Ben Frost – By the Throat

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Style: électronique de précisionAnnee de sortie: 2009Label: Bedroom Community

Voilà un disque qui fera plaisir aux amateurs de ouate de cellulose enrichie d’une fine couche de verre écrasé.
Ben Frost a une affection particulière quand il produit de la musique celle de faire vivre l’oxymore à travers une mazurka qui rencontre les continents de l’organique et de l’électronique, avec une personnalité qui lui est toute propre.
Des distorsions naissent souvent des accidents heureux qui peuvent tirer des expériences vers le haut. By the Throat fait parti de ces expériences réussies, à n’en pas douter.

Dès l’introductif « Killshot » l’australien ouvre ses bras sur sa part d’ombre et accueille son destin dans les habits qu’il lui a dessiné pour l’occasion, la première séquence est frappée par un mouvement tellurique à faire frémir les montagnes, les premières déformations introduisent le climat frappé par des bourrasques métalliques pendant qu’un clavier dessine des arabesques qui tirent le mouvement à la comptine enfantine éclairée, dans les draps d’un ciel troublé par le son d’un grain âpre et féroce Ben Frost revient faire parler la soie sur un lit de braise en 2009, une pause de 2 ans lui aura été nécessaire pour changer les ailes et le moteur de son biplan, mais la mécanique est là, la chaîne de montage reste approximativement la même et le décollage, lui, vous collera fatalement à votre siège.

Entre Dark Ambient, concrétisme approprié et à propos, Industriel tremblant, voilà un paysage tout droit sorti d’un polar noir imposé à nos oreilles avec une certaine finesse des arrangements pour étoffer sa portée.
Ce By The Throat c’est un peu du pendant coulé et atmosphérique du Alone at last de Janek Schaefer et sa scansion progressive qui irradie dans sa pudeur des effets et des figures évanescentes, le côté décapant en plus cela va sans dire, c’est aussi un peu de l’esprit réactualisé d’un label comme Inner-X-Musick ou XXX Organisation qui dans les années 80 avaient un don pour débusquer d’abrasifs dessinateurs d’ondes à en faire changer les planètes d’orbites, il y a un peu du Darker Profits de Jonathan Briley dans ce disque, cette même envie de mêler les genres, de devenir cette étoile solitaire dans l’univers électronique avec une appréciation assez singulière de l’architecture que l’on veut produire pour ses morceaux, et il y a le reste qui fait la nature d’un tel album, ses penchants volubiles quand il s’agit de faire fusionner les saturations organiques et électroniques dans les tresses d’un Drone qui réconcilie les genres avec un sens de l’harmonie qui n’a rien à envier au jazz.
Mais avant toute chose By The Throat, vous l’aurez remarqué est un disque qui reflète son temps rien que ce gros son dopé par la 3d, ses strates « droniennes » pour faire monter les textures, et les kicks qui désarticulent l’ensemble sont assez représentatifs des vagues post 90’s, juste qu’avec cet album on atteint des finitions assez remarquables, que ce soit au niveau des montages et du rendu, le travail sur l’équilibre des morceaux que ce soit en terme de technique pure et d’ambiance frôle le quasi sans faute.

Les samples comme les éléments acoustiques sont usés pour peupler la diction progressive du disque, et pour accompagner le pèlerin dans son effort l’auditeur pourra compter sur les cordes d’Amiina que les amateurs de Sigur Rós connaissent bien; les boucles ainsi délocalisées et atténuées évitent le rythme facile et voilent une impression qui aurait vite perdue de son charme, Ben Frost avance masqué mais le message reste cristallin, les fréquences transforment les nappes pour saisir de magnifiques déchirures mais dans cet amas noir de matière en fusion l’australien joue avec les codes de certains genres électroniques bien maitrisés par d’autres, quelques phases légères « drilliennes » ici ou là, un kick indus pour frapper un break histoire de rester à portée, c’est sur tous les fronts finalement que Frost tiraille sans faiblir avec de grosses basses profondes ou des violons qui grincent au plafond rappelant parfois le propos d’un Amon Tobin sur son Foley Room tant la nature du disque invite au voyage cinématographique, s’il n’y a qu’un pas du pinceau à la pellicule pensait Renoir, il est évident que de telles pièces musicales ont au moins la même puissance évocatrice quand elles transposent les mêmes sentiments que l’image en sollicitant nos autres sens.

Voilà les plans noisy de la mélancolie qui ont pris du gras pour l’hiver avec ce From the Throat, frappé par l’orage électromagnétique le kaléidoscope d’images que l’album renvoie a tout de la pièce d’exception à l’aura fantomatique, entre contemplation dissonante et minimalisme vivifiant, Frost développe une tectonique contemporaine saisissante de sa musique presque aussi saisissants que les paysages Islandais, entre les émanations minérales du froid de sa Nature et la force du magma qui gonfle son ventre.
Une nuit de 6 mois parcourue à la chaleur de l’Astre de la méditation, vous pourrez souffler les bougies quand le jour se lèvera, vous en prendrez pour 6 mois jusqu’au prochain album. Magnifique.

 

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5 Commentaires

  1. Rémi says:

    J’adore j’adore j’adore!

  2. faya says:

    O U I

  3. kollapse says:

    Grosse claque ce disque ! Étrangement beau et addictif.

  4. SagresMetal says:

    Kro qui donne envie…
    faut que j’aille essayer ça.

  5. itsajoke says:

    trés belle chronique

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