Buried Inside

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Annee de sortie: 2010

Concert de Buried Inside à l’espace B de Paris en novembre dernier. Petits problèmes d’organisation, un retard qui se transforme en non-venue… C’est en faisant preuve d’insistance que j’ai pu interviewer les sympathiques canadiens de Buried Inside qui, à mon grand étonnement, se sont révélés être francophones. Arrivé à 17h30, l’entretien n’a pu se faire que quelques heures plus tard, entre les sets de Revok et Gantz. Intervalle de temps suffisant pour poser aux groupes toutes les questions que j’avais à lui poser et même d’autres. Ambiance très très sympathique.


Apparemment vous parlez français, donc vous êtes du Canada ou du Québec ??


Ontario c’est juste à côté du Québec.


Vous cotoyez beaucoup de francophones?


Ah oui mais pas vraiment en Ontario. C’est plutôt à Montréal et au Québec qu’on a beaucoup d’amis français. Enfin ça dépend, le batteur il est d’une famille française mais pour je ne sais quelle raison il ne parle pas français (rires) donc…


Ok. Ben là vous parlez mais les gens qui vont lire l’interview ils vont pas savoir qui vous êtes alors la première question, question classique, est-ce que vous pouvez vous présenter vous deux et présenter le groupe, son évolution, sa carrière ?…


Nick : Je suis Nick, je fais les voix et les samples.

Emmanuel : Et moi je suis Emmanuel et je joue de la guitare.

Nick : Le groupe existe depuis sept années. J’ai commencé en Ottawa à jouer avec des amis et je voulais jouer ce genre de musique. Il n’y avait pas beaucoup de groupes comme ça et on avait beaucoup de problèmes avec les « venues », comme des clones. Alors on a décidé de commencer un groupe comme ça. Ca fait que quelques années qu’on a commencé à faire des tournées : en 2001 on a fait une tournée de quelques mois, en 2002 on a tourné pendant sept semaines et on a enregistré l’album qui s’appelle Suspect Symmetry et après ça on a fait une petite pause. En 2003 on a écrit l’album Chronoclast et en fait l’année passée on a enregistré avec Matt Bayles, un américain, et après ça c’est Relapse qui a « released » l’album au début de cette année 2005.


Qu’est-ce que ça vous fait d’être sur Relapse justement, qu’est-ce que ça représente pour vous ?


Nick : Ca aide beaucoup pour faire des tournées parce qu’il y’a beaucoup de gens qui connaissent Relapse, c’est connu partout dans le monde… Y’a beaucoup de groupes différents sur Relapse, des groupes plus connus et des groupes comme nous ; donc on joue dans différents shows. Comme on jouait avant dans les maisons, dans les garages et dans d’autres petits trucs… C’est vraiment différent.


[Emmanuel voit Nick galérer avec son français, il cherche longuement ses mots, alors il vient à sa rescousse.]


Emmanuel : Les gens pensent que si tu es sur Relapse tu es automatiquement un groupe énorme mais nous on joue dans plein de petits endroits. Y’a toujours plein de gens qui ne nous ont jamais entendu mais y’a aussi beaucoup plus de gens qui entendent parler de nous puisqu’il y a beaucoup de publicité, ils organisent des interviews, ils organisent des tournées alors c’est très bien pour nous mais beaucoup de gens pensent que quand t’es sur Relapse t’es beaucoup plus grand. C’est bien pour nous ! A notre niveau, on est content du niveau où on se trouve là.


Mais vous en êtes fiers quand même ? Relapse c’est quand même une grosse référence pour la musique extrême donc ça vous apporte de la crédibilité/ visibilité aussi ??


Nick et Emmanuel : Oui oui !!


Donc apparemment vous jouez dans pas mal de petits shows là où vous êtes, donc vous connaissez bien la scène de votre région ? Vous avez des amis avec qui vous jouez souvent ?


Nick : oui y’a un nouveau groupe qui s’appelle War  de Montréal et y’a aussi « Mi amore » de Québec. On essaie de jouer beaucoup avec ces groupes.


Et comment se porte la scène là-bas ? Y’a beaucoup de groupes, c’est super actif, c’est comment ?


Nick : C’est toujours fluctuant. Y’a des groupes qui viennent, des groupes qui partent, des personnes qui restent en place…

Emmanuel : Ca dépend des temps. Certaines fois il y a aura plein de groupes, plein d’activité et certaines fois c’est mort. Là on sait pas trop ce qu’il se passe là-bas à Ottawa parce qu’on est toujours en tournée, on est parti la plupart du temps en tournée, donc on rentre chez nous un mois puis on repart pendant deux mois puis on revient pendant quelques semaines et on repart. Donc on peut pas dire comment ça se passe, on peut pas juger comment ça se passe à Ottawa comme on est la plupart du temps en tournée.


