Quand la musique se penche sur les mots…
Certains musiciens manifestent un intérêt caractérisé pour la forme littéraire particulière qu’est la poésie. Après tout, la poésie n’était-elle pas à la base faite pour être chantée? Mais elle n’en est que plus difficile à instrumentaliser car il faut, pour mettre efficacement en musique un poème, respecter à la fois les sonorités, la musicalité propre au langage et préserver l’intelligibilité des sons. La clé est donc l’harmonie entre les instruments et la voix pour que la musique vienne mettre en valeur les mots sans les étouffer tout en conservant un intérêt sonore qui ne se borne pas à la simple récitation (même si certaines sont très intéressantes, je vous l’accorde). Je vous propose ci-dessous quelques exemples que je trouve particulèrement réussis.
Primordial – The Hosting of the Sidhe (W.B. Yeats)
Il n’est guère étonnant que les irlandais se soient fendus d’un hommage au monument de la littérature irlandaise qu’est W.B. Yeats. Ce poème décrit la cavalcade de l’armée des fées descendant des collines de Knocknarea. Primordial a su préserver l’atmosphère fantastique du poème tout en mettant en valeur la diction de Nemtheanga.
Agalloch – A poem by Yeats
Le poème en question est « The Sorrow of Love », toujours de W.B. Yeats. Ici la voix se fond littéralement avec la musique et Agalloch prend le parti de la mélancolie, ce qu’ils maîtrisent avec brio.
Blood Axis – The Voyage (Canto I)
Canto I est un poème du moderniste américain Ezra Pound. Ici, Moynihan a utilisé un sample du poète lui-même enregistré lors d’une récitation faite dans un asile psychiatrique. Le poème, d’inspiration homérique, raconte la descente d’Ulysse et son équipage vers les enfers. Le côté très inquiétant de la voix de Pound est bien mis en exergue par l’instrumentation de Blood Axis, et le choix d’adapter de la musique de Bach paraît bien adéquat pour mettre en valeur le côté à la fois épique et douloureux de ce voyage.
Drudkh – Furrows of Gods (Lina Kostenko)
Drudkh est connu pour prendre les textes de pas mal de leurs chansons (notamment sur The Swan Road et Blood in our Wells ) dans les recueils de poètes ukrainiens. Ici un magnifique exemple sur l’album Blood in our Wells avec un texte de la dissidente ukrainienne Lina Kostenko.
Ulver – Christmas (Fernando Pessoa)
Ici les norvégiens ont opté pour une traduction en anglais du texte du moderniste portugais.
Dans un registre plus franco-français, la fascination des jeunes éléments de notre scène black metal pour Charles Baudelaire n’est un secret pour personne.
Amesoeurs – Recueillement
« Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille », qui n’a jamais entendu ces vers?
Peste Noire – Deuil Angoisseus (Christine de Pisan)
L’adaptation du Spleen de Baudelaire par les petits français n’a pas grand intérêt, par contre, leur mise en musique du texte de Christine de Pisan, femme de lettres du XIV-XVé siècle, est une réussite.
- 10 avril 2012 - Agalloch + Velnias - Le Glaz'Art - Paris
- 26 mars 2011 - Ulver - Le Trabendo - Paris
- 11 février 2010 - Ulver + Void ov Voices - La Cigale - Paris
- 25 mars 2009 - Dornenreich + Agalloch + Mely - Le Glaz'Art - Paris
- 09 novembre 2008 - Finntroll + Primordial + Eluveitie + Catamenia + Equilibrium + Manegarm - La Locomotive - Paris
- 04 décembre 2005 - X-Mass Festival – Exodus + Hypocrisy + Wintersun + Naglfar + Primordial - La Locomotive - Paris














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jolie mise en bouche, bien joué camarade !
Très bien vu cet article, ça m’a donné envie de me replonger dans l’œuvre d’Ezra Pound.