Quelques mois après la sortie de son excellent Grindwork, les danois de Town Portal faisaient une escale à Prague ce 21 janvier dernier dans le cadre de leur petite tournée européenne majoritairement allemande (je suis mauvaise langue, ils ont aussi joué en Suède et en Norvège). Le trio jouait ce soir au Café v lese, qu’on peut traduire comme « café dans la forêt », un café/bar/salle de concert en sous-sol portant assez mal son nom puisque situé dans le centre de la capitale tchèque (et donc pas du tout à proximité d’une forêt !).

Ayant manqué le groupe local de première partie, j’investis les lieux alors que ce dernier vient de terminer, l’occasion de voir que l’affluence est plutôt bonne avec une bonne centaine de personnes (dans un lieu pouvant en atteindre maximum le double).
Les trois natifs de Copenhague investissent enfin la scène et les choses sérieuses peuvent alors commencer. Grindwork étant tout frais, c’est donc ce nouvel album qui aura la primeur durant leur set. Démarrant par les deux premiers titres (« Heart’s Content » puis « Plowshare »), on se rend compte très vite de la synergie du trio, chacun maîtrisant son instrument avec virtuosité mais aussi avec une lourdeur en plus. De la frappe sourde du batteur au son de basse bien maousse prenant très régulièrement les devants, les compos prennent vie sur scène grâce à une technique irréprochable tout en étant soutenue par des qualités mélodiques souvent émotionnelles, notamment au niveau des harmonies de guitare (réalisées par le sosie officiel de Lucas Bravo), jouant entre le subtil et le déchaîné.

On sent chez Town Portal toute l’alchimie et l’expérience tant dans la maîtrise instrumentale que dans l’attitude: pas beaucoup de dialogue (en même temps la musique est instrumentale !) mais les trois semblent se comprendre d’un simple regard. Le mathrock infusé de polyrythmies « Meshugghiennes » se voit en plus ici magnifié par une qualité sonore optimale, laissant apparaître çà et là des influences jazzy venant naturellement se greffer à leur son.
Outre des titres du dernier album, le trio reviendra sur deux titres d’Of Violence (2019), tous deux excellent (« Archright » et « Roko’s Basilisk ») qui fonctionnent à merveille même sans leur trompette, puis le plus ancien « Yes Golem » (issu de The Occident – 2015) qui servira de rappel.
De progressions aventureuses en grooves destructeurs, l’identité si singulière de Town Portal est pleinement respectée en live. Aussi exigeant que le mathrock puisse être, la créativité déployée par le trio vaut clairement le coup d’être appréciée en live, le public aura, comme moi, été hypnotisé par ces riffs en spirales (paradoxalement souvent aérés donc fluides) et du spectacle de trois potes juste contents d’être là. Bref, allez les voir s’ils passent dans votre coin !
Un grand merci à Jacob pour l’accréditation !

Town Portal
Soyez le premier à partager votre avis !
Laisser un commentaire