Aside from a Day - 4 juin 2005 - Paris


Aside From A Day sur scène est une expérience unique. Lancé à pleine vitesse leur hardcore noisy émotionnel ne laisse personne indemne. Après un set intense le groupe quitte la scène sous les applaudissements d’un public conquis. Quelques minutes plus tard Fred, chanteur du groupe, profite d’une courte accalmie pour répondre à ces quelques questions.


On commence par une petite présentation du groupe ?


Fred : Aside From A Day a commencé en 2000 avec cinq musiciens dont deux guitaristes. Notre premier mini album Maïeutics est sorti en 2001, puis l’un des guitaristes, Charles a quitté le groupe au bout de deux ans. Ce n’était pas trop son truc de bouger. On a refait un quatre titres Setting in motion fin 2003 et notre premier album, Divine proportion est sorti il y a un mois à peu près.

Il y a (hélas) encore beaucoup de gens qui ne connaissent pas Aside From A Day, tu peux les éclairer et nous dire quelle genre de musique vous pratiquez ?

Fred : On mélange beaucoup de choses, plusieurs styles c’est un peu hardcore emo, math, noise rock... C’est un peu difficile à qualifier il faudrait un nom à rallonge bien compliqué. On écoute plein de choses différentes et on a envie de mixer tout ce que l’on aime.

Justement quelles sont vos influences, qu’est ce que tu écoutes en ce moment ?

Fred : Qu’est ce que j’écoute en ce moment ? Isis, Envy, Anodyne, The Minor Times, Gantz on aime beaucoup des trucs un peu plus instrumentaux, genre From Monument To Masses, Actarus, Mono…

Vous avez commencé avec un son beaucoup plus metal hardcore sur Maïeutics notamment et vous tendez avec Divine Proportion vers un truc plus noise, plus moderne. Comment s’est passée cette évolution ?

Fred : En fait au départ quand on était cinq, Charles le deuxième guitariste avait énormément d’influences metal et ça se ressentait énormément sur les compos. Quand il a quitté le groupe l’évolution s’est faite naturellement avec Nico, l’autre guitariste, qui est beaucoup plus noise, rock, des trucs lourds à la Cult of Luna. Puis toute la musique autour s’est adaptée, le jeu de batterie a un peu changé, moi je ne chante plus comme sur Maïeutics par exemple. Tout s’est aéré un petit peu, ça s’est rempli soit de manière plus chaotique, mathématique ou de façon plus épurée, mélodique ou plus lourde, plus mid tempo.

Il y a un véritable travail sur la mélodie qui fait partie intégrante de votre musique. Comment ça se passe lors du processus de composition ?

Fred : Ce que l’on fait, ça va être un peu difficile à expliquer mais on construit la rythmique sur le milieu de manche, c'est-à-dire entre ce qui est vraiment très mélodique et ce qui est très lourd. Par rapport au studio, où forcément tu mets des couches de guitares qui amplifient la chose, en concert on essaie toujours d’être un peu entre les deux pour avoir de la lourdeur mais aussi de la mélodie. En restant en milieu de manche on peut soit vraiment jouer du lourd très lourd, soit vraiment jouer des petits passages un petit peu plus aigus. Parce que avec une gratte tu peux très vite tomber dans le hachuré, simple et métallique. Donc on bosse vachement la mélodie sur les riffs qui peuvent paraître à la base « hardcore metal ».

Justement à la première écoute Divine Proportion semble un peu plus terne et ce n’est qu’au fur et à mesure des écoutes que l’on commence à distinguer la richesse des arrangements et des compositions. Est-ce que votre travail avec Ed Brooks a participé à l’élaboration de ce son ?

Fred : On a enregistré en France avec un copain à nous qui bosse dans un studio. C’était la première fois qu’on allait dans un vrai studio et comme c’était un pote il nous a permis de faire des heures en plus par rapport au forfait studio “classique“. On a passé beaucoup de temps avec lui et comme il est dans ce style de zik, il joue dans un groupe un peu rockin emo, il s’est super investi. En fait c’était plus un boulot d’amitié, un investissement personnel plutôt qu’une relation groupe ingé-son. On a passé beaucoup d’heures à travailler les mélodies, les doublages guitares, les harmonisations. On a passé du temps à mixer les niveaux, les endroits où on voulait accentuer la mélodie ou le coté lourd. Et en parallèle, quand on a commencé à être un peu avancé dans le mix, on s’est mis en relation avec Ed Brooks, pour savoir ce qu’il nous fallait ou pas au niveau du master et ce que l’on voulait nous en terme de résultat. On voulait absolument que ça ne sonne pas soit très très gros soit hyper rock. On voulait arriver à trouver un mix entre les deux parce que justement on est entre ces deux choses là. Donc Ed Brooks nous a envoyé un premier master, on l’a écouté, dit ce qui allait, ce qui n’allait pas il l’a refait et la deuxième fois c’était bon. Après il a généré le master final et puis c’était fait. Mais lui aussi il s’est bien motivé dessus, surpris de voir qu’il y avait des groupes français qui sonnent comme ça. On est allé chez lui parce que on est fan d’Isis et Botch et les deux master de Oceanic et We Are The Romans ont été fait chez lui. On c’est pas vraiment posé de question, c’était un peu idiot d’aller ailleurs alors que l’on aime ce qu’il fait. Même si au niveau du tarif c’était un peu cher mais on s’est dit voila on sort un album on se fait plaisir et on a mis ce qu’il fallait pour. Du coup il s’est bien investi et le résultat on trouve qu’il est là. Bien sûr il y a toujours mieux à faire c’est évident mais globalement on est super content. Il ne faut pas oublier qu’on ne reste qu’un petit groupe, il faut rester à sa place tout en essayant de faire les choses le mieux possible.

