Je suis les Américains de Moon Tooth depuis leurs débuts en 2016 et leur 3ème album sorti en 2022, le lumineux Phototroph, est un album qui m’avait ébloui par sa capacité à marier la technique du Metal progressif à une énergie Soul et Rock’n’roll solaire. Le groupe a réussi à se créer son propre genre et à un son (et une voix) immédiatement reconnaissable.
Quatre ans plus tard, le quatuor de Long Island revient avec Bastard, un EP de quatre titres qui, s’il confirme tout le bien qu’on pensait de leur singularité, nous laisse avec une pointe de frustration logistique : pourquoi se contenter d’un format aussi court (17 minutes) ? Pourquoi le groupe n’a pas attendu d’accoucher de trois ou quatre morceaux supplémentaires pour nous offrir un véritable album complet ?
Peut-etre envisagent-ils de dévier senseiblement stylistiquement. Car dès l’ouverture avec « TRUDGE », on constate que Moon Tooth sont là pour en découdre avec un titre fait d’énergie brute. Fidèles à leur réputation, ils font sonner leur formation à quatre comme un orchestre de géants. On retrouve ce style savoureux entre lourdeur et groove, avec ce truc particulier, presque poussiéreux, qui évoque un western sous acide. Le chant de John Carbone est toujours aussi habité, naviguant entre une puissance brute et un phrasé bluesy/country qui sied à merveille à cette imagerie de cavalier seul traversant des villes désertiques.
Techniquement, le groupe n’a rien perdu de sa superbe. Le guitariste Nick Lee continue de tordre ses cordes avec une inventivité folle, son solo sur « Mire » est un modèle de fluidité, tandis que la section rythmique Marte/Roman maintient un groove constant, capable de bifurquer vers des accents presque Hardcore sur le monumental « I’S ». Ce titre est d’ailleurs le sommet de l’EP, s’achevant sur des voix saturées inédites pour le groupe, apportant une noirceur bienvenue à leur palette habituelle.
L’EP est balancé avec un sens du rythme impeccable, 3 titres de tension pure et une respiration finale plus mélodique (« PUSH »), qui est pour moi un de leurs meilleurs morceaux. Mais c’est justement là que le bât blesse : Moon Tooth est un groupe de grands espaces, de fresques cinématographiques. En nous jetant ces quatre pépites en pâture, ils se montrent presque trop efficaces. On finit l’écoute avec l’impression d’avoir vu une bande-annonce de génie pour un film qui ne sortira jamais.
Bastard est un excellent condensé de ce que Moon Tooth fait de mieux : un Rock sophistiqué, musclé et profondément humain. C’est un plaisir immédiat, certes, mais qui nous laisse sur notre faim. On espère que ce passage éclair en ville n’est que le prélude à une chevauchée beaucoup plus longue, car ce groupe a définitivement trop de talent pour se contenter de formats aussi courts.
Moon Tooth
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