J’avais suivi An Abstract Illusion depuis leurs débuts, mais leur manière de mêler Death/Black progressif et claviers m’avait toujours semblé un peu bancale : d’un côté les blasts incessants et les guitares acérées, de l’autre une couche synthétique souvent trop envahissante. The Sleeping City, leur nouvel album, confirme cette approche en l’assumant encore davantage. On ne va pas se mentir, c’est aussi une affaire de goût : « Blackmurmur » s’ouvre sur des synthés tout droit sortis d’une série B des années 80, un clin d’œil qui pourra parler aux amateurs de darkwave façon Carpenter Brut. Plus loin, lorsque les claviers prennent des accents orchestraux outranciers, on pense plutôt à la grandiloquence d’un Dimmu Borgir période fastueuse : une ambition cinématographique qui attirera autant qu’elle pourra heurter selon le degré de tolérance de chacun à la grandiloquence.
Trois ans après Woe, le groupe suédois s’éloigne donc encore davantage de ses racines Death technique pour explorer un territoire plus cinématique, et encore plus progressif avec des titres tournant pour beaucoup autour de 8-10 minutes. Les synthés deviennent ici la colonne vertébrale de la musique, ils enveloppent tout, structurent les morceaux, donnent un aspect “soundscape” qui transforme le métal extrême en paysage sonore. C’est ambitieux, souvent réussi, mais aussi parfois étouffant.
Les compositions se présentent comme de longues épopées sans véritables repères mélodiques forts. Le trio préfère construire des atmosphères que des refrains, empiler les couches plutôt que chercher le contraste. Le résultat peut être hypnotique sur certains passages — notamment les moments plus clairs, aérés, où le chant clair se mêle aux harmonies synthétiques — mais aussi un peu éprouvant à la longue, faute de morceaux réellement marquants.
Le chant growlé agit plus comme un élément d’ambiance que comme un vecteur d’émotion. Il contribue à cette impression de distance, accentuée par la production très lisse et numérique. À l’inverse, les rares moments où le groupe ose plus de chaleur mélodique ou de respiration — “Frost Flower” par exemple — laissent entrevoir une facette plus humaine et touchante, qu’on aimerait entendre plus souvent.
Reste que The Sleeping City témoigne d’une vraie ambition. Le groupe suédois ne cherche plus à impressionner par sa technicité, mais à créer un univers cohérent, froid, urbain, un peu spectral. L’ensemble tient plus du voyage sonore que de l’album de Metal traditionnel. On peut saluer leur désir d’évoluer, même si ça se fait au détriment de l’impact immédiat.
En somme, un disque maîtrisé et surement un album marquant du paysage Prog (extrême) en 2025, qui séduira ceux qui aiment les expériences immersives et les textures synthétiques, mais laissera sans doute sur le côté ceux qui, comme moi, préfèrent une écriture plus resserrée et organique.
An Abstract Illusion
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