#Reprise

Mastodon – The Hunter

Attention, déferlement de superlatifs à venir. Je préfère prévenir.

Sérieusement, comment font-ils? On cherche encore la faute de parcours des américains… Et on va encore chercher quelques temps, car ce n’est certainement pas The Hunter qui viendra alimenter la page encore vierge. Mastodon avait depuis peu (Blood Mountain en fait) pris un léger virage, ralentissant le tempo, faisant davantage appel à un chant apaisé et moins rageur, et partant dans des élans prog avec des relents d’années 70 dedans.

Après une tournée éreintante passée à jouer l’excellent Crack the Skye en intégralité, le groupe souhaitait avec son nouvel album, revenir à des formats plus directs et sortir du cadre du concept album, pour notamment retrouver le plaisir de jouer en live. Loin d’être un retour aux sources (jamais annoncé d’ailleurs), The Hunter reste dans la continuité de Crack the Skye, on retrouve les sonorités prog presque psyché, si chères aux américains. Mais comme ils l’avaient annoncé, le format de leur titre est resserré, avec 13 morceaux pour la plupart plus courts et effectivement directs, oscillant entre pâtés électriques bien furax (« Black Tongue » ou « Spectrelight » par exemple) ou montées prog magnifiques (« Stargasm », « Creature Lives » ou « The Sparrow » qui culmine « seulement » à 5 min 30) avec une tendance générale énergique mais finalement peu agressive. Et on ne s’en plaindra nullement tant tous les titres sont à tomber de qualité. Il n’y a rien à jeter, les tubes s’enchaînent, et l’on se surprend à les chantonner tout au long de la journée. Pourtant la première écoute peut laisser songeur, mais cet album aux atours particuliers (étonnante pochette qui divise et dont on découvre dans les vidéos du dvd la provenance et la fabrication – impressionnante, à quand un reportage dans le JT de Jean-Pierre Pernault?) met un peu de temps à dévoiler tous ses charmes et à rendre accro. Après quelques écoutes néanmoins la messe est dite et l’album tourne alors en boucle, et voilà finalement qu’il nous faut notre dose quotidienne.

On retrouve toutes les qualités techniques des hommes de Masto, tant dans les riffs imparables qui parsèment l’album, que dans les solos impeccables et mélodiques en diable, ou encore dans les cavalcades de fûts de Brann Dailor qui arrive toujours à époustoufler même sur des morceaux en apparence plus simples. On insistera sur ces mots « en apparence » car le travail du groupe est indubitablement à nouveau un gros travail de champion. On citera en particulier le travail sur les voix qui n’a jamais été aussi abouti : Brann fait désormais jeu égal avec ses compères Troy et Brent, l’affaire semble désormais entendue après avoir été initiée sur Crack the Skye. On retrouve cette fois des passages où les voix se superposent, des choeurs bien placés, bref une richesse vocale ébouriffante jamais atteinte auparavant sur un album de Mastodon. Ces passages sont magnifiques et sont les vecteurs de propagation des mélodies du groupe. Ajoutons une production toujours à la hauteur signée cette fois Mike Elizondo qui a travaillé avec des profils aussi variés qu’Eminem, Pink ou Avenged Sevenfold, production qui met parfaitement en valeur tous les atouts du groupe sur cet album.

A la fois accessible et riche, The Hunter est un nouveau chef d’oeuvre à inscrire au palmarès de ce groupe majeur de la scène metal/rock. Mastodon est décidément intouchable!

 

Tracklist :

1. « Black Tongue » 3:27
2. « Curl of the Burl » 3:40
3. « Blasteroid » 2:35
4. « Stargasm » 4:39
5. « Octopus Has No Friends » 3:48
6. « All the Heavy Lifting » 4:31
7. « The Hunter » 5:17
8. « Dry Bone Valley » 3:59
9. « Thickening » 4:30
10. « Creature Lives » 4:41
11. « Spectrelight » 3:09
12. « Bedazzled Fingernails » 3:08
13. « The Sparrow » 5:30

