An Abstract Illusion – The Sleeping City
Chronique Black/Death Progressif

An Abstract Illusion – The Sleeping City

jonben
jonben
Auteur
26 novembre 2025
il y a 9 mois
9,168 vues
Année de sortie
2025
Note
Le nouvel album du groupe suédois explore un territoire cinématique et progressif, mêlant habilement Death/Black et claviers, tout en proposant des compositions longues et atmosphériques qui privilégient l'immersion sonore au détriment de refrains marquants, offrant ainsi une expérience à la fois ambitieuse et parfois étouffante.
An Abstract Illusion – The Sleeping City

J’avais suivi An Abstract Illusion depuis leurs débuts, mais leur manière de mêler Death/Black progressif et claviers m’avait toujours semblé un peu bancale : d’un côté les blasts incessants et les guitares acérées, de l’autre une couche synthétique souvent trop envahissante. The Sleeping City, leur nouvel album, confirme cette approche en l’assumant encore davantage. On ne va pas se mentir, c’est aussi une affaire de goût : « Blackmurmur » s’ouvre sur des synthés tout droit sortis d’une série B des années 80, un clin d’œil qui pourra parler aux amateurs de darkwave façon Carpenter Brut. Plus loin, lorsque les claviers prennent des accents orchestraux outranciers, on pense plutôt à la grandiloquence d’un Dimmu Borgir période fastueuse : une ambition cinématographique qui attirera autant qu’elle pourra heurter selon le degré de tolérance de chacun à la grandiloquence.

Trois ans après Woe, le groupe suédois s’éloigne donc encore davantage de ses racines Death technique pour explorer un territoire plus cinématique, et encore plus progressif avec des titres tournant pour beaucoup autour de 8-10 minutes. Les synthés deviennent ici la colonne vertébrale de la musique, ils enveloppent tout, structurent les morceaux, donnent un aspect “soundscape” qui transforme le métal extrême en paysage sonore. C’est ambitieux, souvent réussi, mais aussi parfois étouffant.

Les compositions se présentent comme de longues épopées sans véritables repères mélodiques forts. Le trio préfère construire des atmosphères que des refrains, empiler les couches plutôt que chercher le contraste. Le résultat peut être hypnotique sur certains passages — notamment les moments plus clairs, aérés, où le chant clair se mêle aux harmonies synthétiques — mais aussi un peu éprouvant à la longue, faute de morceaux réellement marquants.

Le chant growlé agit plus comme un élément d’ambiance que comme un vecteur d’émotion. Il contribue à cette impression de distance, accentuée par la production très lisse et numérique. À l’inverse, les rares moments où le groupe ose plus de chaleur mélodique ou de respiration — “Frost Flower” par exemple — laissent entrevoir une facette plus humaine et touchante, qu’on aimerait entendre plus souvent.

Reste que The Sleeping City témoigne d’une vraie ambition. Le groupe suédois ne cherche plus à impressionner par sa technicité, mais à créer un univers cohérent, froid, urbain, un peu spectral. L’ensemble tient plus du voyage sonore que de l’album de Metal traditionnel. On peut saluer leur désir d’évoluer, même si ça se fait au détriment de l’impact immédiat.

En somme, un disque maîtrisé et surement un album marquant du paysage Prog (extrême) en 2025, qui séduira ceux qui aiment les expériences immersives et les textures synthétiques, mais laissera sans doute sur le côté ceux qui, comme moi, préfèrent une écriture plus resserrée et organique.

Artistes / Groupes

Genre selon le Chroniqueur

Black/Death Progressif

Catégories

jonben

jonben

Krakoukass et moi avons fondé Eklektik en 2004, peu après mon installation à Paris, à la suite de la disparition du webzine dont le forum avait été notre terrain d’échanges. Avec des parcours musicaux proches, entre rock et metal, nous partagions le goût de l’ouverture et de la découverte permanente de nouveaux sons. Au fil du temps, mes goûts se sont affinés : je m’intéresse surtout aux groupes et styles des années 90 à aujourd’hui, avec une touche de 70s. J’ai longtemps profité des concerts parisiens et des festivals européens, et j’ai également joué de la guitare plusieurs années au sein d’Abzalon. Mes terrains de prédilection restent le metal/hardcore, le death technique, le sludge/postcore et le rock/metal progressif, avec des escapades régulières du côté du jazz fusion et du funk.

684 articles publiés

0 commentaire

Soyez le premier à partager votre avis !

Laisser un commentaire

Minimum 10 caractères. HTML basique autorisé.

* Champs obligatoires

Partager cet article