Interview d’Arcturus

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Annee de sortie: 2015

J’ai rencontré Sverd, clavier et compositeur d’Arcturus, groupe norvégien de black metal dit d’avant-garde, intégrant à sa musique des ambiances théatrales, tournant autour de claviers riches et voix claires grandiloquentes, derrière une rythmique puissante et des riffs acérés.
En retrait sur scène et assez effacé, il se révèle être le véritable chef d’orchestre et leader du groupe. Peu anglophone, il réussira tout de même facilement à se faire comprendre et me parler du récent passage du groupe de l’état de "groupe de studio" à une véritable formation scénique, certe débutant sur les planches, mais déjà efficace et très prometteuse.

Arcturus est un groupe qui existe depuis un moment, le line-up a pas mal évolué, avec comme base toi-même aux claviers et Hellhammer à la batterie. Est-ce que tu peux nous donner les faits principaux de l’existence du groupe?


Nous sommes un groupe norvégien, on a commencé il y a bien longtemps. En 1988, j’ai auditionné Hellhammer pour Arcturus, en fait avant même qu’il joue avec Mayhem. On a trouvé d’autres musiciens, les débuts ont été lents, puis on a enregistré des démos, des EPs puis finalement des albums, 4 maintenant.

Comment s’est passé le changement de chanteurs entre The Sham Mirrors où Garm (Ulver) chantait et Sideshow Symphonies, votre dernier album, où Vortex a repris le rôle?


J’ai rencontré Vortex alors qu’il chantait dans Lamented Souls qui partageaient notre salle de répétition à l’époque, en fait un gros complexe à Oslo où beaucoup de groupes jouaient.
C’était une bonne période, tout le monde se rencontrait dans les couloirs, venaient écouter ce que jouaient les autres groupes, s’incrustait pour faire de la musique créative ensemble. Vortex venait jammer avec nous de temps en temps et il en est finalement venu à chanter sur La Masquerade Infernale. Sur cet album Garm et Vortex assurent tout 2 le chant, sur le suivant The Sham Mirrors, seul Garm est au chant. Comme Garm ne désirait plus chanter pour Arcturus pour notre dernier album qui vient de sortir, on a essayé d’autres chanteurs puis on s’est donc naturellement tourné vers Vortex qui connaissait déjà une bonne partie des morceaux et l’esprit du groupe, la transition a donc été très facile.
Garm ne voulait plus jouer de métal, de plus il n’avait aucune envie de faire des concerts, des tournées, c’est un musiciens de studio exclusivement.


C’est d’ailleurs seulement en 2005 que vous vous décidez à faire une tournée européenne. Qu’est-ce qui vous a décidé?


Oui, on a commencé à faire des concerts il y a quelques années, mais ce n’est que depuis cette année qu’on tourne à l’étranger.
On a fait un concert en 1996 pour la sortie d’Aspera, notre 1er album, juste après Garm nous a dit qu’il quitterait le groupe si on voulait refaire un autre concert.
Mais c’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire, c’est une étape dans la vie d’un groupe qui me semblait normale et que j’attendais depuis des années.
La situation du groupe, comme plusieurs des musiciens qui le composaient avait des obligations dans d’autres groupes ou, dans le cas de Garm, ne voulaient pas faire de concerts, ont fait que le groupe n’a pendant longtemps été qu’un side-project.
En fait Arcturus était même plutôt un groupe de studio, qui se retrouvait pour enregistrer des morceaux. Je suis un perfectionniste de studio, et pendant des années ça en est resté là, mais j’avais envie que nos morceaux soient retranscris sur scène. J’ai toujours voulu prendre la route avec un groupe, faire des concerts chaque soir dans un lieu différent. J’ai acquis de l’expérience en jouant en tant que clavier avec Covenant, j’ai fais plusieurs tournées à partir de 1998 avec eux, et je voulais reproduire ça avec mon groupe, Arcturus.


Je sais que tu es l’âme du groupe, mais comment se passe exactement la composition de votre musique?


Tu sais, j’ai toujours crée toute la musique d’Arcturus chez moi sur des claviers, une fois mes parties de clavier enregistrées, je programme des séquences rythmiques basiques, des basses simplistes. Je ne rajoute jamais aucune guitare sur ces démos de morceaux. Enfin l’important est d’avoir la structure précise des morceaux, sur laquelle tous les autres instrumentistes viennent se greffer. Je leur envoie ces morceaux chacun chez eux avec sur papier la structure et ils travaillent leurs parties, personnalisent ce qu’ils jouent, les guitaristes créent leurs propres riffs de guitare à ce moment. Ensuite nous nous retrouvons et nous répétons les morceaux.
On a un tableau réinscriptible dans notre salle sur lequel on écrit la structure des morceaux, on la retravaille ensemble pour faire sonner le tout.

