Une série télé impeccable : The Wire

17 Commentaires      4 154
Annee de sortie: 2010

The Wire (Sur écoute en VF).
5 saisons (2002-2008).
Environ 60 épisodes.

Série coup de coeur du moment, et je suis plutôt difficile. J’ai mis du temps à m’y mettre mais en 5 saisons cohérentes, The Wire se pose comme une série impeccable de bout en bout, décrivant la criminalité dans la ville de Baltimore entre visions parallèles de la police, des dealers, des politiques, des dockers, des enseignants, des journalistes.

Une série policière à mille lieux des clichés du genre, qui porte en elle une intensité et une prise sur le détail qui la rapproche du roman, là où un film de 2 heures ne pourra être qu’un résumé hâtif et partial, The Wire donne toutes les clés sans omettre la complexité des situations.
Baltimore est une des villes les plus craignos des Etats Unis, une des plus noires aussi, et est décrite sans complaisance. C’est même assez fort d’avoir une telle vision pessimiste d’une ville bien réelle, avec des personnages fictifs certes mais dans un cadre existant.

Dans cette série, aucun politiquement correct ne vient déformer ce qui décrit au plus près la réalité de Baltimore. Le scénariste est un ancien reporter du journal de Baltimore, spécialisé dans les affaires criminelles, il a donc suivi au plus prêt la réalité décrite dans The Wire et en a tiré cette fiction anticonformisme, quasi-documentaire, proche du terrain. La ville de Baltimore est ainsi elle-même un personnage clé de la série.

Tous les stéréotypes sont revisités, les flics plus blancs que la population, les avocats sont des juifs magouilleurs, les politiciens hypocrites, avides de pouvoir et manipulateurs. La race est enjeu de toutes les influences, la population noire de Baltimore est décrite sans concession, avec la représentation de personnages caricaturaux, mais réalistes, souvent d’une bêtise crasse mais cherchant à tirer leur épingle d’une situation critique, le monde du ghetto, imprégné du traffic de drogue, avec ses codes dignes de la loi de la jungle, « the game ».

Peu de personnages sont vraiment attachants sur la durée, ils ont tous leurs travers, déjà une partie des portraits sont ceux des cibles de la police, des trafiquants, des dealers, des tueurs, mais même les membres de la police sont psychotiques et peu dignes de confiance. Une multitude de héros potentiels ressortent, de McNulty, détective chargé des meurtres au baron local de la drogue, l’impressionnant Stringer Bell, du braqueur de dealers, gangsta et homo, Omar, au petit dealer Bodie, en passant par le drogué clodo Bubbles. Chaque saison se concentre sur un milieu, ce qui est l’occasion de décrire une facette de la ville de Baltimore dans lesquels évoluent de nouveaux personnages tout en reprenant ceux déjà évoqués dans les précédentes. Le scénario dépeint par étapes de plus en plus de niveaux imbriqués, les décisions du maire impactant les professeurs d’écoles ou le dealer de rue gérant son « corner ».

Toutes ces histoires évoluant parallèlement sont liées par un élément, qui donne son nom à la série, « the wire », la mise sous écoute par la police des téléphones portables de suspects dans le but de démanteler des trafics de drogue, le leitmotif récurrent des enquêtes criminelles évoquées, intimement lié aux homicides.

La première saison met une belle claque, elle est hyper bien huilée. Négative mais pas déplaisante pour autant, baignant dans un humour bien cynique et des personnages marquants. Chaque épisode n’a pas d’intérêt seul, aucun ne peut être zappé, The Wire est une série atypique et exigente. Chaque saison est quand même un tout, mais elles n’ont même pas toute une vraie conclusion – le succès d’une enquête par exemple -, les 5 saisons sont donc intimement liées, retraçant l’évolution des mêmes personnages.

Pas étonnant que The Wire soit considérée par beaucoup de critiques comme la meilleure série télévisée jamais produite, c’est une série sombre et pessimiste, dure, mais prenante. L’audience n’a pas toujours été à la hauteur de son succès d’estime : la série a failli être abandonnée à la fin de la 3ème saison, alors que, comble de popularité et de caution morale, Barack Obama clamait qu’elle était sa série favorite et que Omar, le gangster homo qui ne vole que les dealers, était son personnage préféré. Forcément dans une ville aussi populaire que Baltimore, le camp démocrate est chez lui et il est dépeint de façon acerbe. On n’évitera d’ailleurs pas une question qui fache maintenant : est-ce que la situation décrite dans The Wire est déjà celle de certains quartiers en France?

La chaine HBO est à l’origine de la série, pas étonnant c’est sûrement la meilleure chaine américaine productrice de série (Oz, Rome, The Sopranos, Games of Thrones). Bien sûr le visionnage en langue originale est indispensable, mais l’accent de Baltimore est à couper au couteau, je l’ai regardé souvent avec les sous titres anglais pour plus de facilité. Une anecdote musicale, le rapeur Method Man du Wu-Tang Clan joue un caïd débile, Cheese.