On retrouve également un véritable travail sur l’artwork, vous êtes impliqué dans ce travail graphique ?

Fred : C’est Nico notre guitariste qui s’occupe de tout. Il est infographiste et il fait les pochettes, les T-shirts, les affiches, les stickers…

Tous vos textes sont en anglais c’était quelque chose d’évident dès le départ ?

Fred : Tous les groupes hardcore que j’écoutais adolescent chantaient en anglais. Quand on a commencé il n’y avait aucun groupe de hardcore français qui chantait français, les seuls c’était Lofofora et ça n’a rien à voir. Finalement je trouve que les sonorités de l’anglais sont beaucoup plus ouvertes, au niveau de l’ampleur des sons, des voyelles, des longueurs… Personnellement pour notre musique je pense que le français ça n’irait pas. Tu prends Mihai Edrisch ou Gantz il y a plus de place pour la syllabique française qui est beaucoup plus découpée, ça passe mieux. Mais je pense que sur des trucs un peu plus « métallisés » l’ouverture de l’anglais fait que c’est beaucoup plus intense et ça correspond plus à notre zik.

D’où tires tu tes influences pour l’écriture des textes ?

Fred : C’est surtout ma vie personnelle et plus le temps avançait plus c’est devenue personnel. Je traite de thème de société de mon point de vue, même si ça peut paraître con puisque c’est toujours de mon point de vue, mais c’est vraiment devenu personnel, chose qui n’était pas avant. C’était beaucoup plus slogan, revendicatif, plus d’une manière « hardcoreux » pas old school mais plus slogan, politisé et franc. Là maintenant c’est plus personnel.

C’est difficile de vivre de sa propre musique aujourd’hui comment ça se passe au sein du groupe ?

Fred : Pour un groupe comme nous c’est impossible de vivre de sa musique alors on travaille tous a coté. Nico vient de lancer sa boite d’infographie en indépendant et il travaille tout seul chez lui, il bosse avec des studios, il fait des sites… Dess il est dans un bureau chez France Telecom il gère une équipe sur le terrain, Julien, le batteur il est ingénieur qualité il intervient dans des entreprises pour contrôler la qualité auprès du personnel et moi je suis educ spé.

Sur la question du téléchargement les positions divergent. Le plus souvent les petits groupes voient Internet comme un moyen de diffuser leur musique alors que les groupes signés sur une major considèrent le net comme un danger commercial.

Fred : Grand débat. Honnêtement je suis pour le téléchargement gratuit parce que si tu n’achète pas tes skeuds en distro à 10 ou 12€, tu les achètes à la Fnac entre 20 et 22€. En plus, globalement les gens qui écoutent ce style de musique c’est rarement des gens qui sortent du 16ème arrondissement, ils ont peu de moyens et ont déjà à peine de quoi payer une entrée de concert. Donc s’ils n’ont que le CD pour découvrir ta musique et que tu le vends 20€… Maintenant on n’aurait jamais mis Divine Proportion en téléchargement entier alors qu’il sortait en même temps dans le commerce. Mais Maïeutics et les deux premiers titres qu’on avait fait sur une compil vont bientôt être disponibles gratuitement sur notre site et on ne va pas tarder à mettre le Setting In Motion, qui est bientôt sold out en téléchargement gratuit aussi. Après sur une nouveauté c’est différent et je ne suis pas pour le proposer tout de suite en téléchargement. Il faut aussi pouvoir presser des CDs et si c’est pour qu’ils calent les meubles parce que des mecs ont téléchargé ton album entier gratuitement c’est chiant. Il faut dire ce qui est, pour tourner tu as besoin d’argent, pour payer tes instruments tu as besoin d’argent, quand tu rentres chez toi que tu fais le plein avec ta carte bleu il faut que ton compte soit alimenté. Tu aimes bien aussi pouvoir financer au minimum ce qu’il y a à faire pour pouvoir faire ta musique à peu près correctement. Donc le téléchargement je suis pour mais pas pour une nouveauté ou pour un groupe qui a un peu d’espoir et qui espère vendre les CDs qu’il a pressé dans une proportion raisonnable. Par exemple nous on a pressé à mille exemplaire je ne crois pas que ce soit abuser de vouloir espérer les vendre tous sans pour autant vouloir devenir une star du rock. Même en vendant les milles on est très très loin de faire tout ce que l’on aurait envie de faire. Partir loin, au Japon par exemple, il faut payer ton billet de ta poche parce que ton groupe jamais il ne pourra financer un billet pour le Japon… Ca ne me dérange pas de le faire parce que quelque part c’est presque des vacances mais bon toujours donner, donner au bout d’un moment on est comme tout le monde on a pas les poches infinies. De temps en temps il faut être réaliste et rentrer de l’argent pour faire de la zik. C’est un sentiment très partagé. D’un coté tu as envie d’en donner un maximum aux gens et le téléchargement peut en faire partie mais par ailleurs tu as aussi envie de pouvoir toi faire des choses, et pour pouvoir les faire il faut un minimum de financement. Mon cœur balance sur cette question à double tranchant.

