Leather Temple vient cloturer la trilogie initiée en 2018 par Leather Teeth et poursuivie en 2022 par avec Leather Terror. « Temple » était donc le mot mystère commençant par un « t » qu’il fallait trouver cette fois, et en toute cohérence avec cette connotation religieuse ou tout du moins cultuelle, l’album s’ouvre sur un morceau introductif (« Ouverture (Deus Ex Machina) » qui donne le ton d’entrée à grand renfort d’orgues (on sait que Hueso aimerait travailler avec Ghost et ça prendrait décidément tout son sens), que l’on retrouvera aussi à petite dose sur le break de « Speed or Perish ».
Et puis on rentre dans le cœur du vif du sujet de la chose, avec l’excellent « Major Threat » qui ressemble tout simplement à du Carpenter Brut pur jus : de la synthwave instrumentale glorieuse, agressive, dansante.
Franck Hueso a pris son temps pour livrer cet ultime volet de la trilogie mais peu de chance qu’aucun fan de son travail ne trouve quoi que ce soit à y redire : au-delà de la « trame » scénaristique sans grande importance (Bret Halford, anti-héros ressuscité sous forme de cyborg après un apocalypse nucléaire va en découdre avec Iron Tusk, le méchant de l’affaire qui règne sur la cité dystopique Midwichpolis… bref on s’en fout) et qui sert de prétexte au déroulé du disque et à ses connotations toujours délicieusement 80’s / 90’s (le synthé rétro cheap et le pseudo saxo -certainement un synthé d’ailleurs – de « Neon Requiem » étant sans doute les incarnations les plus éloquentes de cet esprit flirtant avec le kitsch), tout est parfaitement ficelé et fonctionne aux petits oignons, et après ce premier « véritable » titre, l’album va délivrer l’une après l’autre ses ogives de qualité ++. Hueso a indiqué souhaiter se rapprocher dans l’esprit avec cet album de la grande époque des Prodigy et autres Chemical Brothers, et on comprend ce qu’il veut dire tant son album est calibré et pensé pour prendre la forme d’un défouloir de musique électronique dansante et prenante comme à la grande époque du big beat et de la house : « The Misfits/The Rebels » évoque en effet pas mal Prodigy, notamment avec cette rythmique drum n’ bass et certaines sonorités à l’avenant, même si certaines sonorités de « Iron Sanctuary » feraient finalement plutôt penser à la musique de son compatriote Gesaffelstein.
« She Rules the Ruins » est un bon exemple de l’efficacité optimale des nouvelles compos proposées par Carpenter Brut : d’ailleurs, signe qui ne trompe pas, la plupart des titres sont pliés entre 3 et 4min30 avec pour exception le final plus atmosphérique de « The End Complete » qui s’étend sur près de 6 minutes et qui sonne parfaitement comme le générique de fin qu’on imaginerait pour accompagner la fin du film de série Z proposé par Hueso.
Pas un seul invité au menu cette fois-ci sur l’album, Franck ayant décidé de se recentrer sur Leather Temple sur son savoir-faire originel, en mode instrumental pur (mises à part quelques voix d’ambiance façon bande originale de film), à contre-courant des deux précédents volets de la trilogie « Leather » qui étaient blindés d’invités (en particulier Leather Terror). On pourrait le regretter, car ces invités apportaient une certaine variété bienvenue aux morceaux de Carpenter Brut, mais le niveau des compos et le côté très resserré et concentré du disque (avec 38 minutes seulement) fait qu’on ne ressent jamais vraiment ce manque durant l’écoute de l’album qui passe comme un charme.
Le bilan est donc finalement très simple une fois l’écoute intégrale terminée : vous trouviez la musique de Carpenter Brut cheap et pénible ? Passez votre chemin, aucune chance que vous changiez d’avis avec Leather Temple. Si au contraire vous êtes amateur ou fan du Maître depuis ses débuts avec le tonitruant Trilogy rassemblant ses 3 EPs initiaux, aucune chance cette fois que vous soyez déçus, vous savourerez au contraire comme il se doit ces 10 nouvelles compositions d’une grande qualité, fignolées jusque dans leurs moindre détails depuis un moment déjà (peut-on le supposer).
En ce qui me concerne vous l’avez compris, j’ai choisi depuis longtemps mon camp et je savoure ce nouveau cru qui vient parfaitement combler mes attentes en matière de synthwave directe et efficace !
Tracklist :
01 – Ouverture (Deus Ex Machina)
02 – Major Threat
03 – Leather Temple
04 – She Rules the Ruins
05 – Start your Engines
06 – Neon Requiem
07 – Iron Sanctuary
08 – The Misfits/The Rebels
09 – Speed or Perish
10 – The End Complete
Carpenter Brut
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