Alice In Chains – Black Gives Way to Blue

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Style: grungeAnnee de sortie: 2009Label: Virgin Records

Difficile de réveiller un mythe comme Alice in Chains, sans provoquer des réactions très exacerbées. D’autant que ce n’est pas seulement d’un groupe fondateur du grunge dont on parle, mais aussi du groupe dans lequel officiait le disparu Layne Staley ravagé par la drogue et décédé le 5 avril 2002 à Seattle, là où tout a commencé.

Deux camps s’affrontent déjà de prime abord : ceux qui jugent la résurrection du groupe inconcevable sans son charismatique leader trop tôt disparu, et ceux qui estiment que si Layne était sans doute l’incarnation décharnée du groupe, son âme et son cerveau ont toujours été portés par Jerry Cantrell, songwriter principal du groupe.

Laisser sa chance au retour du groupe n’empêchait pas un certain scepticisme, renforcé par le nombre de reformations, éphémères ou non, dont nous sommes témoins ces derniers temps, avec également plus ou moins de réussite et de sincérité.

Alors quid de la reformation de cette pauvre Alice enchaînée ? Et d’abord, qui, oui, qui a donc été mis dans la délicate position de prendre la suite de Staley ?
Le suspense a été tué depuis longtemps, et après avoir envisagé bon nombre de successeurs potentiels (dont Phil Anselmo quand même), c’est finalement William DuVall (ami de Jerry Cantrell depuis 2000) qui a été retenu dans un premier temps temporairement dans le cadre d’une tournée en 2007, puis définitivement adoubé et adopté comme nouveau chanteur du groupe.

Et à l’écoute de ce nouvel album à la pochette plutôt moche, on ne peut que donner raison à la fine équipe leadée par Cantrell, tant le tandem vocal Cantrell/DuVall semble recréer la magie disparue. Certes le rôle de DuVall semble moins central dans les voix, que pouvait l’être celui de Staley, mais cela ne trouble pas plus que ça, tant les harmonies et les mélodies portées par le duo fonctionnent à merveille.

En plus du registre vocal, la belle Alice se réveille plutôt nerveuse, et la dominante de l’album est loin d’être molle, ce que confirme directement l’ouverture de l’album sur « All Secrets Known », un titre lourd, et plutôt sombre, comme l’ont toujours été les grands titres du groupe. D’autres titres comme « Check My Brain », « Last of My Kind », « A Looking in View », ou le terrifiant « Acid Bubble », s’inscrivent parfaitement dans cette logique sombre et plombée orchestrée par le duo de voix Cantrell/DuVall qui appuie sur le registre « désabusé », ce qui en rajoute encore une couche sur le côté sombre voire sinistre de l’affaire et distingue clairement le groupe des big rock bands américains niaiseux à la Nickelback ou autre.
Ca ne respire pas la joie de vivre, non toujours pas, et si de nombreux titres sont plutôt des ballades, ce sont là encore des titres s’inscrivant dans la tradition Alicienne, des ballades magnifiques, comme « Your Decision », « A Lesson Learned », « Take Her Out ». Il n’y a guère que « When the Sun Rose Again » qui vienne légèrement ternir le tableau par son côté trop facile, frôlant le niais.
Qu’importe, ce n’est pas non plus l’intervention redoutée et finalement anecdotique de Elton John (au piano sur le morceau titre, conclusif de l’album) qui changera quoi que ce soit au bilan de cet album : on en attendait pas tant et voilà pourtant un très beau disque, qui fait honneur au passé de ce grand groupe qui a marqué à jamais les années 90.

Il ne reste qu’à attendre les prestations sur les planches du groupe, dont on sait à l’avance qu’elles finiront de convaincre les plus sceptiques.

Tracklist :

  1. all secrets known
  2. check my brain
  3. last of my kind
  4. your decision
  5. a looking in view
  6. when the sun rose again
  7. acid bubble
  8. lesson learned
  9. take her out
  10. private hell
  11. black gives way to blue
krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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4 Commentaires

  1. jonben jonben says:

