En album Anthologik (notre rubrique présentant nos albums marquants), ça aurait pu être aussi le prédécesseur Meantime (1992), album au succès totalement inattendu au vu de la radicalité du propos (le million de ventes dépassé). Mais les années 90 ne s’embarrassaient pas de ce genre de considération sectaire. Et Helmet, fort de cette reconnaissance, se lance dans l’aventure du désormais attendu 3ème album, Betty.
Loin d’édulcorer la radicalité du propos, le groupe (enfin, surtout son leader Page Hamilton) envoie encore une moisson de riffs faussement simplistes qui font mouche à chaque fois. Rythmiques taillées au scalpel, remplies de stops et pleines de contre-temps, un batteur à l’avenant qui propose un jeu d’un style assez syncopé plein de subtilité, et l’un des plus beaux son de caisse claire qu’il m’aie été donné d’entendre (avec ces fameuses peaux en kevlar qui ont fait fureur à l’époque). Tellement groove que Betty en représente encore et toujours l’une des quintessence actuellement !
Un son massif donc, mais les guitares vont souvent chercher des arpèges dissonants, des petites cocottes funky bien sales (« Biscuits for Smut »), des nappes quasi shoegaze lancinantes et se posent au-dessus de la masse rythmique lancée telle un bulldozer fou. Globalement, nous sommes souvent dans un mid-tempo très 90s qui s’offre quelques ralentissements ou accélérations bienvenues. Et ce qui est le plus marquant sur cet album, c’est une présence très importante de matériels mélodiques. Que ce soit le chant qui propose des parties claires, les guitares solo, les riffs en eux-même, la mélodie est quasi partout. Certes pas toujours sur le devant de la prod, mais qui sait se faire entendre aux oreilles attentives.
L’autre point marquant et qui fait définitivement rentrer Helmet dans une catégorie à part, c’est le côté jazzy très marqué. Page Hamilton est un amoureux du jazz expérimental, diplômé de la Manhattan School of Music (pour s’en assurer, à écouter, pour les oreilles averties, son album de guitare bruitiste en duo avec Caspar Brötzmann). Le petit passage jazzy en clean « Beautiful love », très classique (et au demeurant aussi dérangeant que la pochette faussement naïve), vite écrasé par un passage bruitiste, illustre ce jeu entre jazz et noise qui imprègne tout l’album. Les sentiers de traverse ne font pas d’ailleurs peur au groupe New-Yorkais, en témoigne ce chouette clin d’oeil au hip-hop / dub crado à la Scorn « The silver Hawaien », par exemple. Ou le ragtime/blues déglingué qui clôt l’album sur « Sam hell »…
Betty comprend 14 titres qui sont autant de classiques désormais. Les plus connus « Milquetoast », « Speechless », « I know » encadrent le reste qui n’a rien à leur envier. Un album où rien n’est à jeter. L’histoire montre, recul aidant, qu’avec le diptyque Meantime / Betty le groupe se pose, en compagnie de Faith No More et quelques rares autres, comme les géniteurs du metal à venir, et fait partie des groupes les plus influents pour la scène metal de la deuxième moitié des 90s et début 2000s. Ni plus ni moins.
Helmet
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