bon faut me comprendre, moi en 1991 je suis un gentil garçon un peu bourrin sur les bords qui, pour ce qui concerne le death metal, est plutôt coutumier des sonorités suédoises d’Entombed ou américaines de Death et Obituary. Left hand path, Leprosy et Slowly we rot ne sont certes pas ce qu’on peut appeler des modèles de finesse et transpirent abondamment le gras et le nauséabond mais j’étais tout de même en terrain non « angoissant ». Aussi, la découverte et l’assimilation de ce 3ème album des anglais de Carcass n’ont pas été synchrones. C’était l’époque où on prenait connaissance du contenu d’un CD après l’avoir acheté : la surprise était donc totale. Et somme toute mauvaise pour ce qui me concerne. La pochette a provoqué sur mon inconscient son petit effet m’incitant à découvrir le groupe avec circonspection. Doux jésus mais que sont-ce ces voix d’humains putréfiés et ces bruitages macabres : on dirait bien qu’une entité a décidé de me mettre le trouillomètre à zéro !

Peu convaincu par ces vomissements et raclements de gorges (j’étais loin de me douter que les 2 premiers albums étaient encore plus extrêmes) et à travers un effort héroïque de persévérance je me suis donc raccroché en premier lieu aux parties les moins malsaines, notamment les fabuleux et omniprésents soli de l’ami Steer ou du père Amott (notamment sur Lavaging expectorate of lysergide composition). Soli auxquels ils accordaient une importance particulière au point de tous les nommer comme de véritables titres à part entière. Je découvrais alors une autre façon d’être mélodique tout en gardant un côté tranchant (malgré l’initiation reçue par les envolées de Chuck Schuldiner sur Spiritual healing), une façon d’être gracieux tout en restant ancré dans le corrosif. Bref je commençais à ne plus regretter mon achat tout en continuant à être désorienté car je n’avais pas les repères nécessaires. J’ai alors laissé reposer la bête quelques temps.

Et là je me suis rendu compte que certains riffs étaient gravés dans ma tête (ce final de Forensic Clinicism/The Sanguine Article !), que ce que j’écoutais ultérieurement souffrait d’un manque. Un manque de quoi ? De talent, d’un putain de talent ! La réécoute fut alors une révélation : tout s’est merveilleusement imbriqué, tout devenait logique, évident : cet artwork finalement sobre, plus suggestif que démonstratif qui faisait la part belle à l’imaginaire quelque peu influencé par les introductions lugubres parce que froides et inhabitées ; cette production sèche, propre comme un laboratoire théâtre d’expérimentations contre nature, qui laissait un arrière-goût de découpe chirurgicale minutieuse plutôt qu’une sensation de grosse giclée (merci Colin Richardson) ; ces guitares acérées comme un scalpel à peine sorti de son étui et prêt à taillader finement la chair juste avant de regagner son fourreau immaculé et avide. Et cette batterie. Foutredieu que j’aime la performance de Ken Owen sur cet album ! Pas de démonstration inutile, pas de gros blasts arrogants qui ne sont là que pour cacher la misère de l’inspiration : rien que de l’efficace, du précis, du vicieux pour irriguer d’un flux méphitique les artères de ces 8 pièces maîtresses du death gore. D’ailleurs sa participation à la parfaite tenue des compositions va bien plus loin que des trouvailles rythmiques puisqu’il a pleinement participé à l’élaboration de plusieurs morceaux (on lui doit par exemple le putride Symposium of Sickness).

Vous serez donc gentil d’écouter tout ça sous peine de passer, telle une grosse buse myope et cul-de-jatte, à côté du meilleur album de poésie anatomique. Tous ceux qui ont suivi sont – et resteront – à 10 000 lieux en-deçà de ces 8 odes à la pestilence et à la grâce.
De la séduction de l’infâme.

  1. inpropagation
  2. corporal jigsore quandary
  3. symposium of sickness
  4. pedigree butchery
  5. incarnated solvent abuse
  6. carneous cacoffiny
  7. lavaging expectorate of lysergide
  8. forensic clinicism/the sanguine article

Rage Against The Machine – Rage Against the Machine

Chronique anthologique évidente que celle-ci… Pour le coup, il est relativement impossible de s’interroger plus de 2 secondes pour savoir quel album de Rage Against The Machine retenir et élever au rang d’album anthologique.
Cet album est en effet certainement l’un des 10 albums à retenir des années 90 tant il est véritablement emblématique de toute une génération. Même la pochette (ce moine tibétain qui s’immole en pleine rue) fait aujourd’hui partie de l’histoire du rock.
Et que dire des “Fuck You I Won’t Do What You Tell Me” ou encore “Freedom!” qui sont à jamais devenus des hymnes et des appels à la rébellion de la jeunesse.

