DJ Krush – 04 février 2008 – Maroquinerie – Paris

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Pour un habitué des concerts rock la performance d’un Dj est un dilemme difficile à résoudre. L’expérience live classique et efficace consiste en un savant mélange d’énergie et de décibel. La communication entre le public et les musiciens s’établit par l’émotion qu’ils dégagent sur scène et qui se transmet à tous ceux qui acceptent de rentrer dans la danse pour renvoyer leurs émotions sur scène. Dans le cas présent, un Dj ne dépense pas une dose d’énergie phénoménale pour proposer sa musique. Il se pose derrière ses machines et s’agite timidement pour activer des sons et non les créer. Voilà en résumé les raisons de mon appréhension en rentrant dans la Maroquinerie. Habitué à voir un spectacle très vivant sur scène, n’allais-je pas roupiller sec en regardant un type (certes très respectable, tous les Dj n’ont pas la classe de Dj Krush) appuyer sur des boutons ?

Cela ne fait pas l’ombre d’un doute car, malheureusement, le Dj faisant office de première partie me permit de vérifier ma théorie. Sûrement plus habitué à un public de soirée qu’à un public rock habitué à voir et à écouter plutôt qu’à danser, Soulist n’est pas vraiment l’homme de la situation et mixe devant un parterre attentif et assis. Spectacle rare et un peu étrange, les spectateurs arrivent et s’assoient sur les marches et au milieu de la salle. Ambiance tranquille et public volubile… à tel point que le grondement en commun des voix surnagera pendant tout le set de ce pauvre homme. Les sons mixés allant de la soul au rap en passant par le reggae, il y en a eu pour toutes les oreilles durant cette heure complète où les sons s’enchaînèrent les uns à la suite avec goût, agrémentés de quelques scratch pré enregistrés. Ce dernier point ne cessera de me déranger durant tout son set et fut à l’origine de mon désintérêt progressif pour ses talents. Ne pas scratcher alors que l’on est Dj cela me semble un peu dommage et, de ce fait, Soulist ne fut qu’un hors d’oeuvre avant l’arrivée de l’homme de la soirée.

Plat de résistance, plat principal, entrée. Dj Krush sera tout cela et bien plus encore. Seul derrière ses platines et son Mac il sera tout ce que son homologue d’ouverture n’était pas. Composant ses musiques à partir de samples et d’un doigté ahurissant dès qu’il commence à faire tourner ses platines, le maître Krush tient en haleine son public avec une maestria ahurissante comme je n’en ai jamais vu auparavant. Les titres s’enchaînent et l’atmosphère monte jusqu’à transformer le bain de lumière qui auréole ce petit japonais perdu dans sa musique en une source d’attention dont on ne peut se détacher. Les rythmes s’adressent au corps tandis que les sonorités jazz, rap et japonaises s’adressent à l’esprit pour le faire travailler et voguer loin de cette salle qui devient si petite quand on la mesure à la portée de la musique qui nous est présentée. Etant plus ou moins bien connaisseur de la discographie de Krush, je ne saurais dire si celui-ci ne présenta que des titres de ses albums ou s’il composa sur le vif une partie de son set. Cependant, je retiendrais de toute cette soirée des moments grandioses qui me firent frissonner par leur sensualité et leur maîtrise technique mêlées à une sensibilité musicale hors pair. Le genre de concert qui démontre que le trip hop, si l’on peut limiter ce que Krush fait à ce spectre sonore, est un « genre » loin d’être mort. Comme à l’habitude, si j’en crois une vidéo trouvé sur youtube, l’enchaînement « Organ donor » (de Dj Shadow) dans une version remixée et triturée dans tout les sens, suivie de « Kémuri » (le « single » de Krush, tiré de « Strictly turntablized ») est grandiose et emporte le set vers sa descente, tout en douceur, pour nous laisser en extase. Un petit rappel tout de même sous la forme d’une improvisation sonore et rythmique étonnement violente, tant et si bien que si l’on avait rajouté de la guitare par-dessus l’on aurait pu se croire à un concert de Agoraphobic Nosebleed. Une musique qui sait donc prendre des routes inattendus tout au long d’une heure et quart de concert intense et superbe. Le genre d’expérience que je revivrais avec joie régulièrement.

Chroniqueur

Mathieu Lubrun

Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

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