Smashing Pumpkins – Zeitgeist

Billy Corgan est productif – très productif même – car après avoir annoncé la fin des citrouilles écrasées en 2000, il ne faut pas attendre bien longtemps avant que le bougre (toujours accompagné de son acolyte Jimmy Chamberlin) ne refasse parler de lui avec son nouveau projet : Zwan.
Le groupe ne sortira qu’un seul et unique album intitulé Mary star of the sea, qui recevra des critiques généralement positives, avant de splitter dans le courant de l’année 2003 pour des raisons qui restent encore pour le moins obscures.
Après avoir publié un recueil de poèmes en 2004 (Blinking with fists aux éditions Faber & Faber), Corgan planche sur son premier album solo qui sortira au début de l’été 2005 et qui aura pour titre TheFutureEmbrace.
Le jour de la sortie de ce dernier – le 21 juin 2005, pour être précis – Corgan fait imprimer une page entière du Chicago Tribune afin d’informer le public de son intention de reformer les Smashing Pumpkins, précisant que cette idée lui trotte dans la tête depuis un petit bout de temps. L’album solo ne marquera pas spécialement les esprits, mais la nouvelle concernant la reformation du groupe désormais mythique de Chicago se répand comme une traînée de poudre à travers le monde.
Après Jimmy Chamberlin, c’est au tour du site officiel du groupe de confirmer la reformation du combo en 2006, en précisant que le groupe peaufine ses nouveaux morceaux et que la production sera confiée à Roy Thomas Baker (Queen) ainsi qu’à Terry Date (Deftones, Pantera, Soundgarden).
Alors que la participation de Corgan et de Chamberlin est certaine sur cette nouvelle production, de nombreux fans s’interrogent quant à un éventuel retour de James Iha à la guitare et de Melissa Auf Der Maur à la basse, D’arcy Wretzky ayant quitté le groupe en 1999 et n’ayant donné aucun signe de vie depuis lors.
Le suspense atteint son apogée lorsque James Iha (qui affirme ne pas avoir adressé la parole à Corgan depuis 2000) et Melissa Auf Der Maur annoncent séparément qu’ils ne feront pas partie de la nouvelle mouture des Pumpkins.
Le voile est levé le 22 mai 2007 à Paris pour le premier concert du groupe en sept ans, et c’est donc Jeff Schroeder (The Lassie Foundation, The Violet Burning) qui occupera la place de second guitariste et Ginger Reyes (Halo Friendlies, Lo Ball) qui sera à la basse.
Voilà pour la petite histoire, mais maintenant voyons voir ce que ce cru 2007 des citrouilles écrasées nous réserve.

Soyons clair d’entrée de jeu : Zeitgeist ne rivalisera jamais avec Siamese dreams ou Mellon collie and the infinite sadness – qui sont, à mon avis, les deux œuvres majeures du groupe et qui ont marqué l’histoire du rock à jamais –, mais propose tout de même son lot de bons morceaux et dévoile une version quelque peu plus rock et énervée des Pumpkins. Quelques incartades électroniques sont toujours présentes (comme l’utilisation du vocoder, par exemple), mais sont utilisées de façon plus discrète, laissant la place principale aux guitares, qui amorcent, quant à elles, un retour aux soli du gourou au crâne rasé.
Dès les premières notes de Doomsday clock, l’auditeur évolue en terrain connu et retrouve sans aucun problème la patte et le son spécifique au groupe. C’est donc avec une certaine nostalgie que l’on redécouvre la voix nasillarde (mais sachant aussi se faire plus douce et chaleureuse) de Corgan, ainsi que son jeu de guitare reconnaissable dès les premiers coups de médiator.
Jimmy Chamberlin prouve quant à lui une fois de plus qu’il est un excellent batteur et continue à maltraiter ses fûts avec son jeu à la fois puissant, aéré – limite jazzy –, et toujours aussi riche.
Comme l’album a principalement été composé par Corgan et Chamberlin, il est assez difficile de juger les prestations des deux nouveaux venus – relégués au simple statut d’exécutants – même si le résultat est de très bonne qualité, hormis une basse un peu trop timide et en retrait à mon sens.
Si les premières écoutes laissent entrevoir une certaine redondance au niveau des compositions, cette sensation se dissipe assez rapidement une fois la galette apprivoisée. Malheureusement, c’est aussi à ce moment là que l’on se rend compte que la fin de l’album sent un peu le manque d’inspiration et le réchauffé. Les derniers morceaux ne sont pas foncièrement mauvais (je pense principalement à Bring the light, For god and the country et à Pomp and circumstances) mais peinent à décoller et à convaincre.
D’un autre côté, des titres tels que Doomsday Clock, 7 shades of black, Tarantula, l’inquiétant et pachydermique United states, le planant Neverlost, ou encore le popisant et énergique (come on) Let’s go tirent leur épingle du jeu et prouvent que les Pumpkins peuvent encore nous pondre d’excellents titres.

