C’est de Finlande que nous vient le mystérieux quintet Totalselfhatred signé sur Ordo Decimus Peccatum, et distribué en France par Osmose. Avec un tel patronyme, et comme souvent chez les finlandais, il ne faut pas s’attendre à un album respirant la joie de vivre et la gaieté... Et en effet, la noirceur qui se dégage de la musique de ce jeune groupe nordique est totale, étouffante, à se taillader les veines. Il s'agit là de leur premier album (après une démo), mais n'allez pour autant imaginer avoir à faire à de jeunes jouvenceaux dépourvus d'expérience. Bien au contraire même, puisque nos 5 gaillards justifient de solides expériences dans des groupes de black bien établis, comme par exemple Horna dont sont d'ailleurs issus les deux chanteurs A. et C. (qui serait donc peut-être Corvus, l'actuel chanteur de Horna ??).
L'album s'ouvre avec le magnifique « Enlightment » dont les premières secondes feront à tort penser à leurs compatriotes de Swallow The Sun. L’apparition de la voix de A. (le principal chanteur) après quelques secondes nous fait pénétrer une terre beaucoup plus black, ce chant hurlé et féroce étant bien caractéristique du métal noir, sans parler de la musique plutôt velue des avant-bras.
On réalise en fait rapidement que Totalselfhatred se plaît à brouiller les pistes : en témoigne le partage du chant entre A. (pour la dominante black) et C. (pour un chant plus grave, plus proche du doom/death) qui a pour conséquence d’accentuer cette impression de mélange (réussi, autant le dire de suite) entre le black dépressif et le doom métal : « Spirituelles Equilibrium » commence par exemple sur des blasts typiquement black, avant que le chant de C. ne vienne apporter cette coloration doom. On note aussi l’utilisation quasi permanente de superbes lignes de clavier dans la droite ligne de ce qui se fait fréquemment dans le doom. A l’image de cette pochette assez terrifiante, la prestation vocale désespérée de A. (qui rappelle parfois le côté dément et habité de Niklas Olsson -Kvarforth pour les intimes- chanteur de Shining, comme sur « Mighty Black Dimensions » ou « Carving ») et la musique de laquelle n’émanent que tristesse et mélancolie, font de cet opus un objet de pure noirceur, où nulle trace de lumière ne vient poindre à aucun moment, garantissant que l’album ne pourra décidément pas servir à animer les bals du village du coin. N’est pas Bézu qui veut. L’ambiance vire même ponctuellement à la messe noire sur « Carving » dont certains passages de chant rappellent presque les horribles gloubiboulgas vocaux incantatoires de Blood of Kingu.
Indéniablement déconseillé aux dépressifs et autres suicidaires, ce premier effort n’en est pas moins une réussite incontestable et un coup de cœur personnel de l’année, j’avoue complètement succomber devant la sombre beauté vénéneuse de la musique des finlandais. A découvrir de toute urgence !
PS : trois titres sont disponibles en téléchargement sur le site du groupe.
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