ça fait combien de temps que vous êtes pas rentré chez vous là ?


Emmanuel : Là ça fait déjà deux semaines et on a encore deux autres semaines.

Nick : Cette année on a été beaucoup en tournée…

Emmanuel : Quelque chose comme 5-6-7 mois pour 2005.

Nick : Mais je crois que l’hiver a un grand effet sur toutes les activités des villes au Canada. C’est probablement la même chose ici en Europe du Nord, en Scandinavie. Alors les choses changent chaque année, ça dépend de la saison.


Donc pour cet album Chronoclast, vous avez travaillés avec Matt Bayles, comment ça s’est passé c’est vous qui l’avez choisi ou c’est plutôt Relapse qui vous l’a présenté ?


Nick : Non. On a fait l’enregistrement sans Relapse. On a fait ça en indépendant et c’était notre choix de chercher Matt Bayles. On a parlé quelques fois avec lui et après 2-3 fois il était d’accord pour faire l’album. Et il vit à Seattle alors c’est à peut-être 4000 km d’Ottawa alors il est venu par avion pour 13-14 jours en Ottawa et il était vraiment sympathique. Il nous a beaucoup aidé et c’était pas cher ! Il était comme vraiment intéressé et c’est probablement en grande partie grâce à lui qu’on a été signé sur Relapse. Il connaît beaucoup de personnes à Relapse et c’était juste avant qu’il fasse l’album Leviathan avec Mastodon alors il a beaucoup parlé avec les personnes de Relapse de notre album et ça a marché grâce à lui.


Comment est-ce que vous vous êtes dit « Ouais, on veut Matt Bayles » ? Grace auquel de ses enregistrements  ?


Nick : Botch, We Are The Romans qui était [il fait une grimace comme pour dire énorme]… Enfin les deux premiers albums de Botch ont vraiment fait avancé sa carrière. Sinon il a fait beaucoup de groupes qu’on aime assez comme From Ashes Rises.


Est-ce qu’il a beaucoup changé votre son ou … ?


Nick : Nan il a seulement enregistré. Ca a été vraiment vite. Le processus a été rapide et donc il a pas eut le temps de faire des choses comme ça. On a juste joué et c’était fini. On a même manqué de temps et donc il a fini le travail chez lui. C’est pas parfait mais bon…

Emmanuel : Enfin c’était avant Relapse donc c’était le groupe qui payait. Ouais on pouvait pas mettre trop d’argent…

Nick : Et comme je te l’ai dit, c’était à Ottawa donc c’était un studio auquel il n’était pas habitué.

Emmanuel : C’était pas son studio donc fallait qu’il prenne ses marques.

Nick : le studio en plus a causé quelques problèmes…


Maintenant j’aimerais bien qu’on parle du nom de votre album qui s’appelle Chronoclast. C’est un nom quand même fort de sens qui veut dire beaucoup de choses. Par exemple, moi je suis parti du fait que le temps c’est quelque chose contre lequel aucun d’entre nous ne peut lutter. Est-ce que vous vous faîtes de la musique justement pour vous en échapper, pour essayer de faire quelque chose qui s’extrait du temps, est-ce que pour vous la musique ça doit avoir quelque chose d’universel comme ça ?


Nick : ah… Nan pas vraiment… [ils parlent entre eux en anglais à messe basse] Tu veux savoir si on joue pour échapper au temps ? [il rééchangent quelques mots en anglais]. Quand on fait des show, quand on organise des tournées c’est comme si on se détachait du temps mais ce n’est pas le premier point de l’album. Si je te l’explique, y’a deux points en général sur l’album : le premier point c’est que le temps est l’élément premier de la socialisation, depuis que nous sommes enfants on nous inculque le temps et les systèmes et les outils du temps et ça c’est quelque chose que tout le monde peut comprendre. Mais la deuxième partie et la partie la plus importante et la plus intéressante c’est que les politiques du temps sont les politiques du pouvoirs et que tous ces systèmes, ces modes sont utiles et ont des biais.


des biais !


Nick : des biais. Et les questions sont quels sont ces biais et qui gagnent ? Alors on cherche à travers différents aspects, les biais des politiques du temps.


Est-ce que Chronoclast c’est contre le « Time is Money » ?