Pour terminer, je dirais que cet album n’est franchement pas révolutionnaire mais permet au groupe de faire un retour plus qu’honnête. Les fans y retrouvent tous les éléments qui ont fait le succès du groupe, même s’il s’agit là du minimum syndical et que la prise de risques est quasiment inexistante.
Le potentiel est là, mais j’estime que tant que Billy Corgan fera cavalier seul lors du processus de composition, le groupe stagnera et n’arrivera pas à renouveler ses compositions.
Bien entendu, le bonhomme regorge de bonnes idées et a déjà prouvé qu’il possédait un talent certain pour l’écriture, mais pourquoi ne pas profiter de l’arrivée de nouveaux membres pour étoffer les horizons musicaux du groupe ? A méditer, donc …

  1. doomsday clock
  2. 7 shades of black
  3. bleeding the orchid
  4. that’s the way (my love is)
  5. tarantula
  6. starz
  7. united states
  8. neverlost
  9. bring the light
  10. (come on) let’s go
  11. for god and country
  12. pomp and circumstances

My Chemical Romance – The Black Parade

Alors que certains groupes se reposent sur leurs acquis et ne sortent que rarement des sentiers battus, My Chemical Romance a décidé de changer la donne en évitant intelligemment de nous ressortir un Three cheers for sweet revenge (son deuxième album) bis, en suivant son instinct, sa soif de créativité, et en n’hésitant pas à prendre certains risques.
Car, si c’est en effet grâce à son second album – fort bien réussi, malgré quelques petites erreurs de jeunesse, dira-t-on –, que MCR est sorti de l’ombre et a rencontré un certain succès commercial, c’est bien avec The black parade qu’il va exploser, et en étonner plus d’un.

Dire que MCR nous livre là ce qui aurait pu être une bande son de comédie musicale rock serait un doux euphémisme, car dès le début de l’album, l’auditeur est transporté dans un univers assez proche de celui de Tim Burton, avec un penchant net pour l’époque de « L’étrange Noël de Monsieur Jack », et dont l’orchestration aurait très bien pu être composée par les Smashing Pumpkins, Coheed & Cambria, ou encore Queen.
D’ailleurs, le côté théâtral que l’on connaît déjà au groupe fonctionne à merveille, et colle sans aucun problème à ce monde barré, baroque, que nous allons explorer durant près de cinquante deux minutes, et avec, comme trame principale, l’histoire d’un jeune homme se mourant, atteint d’un cancer, et luttant contre la maladie.
L’idée principale c’est que la mort change d’apparence en fonction des individus, de leur personnalité, de leur vécu, et, dans le cas de notre héros, la faucheuse revêt son plus beau costume, pour prendre les allures d’une parade (d’où le titre de l’album), semblable à celle à laquelle il a assisté tout petit avec son père.
Comme il s’agit d’un des moments les plus intenses de son existence, c’est par le biais de cette Black Parade que notre jeune malade va revoir sa vie défiler à la première personne, ainsi qu’au travers du regard d’autres personnes de son entourage. C’est d’ailleurs ces regards extérieurs – dévoilant d’autres souffrances, et stigmates, alors inconnues de notre héros –, qui va pousser notre jeune homme à se battre, et à vivre.

Au niveau musical, le groupe n’a vraiment pas fait les choses à moitié, car, tout en conservant un sens inné de la mélodie et du refrain ultime, il n’a pas hésité à ajouter à ses compositions divers arrangements, tels que cordes, orgue, piano, ou encore trompette, donnant à cet album son allure d’opéra rock. On sent d’ailleurs que le groupe ne s’est fixé aucune barrière et s’est laissé porter au gré de son imagination, tout en portant une attention particulière à chaque détail.
Il va donc sans dire que les morceaux ne peuvent pas être complètement assimilées dès les premières écoutes (sans pour autant en être indigestes), mais se révèlent au fil du temps, avant d’être appréciés à leur juste valeur, et de prendre toute leur ampleur.
Le travail sur la voix est, lui aussi, conséquent, car le timbre de Gerard Way varie au fur et à mesure que défilent les morceaux – et les personnages « interprétés » –, et accentue l’immersion de l’auditeur dans cette œuvre à la fois macabre, et porteuse d’espoir.