D’où vient ton inspiration? Qu’est-ce que tu écoutes?


L’été, je passe beaucoup de temps dans les montagnes norvégiennes, dans la nature, c’est généralement la période où j’emmagasine le plus d’idées. Je fais aussi de l’orgue depuis que je suis enfant, en général la musique d’orgue m’intéresse beaucoup car je suis organiste dans des églises. J’écoute majoritairement de la musique classique en fait, Tchaikovsky est mon compositeur préféré.
Je suis allé voir un concert de Muse sinon récemment, j’aime beaucoup leur musique.


C’est assez étonnant que tu associes 2 cultures, celle du classique et de la musique religieuse et d’un autre côté le black metal.


J’applique énormément de principes du classique à notre musique, on y retrouve toutes les gammes et les progressions du classique. Il m’arrive même parfois d’emprunter des idées à des compositeurs, Il y a un passage de La Masquarade Infernale que j’ai repris directement de Bach par exemple, même si il n’est plus vraiment reconnaissable mis à la sauce Arcturus.
L’influence du black metal est surtout perceptible dans la rythmique, c’est l’apport de Hellhammer, qui a participé à beaucoup de groupes de black metal.

Votre nouvel album Sideshow Symphonies est plus posé et direct que vos albums précédents, les sonorités inquiétantes et l’atmosphère pesante s’est un peu diluée, pour un résultat légèrement plus aéré et positif. Que penses tu de cette analyse? Est-ce que l’arrivée de Vortex a eu une influence sur le son de cet album.

Je pense que c’est un développement naturel après notre dernier album, une envie de changer un peu, de faire un album plus relax, plus reposé. Par ailleurs, Vortex est arrivé dans le groupe alors que l’album était déjà composé, c’est justement les nouvelles compositions qui l’ont convaincu de nous rejoindre.



Est-ce que tu penses que le line-up actuel est solide? Est-ce que c’est celui qu’on verra sur le prochain album du groupe?


Oui j’attendais depuis un moment d’avoir le line-up idéal pour partir en tournée, et je crois l’avoir trouvé, tous les musiciens du groupe sont accomplis et pros, c’est vraiment agréable de jouer avec eux. Après cette tournée, nous retournerons en Norvège, j’aurais plusieurs mois pour terminer la composition de nouveaux morceaux puis nous enregistrerons. On ne mettra pas 5 ans à sortir un nouvel album.
Cette tournée nous permet déjà d’exporter notre musique et nous voulons profiter de cette énergie pour continuer à créer et jouer notre musique sans trop d’interruption.

Il y a un problème technique avec Sideshow Symphonies, un problème de mastering qui fait que le 2ème morceau est moins fort que les autres.


Oui il y a également un clic entre la 2ème et la 3ème piste qui s’est ajouté. C’est vraiment pas de chance mais on ne peut plus rien y faire. On corrigera ça bien sûr sur la prochaine édition de l’album. Désolé.

Pour finir parlons de votre concert de ce soir. Vu la dimension théatrale de votre musique, qui se manifeste également sur les photos officielles du groupe, est-ce que vous avez prévu d’apporter une dimension visuelle au concert?


Oui nous amenons avec nous en tournée, 2 danseuses, qui feront plusieurs performances au cours du concert, nous seront maquillés également, avec des masques, la dimension visuelle est quelque chose que l’on souhaite apporter à nos concerts pour en faire de vrais spectacles. Je ne t’en dis pas plus, je te laisse la surprise pour ce soir.

jonben

Chroniqueur

jonben

Krakoukass et moi avons décidé de créer Eklektik en 2004 suite à mon installation à Paris, alors que disparaissait le webzine sur le forum duquel nous échangions régulièrement, ayant tous deux un parcours musical proche entre rock et metal, et un goût pour l'ouverture musicale et la découverte perpétuelle de nouveautés. Mes goûts se sont affinés au fil du temps, je suis surtout intéressé par les groupes et styles musicaux les plus actuels, des années 90s à aujourd'hui, avec une pointe de 70s. J'ai profité pendant des années des concerts parisiens et des festivals européens. J'ai joué des années de la guitare dans le groupe Abzalon. Mes styles de prédilection sont metal/hardcore, death technique, sludge/postcore, rock/metal prog, avec des incursions dans le jazz fusion et le funk surtout, depuis une île paumée de Thaïlande. 

jonben a écrit 502 articles sur Eklektik.

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