    J’ai pas vraiment à en dire du mal, hormis qu’il est assez mouligasse dans son ensemble, qu’aucun morceau ne ressort réellement, peut-être à cause d’une production assez uniformisante, mais surtout parce que les compositions sonnent un peu trop rock US consensuel et facile, sans les pointes d’imagination, les tentatives de riffs dissonants tordus qui étaient présents sur les albums précédents du groupe.
    Je suis assez d’accord avec ton opinion qu’aucun album d’Alice in Chains n’est parfait, chacun comporte quelques morceaux un peu trop bizarres ou mal construits mais c’est le résultat de leur envie de proposer des morceaux rock sortant des sentiers battus, et correspondant à leur état d’esprit torturé. Pour tellement de titres réussis, certains l’étaient moins, et ce point n’a pas empêché le groupe de devenir un de mes préférés grâce au feeling global de sa musique et certains morceaux cultes. Ce nouvel album évite toute prise de risque, il ne comporte pas de morceaux choquants mais aucun d’extraordinaires non plus, j’aurais préféré un peu de chaque! Il reste agréable même si ça ressemble plus à du Jerry Cantrell solo qu’à du Alice in Chains, et que Duvall est assez transparent, sa voix étant éclipsée sur tout l’album par celle de Cantrell dans les chants harmonisés qui ont toujours été un des points forts du groupe. Sur ce point, j’ai beau réécouter l’album je ne trouve que peu de passages où on l’entend distinctement se mettre en avant, on ne peut pas dire qu’il ait remplacé Staley, il est juste devenu guitariste rythmique et choriste doublant les chants de Cantrell.
    Cela dit, c’est toujours agréable d’écouter un nouvel album d’Alice In Chains, sans avoir à subir un échec complet qui aurait entaché l’aura du groupe, le côté positif pour moi est de retrouver un groupe actif qui fera des concerts pour promouvoir cet album, et je ne doute pas qu’ils seront bons vu ceux que j’ai vu il y a quelques années au moment où Duvall a intégré le groupe.

  2. 1ternot2baz says:

    Un peu d’accord avec la quasi totalité de ton commentaire ! Qualitativement il n’y a pas grand chose à reprocher à ce disque, mais le charisme légendaire de « Dirt », « Jar of Flies » et du « s/t » éclipsent sans difficulté ce dernier (bel) effort ! Suffit de s’écouter toute leur disco d’une traite pour s’en apperçevoir !

  3. 1ternot2baz says:

    S’en « apercevoir » pardon : )

  4. Setsi says:

    N’importe quel fan d’ALICE IN CHAINS avait toutes les raisons d’être inquiet de cette reformation. C’est quelque chose qui tourne à plein régime actuellement, mais finalement, peu de reformations s’avèrent vraiment fructueuses artistiquement parlant. Heureusement, celle d’ALICE IN CHAINS n’appartient pas à cette catégorie. Bien entendu, le fantôme de Layne Staley ne cessera de planer. Ce chanteur si emblématique dont la troublante beauté n’avait d’égal que cette voix qui se faisait l’incantatrice de l’extrême souffrance de son possesseur. Pour n’importe quelle fille hétéro, il serait anormal de ne pas tomber amoureuse de ce faux bad-boy écorché vif, le genre de mec qu’on aurait toutes voulu sauver tant son romantisme contaminé par la drogue était terriblement séduisant. Quand j’écoute ALICE IN CHAINS, je l’envisage du côté féminin. Il y a l’étouffement certes, la noirceur aussi, la production plombée, mais ce que les mecs zappent, c’est le romantisme désabusé qui émanait de ce groupe. Layne Staley faisait parler sa douleur avec une profondeur viscérale et bouleversante, loin de la colère adolescente d’un NIRVANA. Et Jerry Cantrell avait scellé, grâce à ses compositions, l’expression de cette souffrance. Je pensais que ni lui ou Staley ne pouvait exister sans l’autre (sous l’entité AIC j’entends).
    Et j’avais bien tort… car Cantrell n’a pas fait l’erreur de tenter de faire revivre l’âme de Staley : il lui rend hommage, de la plus humble des façons. Ce n’est pas un chef d’œuvre, mais c’est un bon album, aux compositions solides. On retrouve avec plaisir la synergie si forte entre les deux voix qui cohabitent parfaitement, même si Cantrell est presque le leader ici. En revanche le timbre de DuVall est parfois trop proche de celui de Staley. Même si le duo marche bien, l’ombre du défunt chanteur plane trop dans ses intonations.
    Mais la force de Black Gives Way to Blue ne réside pas là. Elle réside dans son atmosphère : à mi-chemin entre passé et futur. Black Gives Way To Blue est l’incarnation d’un deuil qui s’achève, un dernier au revoir adressé à Staley. Il existe dans la dualité : la fin d’une ère et le début d’une renaissance. En ce sens, il est bouleversant : j’avoue avoir versé ma larme quand j’ai pris conscience du contexte qui l’entoure (chose qui m’arrive une fois tous les dix ans). C’est un disque sobre, parfois lumineux (la superbe Private Hell, plus belle chanson de l’album, d’une classe redoutable), parfois presque «  »catchy » »(Check My Brain, personne n’y a coupé), et parfois plus lourd (A Looking In View, Acid Bubble).
    S’il est imparfait et moins bon que les précédents (on touche parfois à une certaine niaiserie un peu pataude dans les ballades), il a une aura émouvante et poignante. Black Gives Way to Blue est un corps qui reprend vie. Sans être un chef-d’œuvre ou génial, un constat s’impose clairement : ALICE IN CHAINS est en train de renaître.

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