Rope Sect n’en a pas fini avec sa mélancolie, le groupe allemand le prouve une fois de plus avec cet Estrangement qui fait (étrangement) penser à Katatonia. Du chant suave mais poignant du vocaliste aux rythmiques déployées par ses comparses, mélodiques et pleines de groove entre deux larmichettes. Entre titres immédiats axés sur les émotions (l’ouverture « Revel In Disguise ») et moments plus frénétiques (le superbe « L’Appel du vide » aux agréables relents post-punk), Rope Sect (qui se paye aussi le luxe d’avoir King Dude en invité sur la conclusion « Rope of the mundane love ») signe un nouvel album marquant par sa simplicité (sans trop tirer sur la corde, si vous me passez l’expression !) et son approche mélodramatique toute en retenue. Joli !
Produit en 2022, Estrangement s’appuie sur un post-punk teinté de cold wave qui renouvelle subtilement les ambiances gothiques familières à la formation. Si les influences de Katatonia sont indéniables, notamment dans la voix grave et les textures sombres, on sent aussi une volonté d’explorer des territoires plus aérés et parfois presque synthpop, ce qui donne à l’ensemble une plus grande dynamique et évite la monotonie. La production, claire et équilibrée, laisse respirer chaque instrument, contribuant à ce sentiment de distance émotionnelle et d’intimité paradoxale. Cependant, certaines compositions manquent parfois d’impact immédiat, pâtissant d’un tempo un peu trop uniforme, ce qui peut rendre l’écoute un peu homogène à la longue. Néanmoins, la présence de morceaux comme « L’Appel du vide » et la collaboration finale avec King Dude redonnent de l’énergie et de la profondeur à l’album. Estrangement demeure donc une délicate réussite pour Rope Sect, qui confirme son savoir-faire dans un créneau exigeant où mélancolie et modernité s’enlacent sans excès.
Rope Sect
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