Force est de constater que My Chemical Romance risque d’en surprendre plus d’un avec ce nouvel album, car il est indéniable que le groupe n’a vraiment pas eu peur d’aller au bout de ses idées, ni de s’en donner les moyens, et le résultat s’en ressent.
Nous avons donc, au final, un très bon album, audacieux, original, et qui prouve que le combo nous réserve encore quelques surprises pour l’avenir.
Je dois avouer que, même si je n’étais pas au comble de l’enthousiasme en insérant la galette dans mon lecteur, cet album m’a sacrément surpris dès la première écoute, et qu’il mérite que l’on se penche dessus, ne serait-ce que pour se faire une idée. Les fans hardcore du combo seront comblés, car il y a là tous les éléments qui ont fait le succès de Three cheers for sweet revenge, voire même plus, alors que les néophytes se feront un plaisir de découvrir un groupe qui, même si la comparaison est un peu exagérée, suit les pas des Smashing Pumpkins, tant leurs albums se suivent et ne se ressemblent pas.

  1. the end
  2. dead!
  3. this is how i disappear
  4. the sharpest lives
  5. welcome to the black parade
  6. i don’t love you
  7. house of wolves
  8. cancer
  9. mama
  10. sleep
  11. teenagers
  12. disenchanted
  13. famous last words

Mastodon – Blood Mountain

Je ne me rapelle plus exactement comment j’ai découvert Mastodon -sûrement au détour d’un webzine-, mais ce dont je me souviens c’est pourquoi j’ai immédiatement accroché à leur premier album. Remission correspondait exactement au metal que j’avais envie d’entendre à l’époque, convergence d’un son lourd et cradingue et d’une recherche mélodique toute prog. 4 ans après, je vois mal comment la presse et le public metal ne pourraient pas être unanimes à la sortie de ce 3ème album de Mastodon, car il n’y a pas vraiment de doutes à avoir à ce sujet, Mastodon est entré dans la cour des grands, parmi ces groupes qui resteront comme les plus marquants de leur époque. En l’espace de 3 albums, le groupe a su se forger une identité unique, insufflant de la modernité dans des recettes passées, et travaillant leur style d’album en album jusqu’à ce Blood Mountain magistral.

Assumant de plus en plus leurs élans progressifs, les 4 membres de Mastodon se sont manifestement fait plaisir à composer et jouer cet album, caverne d’ali baba d’ingéniosité ne demandant qu’à révéler ses caches secrètes. Les premières écoutes sont assez déconcertantes et pointent directement les quelques défauts de l’album, quelques chants aigus poussifs sur « Circle Cysquatch » ou « Bladecatcher », de même les passages progressifs abandonnant toute agressivité ressortent aisément au premier contact et déstabiliseront les amateurs du côté le plus dûr du groupe, quoiqu’ils ont toujours été présents dans la musique du groupe. En fait Mastodon n’hésite pas à faire exactement ce qu’ils veulent et on ne pourra pas repprocher au groupe de ne pas faire preuve d’audace, au risque de se voir accusés de se fourvoyer dans des trips, alambiqués peut-être mais qui dénotent une personnalité unique.

Car le doute laisse rapidement la place à l’admiration quand les 12 morceaux de Blood Mountain se révèlent et qu’on ne vienne pas me dire que l’on n’a plus à faire à un mastodonte, le son pachydermique de Remission est toujours là et bien là, l’influence de Crowbar et Today Is the Day n’a sûrement pas disparu. Ce Blood Moutain ne voit pas vraiment de changement significatif dans le style que le groupe s’est forgé, mais une évolution vers plus de complexité.

Les 2 premiers titres vous rentrent dans le lard, « The Wolf is Loose » déboule sur un roulement de toms endiablé. Brann Dailor, pareil à lui-même, prend possession de chaque riff de guitare, le noyant de rythmiques d’une dextérité sans pareil. « Crystal Skull » est tout aussi heavy, Scott Kelly de Neurosis y vient d’ailleurs expulser sa rage, pour un des titres rappelant le plus Remission. « Sleeping Giant » explore la facette la plus prog du groupe pour un titre plus mid-tempo d’une richesse extrême, un véritable voyage mélancolique. Un prog plus métallisé et rock n’roll pour « Capillarian Crest », tout en montées et descentes de manche coordonnées. Nouveau coup de poing avec « Circle of Cysquatch », son riff d’intro acide, ses grosses réparties thrash et ses voix hurlées au vocoder saisissantes. Ensuite, on a le droit à un « Bladecatcher » quasi-instrumental qui mêle accroches jazzy évidentes et délires psychotiques avec voix d’aliens, tout en changeant 50 fois de rythme.