Musicalement, y a-t-il quelqu’un qui ait encore besoin d’une présentation de RATM ? Oui toi là-bas au fond ? Bon d’accord. Et bien ce n’est pas très compliqué, RATM est l’incarnation même de ce que l’on a du coup appelé le « rap metal ». Certes Aerosmith avec Run DMC (sur “Walk This Way”) et Anthrax avec Public Enemy (sur “Bring The Noise”) s’y étaient déjà essayés auparavant. Mais ces entreprises, aussi réussies qu’elles furent, étaient alors clairement plus à mettre sur le compte du « fun », de la « déconne ». Avec RATM c’est du sérieux. Du politique même, puisque Zach de la Rocha, leader et cracheur du groupe n’a jamais caché son affiliation à l’extrême gauche révolutionnaire zapatiste, tandis que Tom Morello s’est engagé à moult reprises contre le capitalisme et la mondialisation.
Ce n’est donc pas un hasard si les textes de RATM sont très engagés, qui pour la rébellion généralisée contre le système capitaliste, qui pour des causes plus locales, comme la libération de l’indien Mummia Abu Jamal (cf le clip de « Freedom » complètement dédié à cette cause)…
Zach n’est pas content et il crache son flow sur des titres qui deviendront quasiment tous des hymnes intemporels : « Bombtrack », « Killing In The Name » (un classique que même les allergiques au rock sont obligés d’adorer et sur lequel tout le monde se trémoussait en boîte malgré son côté sans concession et rageur évident), « Bullet In The Head », « Freedom »…

Mais RATM n’est pas seulement un groupe engagé avec un frontman révolutionnaire. Musicalement tout ici est très solide : la basse de Timmy C. prend des allures funky (« Take The Power Back »), se fait très présente et donne un groove terrible aux compos, tandis que le magicien de la 6 cordes Tom Morello nous gratifie de riffs monstrueux, heavy en diable, quand il ne nous assène pas ses terribles solos aux sonorités qui lui sont si personnelles et qui seront réellement constitutives de son style, de sa patte. La production quant à elle est signée GGGarth et le mix Andy Wallace et ce n’est certainement pas un hasard si l’album jouit d’un son puissant, clair et finalement intemporel.

RATM c’est aussi un paradoxe qui peut se résumer ainsi : comment dénoncer un système entier, en vendant des brouettes de disques et en enrichissant Epic donc Sony, incarnation parfaite du capitalisme ? Car soyons clairs, la major a habilement utilisé l’image du groupe (reconnaissons leur au moins l’audace de la signature du groupe, alors complètement inconnu), lui laissant une liberté de parole et de représentation (dans les clips), ayant évidemment bien compris tout ce qu’elle pouvait en retirer financièrement. « Il faut intégrer le système pour mieux le détruire de l’intérieur » disait parfois de la Rocha, lorsqu’on l’interrogeait sur le sujet. Mais c’est peut-être quand même ce paradoxe qui aura finalement raison de l’existence du groupe, la conscience et les scrupules du révolté la Rocha étant finalement plus forts que la soif de dollars. Car sa sincérité, malgré le succès du groupe, n’a jamais fait grand doute… C’est d’ailleurs dans des causes humanitaires et politiques que de la Rocha s’est plus que jamais engagé après l’aventure RATM, se faisant particulièrement rare en apparitions musicales. On n’échappe pas à l’appel de sa vraie nature au fond…
Ses anciens acolytes quant à eux (malgré un engagement politique continu mais moins affiché), semblent quelque peu se fourvoyer dans le bien plat et inintéressant Audioslave avec Chris Cornell (de feu Soundgarden) : ou comment ne pas tirer profit d’un all star band et comment se laisser séduire par les démons du rock commercial à l’américaine…

Mais ceci est une autre histoire. Contentons nous aujourd’hui de constater que RATM l’album est un monument de l’histoire du rock, et certainement de la musique « populaire » en général, et qu’il n’a, pourtant près de 15 ans après sa sortie, pas pris la moindre ride, conservant plus que jamais sa ferveur et se puissance revendicative contagieuse.

  1. bombtrack
  2. killing in the name
  3. take the power back
  4. settle for nothing
  5. bullet in the head
  6. know your enemy
  7. wake up
  8. fistful of steel
  9. township rebellion
  10. freedom