Vous avez tourné avec de nombreux groupes, tu peux nous raconter une petite anecdote de tournée ?

Fred : Quand on est parti en tournée en Allemagne avec Anodyne, un groupe américain, l’année dernière on a eu une pure galère de camion. On s’est retrouvé en Allemagne à devoir annuler notre dernière date alors que c’était un gros fest où on avait vraiment envie d’aller. On s’est retrouvé sur le bord de l’autoroute avec le camion en panne coincé à 400km de chez nous. On a du rentrer dans un Ford Galaxy entouré par le matos et on avait une date la semaine d’après. On n’avait plus de camion, c’était galère sur le moment mais ça fait partie des bons souvenirs. On a plein de photos où tout le monde est blasé. C’est un super souvenir notamment la rencontre avec Anodyne c’était vraiment quelque chose de génial. Dernièrement on est parti en tournée avec Gantz une semaine et maintenant on est super potes. On a joué avec des groupes qu’on aime vraiment, Cult of luna, Catharsis… C’est des gens pour qui ont a beaucoup de respect parce que ce sont eux qui nous ont mis à la musique qui nous ont fait découvrir d’autres sonorités, d’autres façons de jouer, d’autres messages… Toutes les choses comme ça qui ne seraient jamais arrivées si on était resté chez nous dans notre salon. Ne serait ce que ça c’est déjà une anecdote en soi même.

Vous avez aussi joué au Printemps de bourges en 2004, c’était une date plus importante que les autres pour Aside From A Day ?

Fred : Justement la date du Printemps de Bourges c’était la semaine après que l’on soit rentré d’Allemagne avec le matos et ça n’a rien à voir. Tu arrives il y a dix personnes qui s’occupent de toi, s’il te manque du matos ils ont ça en douze exemplaire. C’est une organisation de festoche pro. Nous après on s’est rapidement adapté à notre environnement et on en a bien profité. On a joué à 12h30 c’était quand même très particulier. Globalement ça reste un bon souvenir, après c’est hyper pro. Le plus intéressant c’est que l’on a pu toucher un public différent. On a joué devant une salle qui était remplie, il y avait 600 personnes, chose qui ne nous arrivera plus jamais je pense. C’est une bonne opportunité aussi de pouvoir faire découvrir un autre style de zik puis surtout représenter pas mal de groupes qui n’auront jamais accès à ce genre de scène pour que les gens sachent que ça aussi existe et qu’il y a une musicalité, il y a du talent… Je ne parle pas que pour nous mais par exemple tu apprends qu’Isis joue au festival de Montreux, voilà ça veut tout dire. Tu as beau faire du bourrin il y a des notes, il y a plein de choses qui se passent c’est bien que d’un certain coté que les professionnels de la musique, au sens très large du terme, se rendent compte que même dans ce genre de zik il y a une musicalité, il y a des choses intéressantes, des mecs qui se bougent, il y a du talent… C’est bien que ça commence à émerger, à sortir du neo metal… Les gens se rendent compte qu’il y a une musique alternative qui vaut quelque chose. Et le festival de Bourges on est content de l’avoir fait au moins pour ça.

Quels sont vos projets futurs ?

Fred : Divine Proportion est sorti sur Exutoire et Impure et ça nous aide pas mal. Impure avec Joss qui bosse beaucoup, qui connaît beaucoup de monde. Ca nous aide pour nous faire connaître en dehors de la France ce qui n’est pas forcément évident. Exutoire travaille énormément sur ce qui est territoire national et ils font un gros boulot, de promo, de booking… Et puis à la rentrée on part en tournée deux semaines avec Cortez, la nouvelle prod Exutoire qui va sortir dans pas longtemps. On part 15 jours du 26 septembre au 08 octobre, on devrait aller en France, au Luxembourg, en Allemagne et en Autriche pour 14 ou 15 dates. Et puis on espère bien pouvoir choper un groupe loin d’ici pour pouvoir faire un split. On a des concerts jusqu’à la fin du mois de juin. On joue le 17 à Orléans, le 18 à Rennes, le 21 pour la fête de la musique chez nous, à Besançon où ça va faire deux ans qu’on a pas joué et après c’est la pause. On va se remettre à composer, juillet, août dans l’optique de pouvoir trouver soit une participation à une compilation ou à un split justement. Donc on a pas mal de choses de prévu. Motivés.

Merci à Fred, Aside From A Day, à Morgan et aux 18 marches.


Site web : www.asidefromaday.com

Aside from a Day
Aside from a Day - 2005