Brent et Troy se partagent toujours à part égale le spectre vocal, croisant leurs cris bestiaux de plus en plus avec des lignes mélodiques, on remarquera vraiment la grosse progression de leurs chants clairs, celui de Brent particulièrement sur « Colony of Birchman », où il est secondé par la superbe contribution de Josh Homme (Queens of the Stone Age, ex-Kyuss) ou sur le vibrant « Pendulous Skin », balade entre prog et esprit rocailleux sudiste, commençant par un arpège acoustique assez psyché puis continuant sur une suite d’accord travaillée avec des gimmicks bluesy. « Hunters of the Sky » et « Hand of Stone » sont 2 titres plus classiques de Mastodon qui auraient pu figurer sur Leviathan tout en possédant assez d’accroches pour être totalement uniques. Suit ensuite le schizophrénique « This Mortal Soil » et son intro psychédélique osée, prolongée par une suite d’arpèges imbriqués dans des riffs alambiqués jouant sur les rythmes. Là encore un morceau hallucinant de maitrise et d’imagination, et un de ceux que je préfère de l’album. « Siberian Divide » est un cas à part, une sorte de trip à la The Mars Volta survitaminé au metal -voir le gros riff thrash final-, sur lequel Cedric Bixler apporte une contribution étonnante, sa voix déformée par des effets n’étant quasiment pas reconnaissable. Ca a le mérite de surprendre et d’expérimenter même si j’aurais aimer l’entendre chanter plus clairement.

En fait, pas un seul morceau de l’album ne comporte pas son lot de mélodies intriquées, exotiques, dépaysantes. Le duo de guitare formé par Brent Hinds et Bill Kelliher est encore plus efficace et coordonné, les riffs harmonisés sont légions. La basse de Troy Sanders est encore plus présente dans le mix, apportant la même richesse qu’une 3ème guitare. Ca envoie, ça groove, ça joue, la cohésion de l’ensemble est vraiment bluffante.

On entend dire que cet album n’aurait pas de morceaux accrocheurs? Pourquoi accrocheur devrait-il dire évident et universel? Mastodon continue à prouver qu’on peut être accrocheur en en rajoutant toujours plus, en inondant notre ouïe de sons, de changements de rythmes, de riffs imaginatifs. Je n’essaierai même pas de comparer ce nouvel album aux 2 précédents : avec Blood Mountain, Mastodon vient de compléter une trilogie sans failles, 3 chef d’oeuvres, point barre.

  1. the wolf is loose
  2. crystal skull
  3. sleeping giant
  4. capillarian crest
  5. circle of cysquatch
  6. bladecatcher
  7. colony of birchmen
  8. hunters of the sky
  9. hand of stone
  10. this mortal soil
  11. siberian divide
  12. pendulous skin

Depeche Mode – Playing the Angel

Sombre… Décidément très sombre ce nouvel album de Depeche Mode. Et c’est un vrai bonheur de les voir revenir sur le devant de la scène, (longtemps qui plus est) après un Exciter en demi-teinte.

Cette fois la qualité est au rendez-vous de cet album qui contient son lot de perles et qui voit revenir l’ami Martin Gore avec un songwriting beaucoup plus affûté. Car comme toujours, c’est lui qui signe tous les titres de ce nouvel album de DM. Tous ? Non, en réalité, cet album marque l’arrivée de Dave Gahan à l’écriture, un Dave Gahan, qui, après la sortie de son album solo Paper Monsters, semble aujourd’hui suffisamment en confiance pour affronter la critique de son sbire et rival de toujours et lui soumettre des titres sortis de son giron.

Et le mélange fonctionne parfaitement puisque Gahan signe 3 titres d’excellent facture avec « Suffer Well », « I Want It All » et « Nothing’s Impossible » qui comptent de mon point de vue parmi les meilleurs titres de l’album et qui sont en outre en parfaite cohérence avec l’écriture très sombre de Gore.

Ce dernier nous propose de petits bijoux tels que « Precious », 1er single totalement imparable qui rejoint directement les meilleurs singles du groupe. De même pour ce « John The Revelator » qui évoque un peu « I Feel You » et qui se révèle vraiment addictif après quelques écoutes.

