Mine de rien, les Norvégiens de Kampfar ont soufflé l’année dernière leurs vingt bougies. Peu de groupes issus de la scène black metal des années 90 – décennie pourtant foisonnante – peuvent se vanter d’avoir survécu à l’érosion du temps tout en restant aussi pertinents. Car si la formation menée par Dolk a connu un petit passage à vide au milieu des années 2000, elle a su rebondir avec brio en 2014 grâce à Djevelmakt, un retour aux sources magistral et inspiré, figurant sans conteste parmi les meilleurs albums de leur carrière.
À peine un an plus tard, Kampfar remet déjà le couvert avec Profan, signe d’une vitalité et d’un élan créatif toujours intacts. On aurait pu craindre que cette sortie rapprochée dilue un peu l’inspiration ou donne un simple clone de Djevelmakt, mais il n’en est rien. Si Profan n’atteint peut-être pas la même intensité mystique que son prédécesseur, il confirme pourtant la solidité du groupe, capable de maintenir un équilibre rare entre tradition et évolution.
Le quatuor arbore fièrement les oripeaux du black pagan : atmosphères épiques, structures travaillées, et ce sens du riff héroïque qui fait lever le poing sous la pleine lune. Le tout, bien sûr, en norvégien, comme pour mieux affirmer l’identité fière et enracinée du groupe. Kampfar continue de creuser ce sillon entre black atmosphérique et pagan metal, en y injectant suffisamment de fraîcheur pour éviter la redite. Les morceaux alternent habilement les tempos et les humeurs, comme sur “Skavank”, où la voix de Dolk passe du shriek furieux à des passages plus clairs, presque narratifs, tout en conservant une intensité constante.
Et lorsque le groupe décide de frapper fort, il le fait avec des hymnes imparables : “Icons”, pur moment de rage et de majesté, ou encore “Daimon”, plus nuancé, mais d’une ambiance magistrale et envoûtante. Ces morceaux rappellent pourquoi Kampfar reste un pilier du black metal scandinave, toujours capable de faire cohabiter la violence primitive et la grandeur mélodique.
En 2015, Profan confirme que Kampfar est bien plus qu’un survivant de l’âge d’or du black norvégien : un groupe toujours inspiré, sincère, et capable d’écrire des chansons habitées par la même ferveur païenne qu’à ses débuts. Excellent, une fois de plus.
Kampfar
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