Avec sa cover exagérément blingbling, on peut être en droit de se demander à quoi s’attendre avant de se lancer cet album. De la trap ? De la drill ? Du bon vieux gangsta rap des familles ? Raté, Lesser Care officie dans une mixture de post-punk et de shoegaze, lorgnant pas mal sur le son de Soft Kill (influence d’ailleurs concrètement matérialisée puisque Tobias Grave, sa tête pensante, est invité sur « Even After Everything Changed »). Comme chez ces derniers, le duo texan dégage ici une sorte de nonchalance désabusée derrière des rythmiques hypnotico-nostalgiques. De quoi aller de pair avec une bonne déprime printanière.
Sorti en 2019, Heel Turn se distingue par sa production volontairement lo-fi, jouant sur des textures brumeuses et des guitares éthérées qui flirtent avec une mélancolie enveloppante. Les ambiances posées, parfois presque froides, sont balayées par une batterie précise et des lignes de basse discrètes mais efficaces, créant un équilibre subtil entre énergie retenue et émotion diffuse. On retrouve dans cet album une inspiration claire des années 80 post-punk, mêlée à la modernité du shoegaze revival, sans jamais tomber dans la redite facile.
Cependant, cette retenue peut aussi laisser certains titres un peu trop monolithiques, manquant parfois d’accroche immédiate. Néanmoins, la complicité entre les deux membres et les collaborations ponctuelles renforcent la richesse de l’ensemble. Heel Turn s’impose ainsi comme un disque atmosphérique, parfait compagnon des soirées introspectives, où les reverbulations deviennent autant de décors sonores à un spleen contemporain.
Lesser Care
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