Je le disais, le ton de l’album est sombre, vraiment très sombre, j’en veux pour preuve des titres tels que l’instrumental « Introspectre » à vous glacer le sang, ou « The Sinner In Me » un titre magnifique, en forme de confession (« I’ll never be a saint »), de la part d’un Martin Gore en pleins déboires personnels. Ce dernier titre, comme d’autres d’ailleurs sur l’album, m’a fait penser à Massive Attack, pour cette ambiance pleine de noirceur, lente, rampante et synthétique qu’il distille formidablement. Les thèmes abordés par les titres ne prêtent d’ailleurs pas à rire mais sont plutôt conformes à cette noirceur, emprunts de gravité sincère : qu’ils traitent de la perte de ce qui nous est précieux (« Precious »), de repentance (« The Sinner in Me »), ou d’éternelle insatisfaction (« I Want It All »). Il n’y a guère que « Lilian » qui semble un peu plus « lumineux » dans sa tonalité, même s’il semble quand même traiter de déception sentimentale…

Comparativement à Exciter, le groupe semble être clairement revenu à un songwriting plus épuré, reposant davantage sur la musique, largement électronique comme autrefois, et beaucoup moins organique. Et le résultat s’avère payant, la preuve : il n’y a qu’un seul titre qui rappelle vraiment Exciter et qui aurait pu figurer sur cet album, et il s’avère qu’il s’agit du titre le plus faible des 12. « Macro » voit en effet Dave Gahan trop tirer sur sa voix et même si cette dernière est excellente, le fait de reposer la chanson sur son chant ne fonctionne pas tellement, car les arrangements sont là un peu trop simples.

Exception faite de ce titre, c’est en effet plus que jamais dans les arrangements musicaux, électroniques essentiellement, que le groupe est toujours aussi brillant, 25 après ses débuts. De même la paire Gahan/Gore fonctionne toujours aussi bien : Gahan mène la barque de sa voix puissante, tandis que Gore le double sur la plupart des titres pour appuyer certaines parties, ou prend le lead occasionnellement (seulement sur « Damaged People » en fait).

Playing The Angel est un très bon album, clairement meilleur que le précédent, un album qui s’inscrit parfaitement dans la carrière d’un groupe à part et auquel on ne reprochera qu’une 2ème partie un poil moins palpitante que la 1ère, ainsi que certains titres moins réussis et dispensables (« Macro », « Damaged People » ou encore « Lilian » un peu trop facile). Mais le bilan de ce cru 2005 est extrêmement positif et démontre que le groupe, et les individus qui le constituent, ont toujours des choses à dire.
Bravo messieurs.

  1. a pain that i’m used to
  2. john the revelator
  3. suffer well
  4. the sinner in me
  5. precious
  6. macro
  7. i want it all
  8. nothing’s impossible
  9. introspectre
  10. damaged people
  11. lilian
  12. the darkest star

Bloodsimple – A Cruel World

Vision Of Disorder a vécu et s’est éteint, laissant sur leur faim de nombreux fans de son hardcore teinté de metal (on ne parlait pas de metalcore à l’époque). Le dernier album de VOD From Bliss To Devastation aura d’ailleurs déjà divisé les fans, car le groupe perdait clairement une grande part de sa facette hardcore, pour virer vers une orientation beaucoup plus directement metal (néo metal auront même alors dit certains, même si le mot est peut-être un peu fort).

Quoi qu’il en soit, l’écoute de A Cruel World, ce 1er album de Bloodsimple, nom derrière lequel (ne) se cachent (pas) 2 anciens membres de VOD (Tim Williams le chanteur, et Mike Kennedy à la guitare) ne pourra que donner raison et appuyer la légitimité voire même la nécessité du split de VOD. La raison en est simple : le style pratiqué par Bloodsimple n’a plus rien en commun avec le Vision Of Disorder des premiers albums.
Au contraire, sur A Cruel World, Williams et Kennedy marquent clairement leur volonté de poursuivre l’évolution de style entamée avec From Bliss….

De hardcore il n’est donc quasiment plus ici question, mise à part sur certains passages vocaux de Williams qui sont littéralement vociférés façon Nardcore (« Falling Backwards »). S’il faut décrire le style du combo aujourd’hui, on parlera davantage de metal moderne, flirtant parfois avec le néo metal (et j’entends par là le néo metal à la American Head Charge, ou Nothingface, c’est à dire du néo qui envoie la sauce quand même).

Pas de quoi partir en courant pour autant car si l’originalité n’est pas vraiment de mise, l’efficacité et l’agressivité de Bloodsimple en convaincront plus d’un (à commencer par moi) d’oublier sans regret VOD. Ceux qui aimaient VOD pour Tim Williams ne seront pas déçus, ça c’est certain, puisque le charismatique chanteur porte littéralement sur ses épaules cet album, tant sa prestation est impeccable.