Nick : Ah… C’est pas contre. Mais on pose la question. [Nick rame énormément avec son français là… Il n’arrive pas à exprimer ses idées et ses idées ne sont pas très compréhensibles] Il y a des grands changements dans l’économie. Maintenant c’est plus populaire dans l’accès alors que c’est pour ces choses lui-même. Maintenant de plus en plus de personnes contrôlent des choses matérielles et puis, les…

Emmanuel : Ouvertures !

Nick : et qu’est-ce qu’on fait pour l’accès pour les…

Emmanuel [à la rescousse]: Tout est privatisé ! Il faut que tu payes pour faire n’importe quoi !

Nick : C’est pas totalement comme ça !

Emmanuel : Mais de plus en plus !

Nick : de plus en plus…


c’est pour la gratuité ? C’est pour que cela soit gratuit ?


Nick : Ah nan…


C’est pour le libre accès ?


Nick : Libre accès ?

Emmanuel : Free access !

Nick : Euh, est-ce que ça c’est quelque chose qu’on veut ?


Oui ?


Nick :Nan mais la chose est que le temps devient de plus en plus important ! Et de plus en plus au centre de l’économie. Que cela soit quelque chose de matériel…. Quand on parle de capitalisme, les personnes pensent que le capitalisme est passé et qu’il concerne juste les choses matérielles mais [il sourit] le point que j’essais de dire c’est que ces choses là deviennent un peu moins importantes pendant que le temps devient de plus en plus important.


Ok. Donc, ceux qui maîtrisent le temps, ce sont eux qui ont le pouvoir. Ceux qui peuvent dire « ce bout de temps là, ça vaut tel truc » ou « pour avoir ce temps, il faut tel truc ».


Emmanuel : [il échange quelques mots avec Nick] : La personne qui peut te dire « toi tu travailles depuis 8h du matin jusqu’à 18h » et qui décide combien tu vas gagner pour ce laps de temps », oui c’est ça exactement !…



est-ce que c’était important pour vous de faire quelque chose d’engagé ? Est-ce que vous avez toujours eu envi de faire quelque chose qui aille dans ce sens ?


Nick : Oui ! Nous sommes engagés et on veut que la musique soit engagée.

Emmanuel : C’est mieux d’avoir ça. Peut-être que quand les gens vont entendre ça, ils vont réfléchir. On essaie pas de donner des réponses mais si ça amène les gens à réfléchir c’est peut-être mieux que la musique qui n’utilise pas le pouvoir intellectuel. Y’a plein de musiques, c’est tout simple, c’est facile à digérer, les paroles ont pas de sens ou…

Nick : On aime bien aussi la musique juste pour danser… mais c’est pas quelque chose que l’on veut faire.

Emmanuel : Dans ce qu’on fait , on veut être engagé, on veut pas jouer les choses les plus faciles, on veut avoir une réaction des gens qui écoutent. Parce que c’est facile d’écrire une chanson qui passe à la radio. C’est très facile de jouer les « accords corrects » et de faire une mélodie qui est facile à digérer. Nous on veut faire quelque chose de plus stimulant pour nous sinon c’est ennuyant de jouer des choses trop simples.

Nick : Et puis on veut parler des politiques qui sont, comme il dit, pas trop simples.

Emmanuel : Oui, tu vois c’est la preuve de ça c’est que c’est difficile à expliquer ce qu’on a à dire. Mais tu vois y’a plein de groupes qui disent :  « Ouais le système est foutu, arfrggh !!! ». Tu vois là y’a pas beaucoup de pensées. Nous on veut juste faire penser. Y’a pas de réponses, y’a pas de réponses simples. Tu vois il y a des groupes même s’ils ont un message, ils ont tendance à trop réduire, à simplifier. Ils ont des réponses mais elles ne s’appliquent pas à la vraie vie. Ils disent des choses et les gens applaudissent. Mais ce n’est pas quelque chose de concret. Ah nan, c’est plutôt : ils disent quelque chose qu’ils pensent vrai mais c’est pas vraiment concret. Nous c’est plus vaste, c’est plus pensé…


C’est juste pour nous faire réfléchir nous public et pas qu’on applaudisse comme ça.


Nick : Toutes les personnes dans le monde, toutes les compagnies ont des réponses. Si tu regardes la télévision, si t’écoutes la radio, il y a toujours des réponses… et moi ça me rend malade !


Bon j’ai plus de questions vraiment précises, a lors on va finir avec des petites choses plutôt simples. Je vais commencer par toi Nick. Alors je vais te dire UN mot et tu vas me dire ce que ça t’inspires, ta première idée.