Officiant parfois dans un registre connu avec VOD, c’est à dire franchement énervé, comme sur les excellents « Falling Backwards » ou « Running From Nothing », l’ami Tim nous surprend aussi en faisant entendre sa belle voix rocailleuse à souhait sur des compositions douces (vocalement et musicalement) et vraiment réussies (« The Leaving Song », le superbe « Flatlined » ou « Plunder »). Cette alternance de passages enragés (avec fréquemment un chant syncopé particulièrement brillant comme sur « Straight Hate » – I’m fuckin’ insane, fuckin insane, fuckin insaaaaaaaaane – ) et calmes est particulièrement appréciable et réussie et franchement on dira ce qu’on voudra, ce gars-là prouve qu’il n’est pas seulement un excellent gueulard mais vraiment un putain de chanteur de metal, et un bon…

Ajoutons à cela que la production assurée par GGGarth Richardson est tout simplement énorme, et que le groupe a parfois recours très subtilement (et très discrètement je précise) à des petites touches synthétiques bienvenues. J’ai parfois pensé à l’un de mes groupes favoris, aujourd’hui également disparu, Pitchshifter (période P.S.I. attention) ce qui tient certainement au fait que la voix de Williams me rappelle parfois celle de Clayden, en moins nasillarde cependant (typiquement sur le refrain de « Sell Me Out », le mimétisme est assez frappant).

Bref c’est du tout bon et ce ne sont pas des brulots comme ce « Straight Hate », « Path To Prevail » (qui rappelle énormément le VOD de From Bliss…) ou même « What If I Lost It » qui viendront me contredire.

Reste que j’avertis les fans hardcore de VOD qui n’avaient pas apprécié From Bliss…, qu’ils ne trouveront sûrement ici que déception tant ce A Cruel World aussi efficace soit-il, est formaté et loin du VOD des débuts…

En tout cas moi je l’aime beaucoup cet album.

  1. straight hate
  2. path to prevail
  3. what if i lost it
  4. blood in blood out
  5. sell me out
  6. the leaving song
  7. running from nothing
  8. cruel world
  9. flatlined
  10. falling backwards
  11. plunder

My Chemical Romance – Three Cheers For Sweat Revenge

Après un premier effort remarqué à l’époque (I Brought You My Bullets, You Brought Me Love, produit par le chanteur de Thursday Geoff Rickly), sur le label Eyeball Records, My Chemical Romance nous revient cette fois-ci sur le label Reprise Records (filiale de Warner), sans pour autant avoir perdu sa fraîcheur et son énergie.13 titres, tous plus furieux les uns que les autres, à la production léchée (merci Howard Benson), dédiés aux amoureux du rock’n roll, du punk et de l’emo.

La galette débute par l’excellent titre « Helena », véritable tube en puissance, et parfait résumé du style nos amis du New Jersey : son titanesque à la croisée du post-hardcore et du garage rock, refrain hymnique, claquements de batterie agressifs , riffs punkoïdes…La voix du frontman Gerard Way, alternant avec une déconcertante facilité la rage, l’incompréhension , la douceur (tout en conservant un aspect délicieusement dégénéré voire comique ) est le véritable moteur de la musique du groupe ; loin de sombrer dans les clichés emo les plus courus, elle parvient toujours à surprendre l’auditeur averti, qui ne pourra qu’apprécier ses nombreuses variations (torrent émotionnel sur la ballade « The Ghost of you», vociférations punk pour « give’em hell, kid* »…) et l’incroyable folie qu’elle parvient à dégager. Soutenue par une avalanche de déflagrations magnétiques terriblement accrocheuses (riffs assez simples mais hautement jouissifs, toujours sur « give’em hell, kid* », qui ne doivent toutefois pas éclipser certains solos particulièrement réussis comme ceux de « Thank you for the venom »), elle représente donc incontestablement le point fort de combo.

Le second point fort du groupe est incontestablement cette capacité de mêler les mélodies les plus travaillées à cette vitalité et ce punch hélas bien rares sur la scène emo : on sent la volonté chez My Chemical Romance de marquer le coup et de se distancer d’un certaine scène jugée trop molle et endormie, voire même embourbée par des codes dictés par la mode ( ainsi le groupe explique t-il clairement sur son site avoir renoncé aux vocaux hurlés jugés trop caricaturaux).On retrouve dans les lyrics cet effort d’originalité, puisqu’il est souvent question de la complexité des rapports humains et des illusions que ceux-ci entretiennent, le tout évoqué parfois sur un ton léger ou ironique. Quoi qu’il en soit, le pari est réussi, la musique de MCR ne ressemble à aucune autre, les influences sont parfaitement assimilées (on hésite entre At the Drive-In, Iron Maiden et une bonne dose de punk US 80’s) et chaque song contient son lot de surprises, à découvrir au gré des écoutes.

Alors bien sûr, on pourra reprocher au groupe un certaine tendance à la facilité (la sympathique mais trop radiophonique « I’m not okay (i promise) ») et une certaine lassitude pourra gagner l’auditeur au fil des écoutes (notamment à cause de l’aspect légèrement répétitif de l’ensemble) mais il ne faut pas trop faire la fine bouche. Le groupe nous gratifie ici d’un très bon disque et remporte haut la main l’exercice, souvent périlleux, du deuxième album.

  1. helena
  2. give ‘em hell, kid
  3. to the end
  4. you know what they do to guys like us in prison
  5. i’m not okay (i promise)
  6. the ghost of you
  7. the jet set life is gonna kill you
  8. interlude
  9. thank you for the venom
  10. hang ‘em high
  11. it’s not a fashion statement, it’s a deathwish
  12. cemetery drive
  13. i never told you what i do for living

The Used – In Love and Death

Après un premier album éponyme plein de fougue en 2002, The Used reviennent avec cette suite assez attendue dans le milieu émocore. J’aime beaucoup le 1er album, qui a eu un succès certain, les plaçant automatiquement dans le lot des groupes d’émo les plus vendeurs. J’ai toujours trouvé la voix géniale, et apprécie les compos même les plus douceâtres de leur 1er album, et leur façon d’allier la pop la plus sucrée à une rage explosive et des constructions rythmiques originales.

J’ai directement remarqué sur cette suite un changement de cap. The Used étaient de vieux paumés à moitié clodos vraiment usés bien rebelles dans un des états américain les plus conservateurs et religieux. Maintenant ce sont des stars californiennes, ils sortent avec des boudins connus et se la pètent dans les soirées mondaines, sans plus aucune authenticité musicalement.

Ce disque est le résultat du changement de leur environnement, il est beaucoup plus joyeux, leur musique n’a plus rien d’un exutoire et même les voix de Bert McCraken paraissent fausses quand il part en cris. En fait, cet album est presque exclusivement dans un style pop-punk bien niais, surtout que la voix s’étale souvent en couches de guimauve. Il n’y a pas un seul « Box Full Of Sharp Objects » ici mais plutôt des imitations du pire de la pop soit disant rebelle pour pré-ado. Le « core » d’émocore n’est plus de la partie, The Used est entré en plein dans le mainstream.

Même le single « Take It Away » qui rappelle un peu l’énergie du groupe, mais est bien simplet avec ses 4 accords déjà entendus des milliers fois. Sur l’éponyme, il y avait un réel travail instrumental, on ne retrouve que de rares passages intéressants, en particulier grâce à un batteur de talent. Mais il rattrape difficilement le reste car les mélodies et le jeu de guitare sont devenus d’une banalité affolante. Quand McCraken entonne « I’m Fake », je ne peux qu’approuver… il n’y a plus que de rares moments où il se lâche, car sa voix est tout de même extraordinaire, capable d’exprimer autant la douceur qu’une rage d’une puissance rare.

Sauf que la rage n’est plus, c’était à prévoir de toutes façons… dommage que cet album soit destiné à se vendre en pelletées aux prépubères des 4 coins du monde, de mauvaises ventes leur vaudrait une remise en question qui pourrait être salvatrice. J’aurais préféré les voir aller vers un peu plus de maturité…

Il y a tout de même quelques bons titres, les fans pourront se retrouver dans « SoundEffects and Overdramatics » qui me fait un peu penser à Blindside et surtout « Listening », enfin quand c’est plus énergique mais ça devient vraiment insoutenable sur des titres comme « All That I’ve Got », « It’s Hard To Say » ou le dégoulinant acoustique « Yesterday Feelings ». Dommage…

  1. take it away
  2. i caught fire
  3. let it bleed
  4. all that i’ve got
  5. cut up angels
  6. listening
  7. yesterday’s feelings
  8. light with a sharpened edge
  9. sound effects and overdramatics
  10. hard to say
  11. lunacy fringe
  12. i’m a fake