Nick : Comme un autre mot ??


CE QUE TU VEUX !

alors, livre :


Nick :…


ta première idée, c’est pas grave même si c’est absurde.


Nick : en ce moment, je suis en train de lire « Lonely Planet » sur Paris parce qu’on a visité Paris aujourd’hui.


un film :


Nick : je veux aller à la cinémathèque française, aujourd’hui, ce soir (rires). Parce que j’aime le cinéma.


tu voudrais voir quoi ?


Nick : Je suis très intéressé par le cinéma et le cinéma français des années 60.


un concert ?


Nick : Espace B ! Espace Blues ! (rires)


ville ?


Nick : [il réfléchit longuement]


ah c’est dur ! [rires]


Nick : Je sais pas…


Bon on passe alors. Une fille ?

[Emmanuel sourit largement]


Nick : euh…


Emmanuel, commence à réfléchir.


Nick : On a des filles en Ottawa qui sont comme nos blondes [copines]. On les eu au téléphone et elles nous qu’elles deux commençaient ensemble le strip-dance ensemble (rires général) avec le [machin truc, mot en anglais que je n’ai pas réussi à comprendre]


vous avez des copines qui font ça ensemble ??


Emmanuel : Ouais ce sont [les machins trucs] des cassettes vidéos d’entraînement d’exercices de strip dance. Tu fais ça pas à pas mais elles font pas ça pour l’argent, elles font pas ça en public.

Nick : Nan ! Mais peut-être dans le futur… (rires) Ce sont des vidéos pour la pratique.


et ce sont vos petites copines ?


Nick et Emmanuel : Ouais !


Ben c’est sympa ça !


Nick et Emmanuel : Ouais !

Emmanuel : Ca serait mieux si c’était resté une surprise.


Bon, un groupe.


Nick : un groupe ? En me montrant son badge sur sa veste. Tu vois j’ai un button de Propaghandi, c’est qu’on a beaucoup écouté le nouvel album dans le camion les semaines passées.


Une volonté.


Nick : C’est quoi ça ?


A will.


Nick :…


participer au Strip Dance !


Nick : [il sourit]… ouais…


bon plus facile encore , un rêve.


Nick : C’est ta ville, c’est comme un rêve. C’est une ville de cinéma, de livres. Tu vois pour toi c’est juste la ville où tu habites mais dans le monde, partout, Paris ça fait rêver.


…mais des fois tu sais quand je prends le bus ou quand je suis en voiture, que je vois toutes les petites lumières sur la place de la Concorde, je me dis : « mais… mais on dirait un décor de cinéma, [petits rires de Nick et Emmanuel] on dirait que c’est faux, que c’est en carton, que dans deux secondes y’a des gens qui vont éteindre les lumières et qui vont dire « allez,c’est fini, on y va », et en fait nan c’est vrai.


Emmanuel : mais on va aller visiter Paris après le concert tout à l’heure, après avoir joué.

Nick : Je sais que ça peut sembler stupide de parler comme ça de Paris mais pour nous c’est vraiment…


ah nan mais si tu me parlais de New York, ça serait pareil pour moi… Bon Emmanuel, ça va être à toi.


Emmanuel : Moi c’est bon, ça va prendre deux secondes, moi je sais exactement ce que tu veux.


ok. Alors, livre.


Emmanuel : Bibliothèque.


un film.


Emmanuel : les parapluies de Cherbourg. [en regardant Nick,d’un air gentiment moqueur] ah tu vois c’est ça qu’il fallait faire.


Cd.


Emmanuel :… We are Romance, Botch !


un concert.


Emmanuel:… Neurosis…


où ça?


Emmanuel: j’ai encore jamais vu Neurosis en concert. J’ai pas eu cette chance.


une ville.


Emmanuel : Windsor, Ontario : c’est d’où je viens.


une fille.


Emmanuel : ma blonde.


une volonté.


Emmanuel : rentre chez moi voir Neurosis avec ma copine.


un rêve.


Emmanuel : la même que ma dernière réponse.


d’accord. Merci ! Sinon tout à l’heure j’ai demandé à quelqu’un s’il avait une question à vous poser et il m’a dit : «  demande leurs comment ils font pour être aussi bons. »


Nick et Emmanuel :…. [en haussant les épaules et ne sachant pas quoi répondre] prrrtttt.
[rires]


Merci beaucoup.

Un grand merci à Nick et Emmanuel pour leur sympathie.

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