Bunk et MacNulty, « natural police ».

Poot, Bodie, D’Angelo et Wallace, dealers de rue.

Stringer Bell, caïd classe.

Omar, voleur facétieux.

Major Crimes, unité de police derrière les écoutes.

Clodo, indic, drogué, Bubbles.

Carcetti, politique happé par le pouvoir.

Duquan, Randy, Michael et Namond, écoliers.

Nick et Frank Sobotka, dockers.

La clique de Marlo.

 

Le sénateur Clay Davis, personnage énorme à l’accent noir américain énorme, beaucoup de moments funs de la série. « Sheeeeeeeeet ! ».

 

Ruez vous dessus si ce n’est déjà fait!

Pour ceux qui l’ont vu, un reportage sur la série (beaucoup de spoiler) :

http://www.youtube.com/watch?v=a7Asue839S8

jonben

Chroniqueur

jonben

Krakoukass et moi avons décidé de créer Eklektik en 2004 suite à mon installation à Paris, alors que disparaissait le webzine sur le forum duquel nous échangions régulièrement, ayant tous deux un parcours musical proche entre rock et metal, et un goût pour l'ouverture musicale et la découverte perpétuelle de nouveautés. Mes goûts se sont affinés au fil du temps, je suis surtout intéressé par les groupes et styles musicaux les plus actuels, des années 90s à aujourd'hui, avec une pointe de 70s. J'ai profité pendant des années des concerts parisiens et des festivals européens. J'ai joué des années de la guitare dans le groupe Abzalon. Mes styles de prédilection sont metal/hardcore, death technique, sludge/postcore, rock/metal prog, avec des incursions dans le jazz fusion et le funk surtout, depuis une île paumée de Thaïlande. 

jonben a écrit 510 articles sur Eklektik.

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17 Commentaires

  1. jonben jonben says:

    J’ai pas voulu faire de spoiler dans l’article, mais je pensais dire en commentaire que mon personnage de la série est Stringer Bell, le personnage est unique, déjà impressionnant physiquement, une certaine classe, et plus ça va, plus il entre dans son rôle, jusqu’à devenir un homme d’affaire. Je me demande si c’est un délire du scénariste ou si beaucoup de gros dealers ont ce genre de comportement. Breaking Bad et Sons of Anarchy ont des personnages comme ça également.

  2. krakoukass krakoukass says:

    Simplement la meilleure série de tous les temps pour moi!

  3. darkantisthene says:

    Pas été capable de finir la saison 1 : rythme trop lent pour moi, je ne suis pas rentré dedans, je voyais trop venir les petites scènes servant uniquement à mettre en place les individualités, etc ; une grosse ficelle scénaristique (pour quelque chose qui se veut bien huilée) au cours de l’épisode 8 a achevé ma motivation.

  4. SagresMetal says:

    Difficile d’y devenir accro au début faut le dire. Ainsi que de voir un épisodes comme ça au pif.
    Mais si on fait l’effort de suivre la série depuis le début on devient vite accro ensuite et dans quasi tous les cas cette série devient « notre série préféré ».

    Sinon jonjon oui c’est souvent le cas pour ceux qui ont de la reussite et une inteligence « business » et pas uniquement caid, bras musclé.
    Par contre de ce que je sais c’est qu’ils vont investir dans l’immobilier dans des pays etrangers (dont leur pays d’origines s’ils ont origines etrangere)…
    Ensuite meme localement t’as beaucoup de kebab ou autres commerces… car ça aide au blanchissement d’argent… ensuite suffit que ton commerce « legal » te rapporte plus d’argent que la drogue (ou que tu estimes suffisant pour toi) et tu laches petit à petit les choses illegales…

    • krakoukass krakoukass says:

      Tu m’as l’air bien renseigné Sagres… C’est quoi ton boulot déjà ?

      • SagresMetal says:

        j’ai que m6 comme chaine française ici… faut regarder les enquetes exclusives et autres emission du genre :p
        sinon je suis sûr que passmoutain peut te confirmer ce que je dis vu qu’ils parlent courameent avec les kebabman ;)

  5. darkantisthene says:

    ah non mais j’ai regardé les 8 premiers oh ! 8 x 45 min, je pense avoir fait montre de patience

    • drommk says:

      la première saison est assez longue à se mettre en place. Mais dès la seconde on en prend plein la tronche

    • SagresMetal says:

      t’es un cas special darkantitout…
      et si t’aime le rythme trop lent c’est comprenhensible cette série est pas pour toi.

      De la meme maniere j’ai jamais réussi à accrocher à six feet under (la série… le groupe j’écoute sans probleme lol).. car trop lent et ça me scotchait pas…

  6. darkantisthene says:

    oui « on » m’a parlé de ce bouleversement dès la saison 2 mais je bloque encore sur le flic qui, alors qu’il surveillait depuis des heures à l’appareil photo l’arrivée d’un gros bonnet, a non seulement une envie soudaine de pisser pile au moment où le type débarque mais en plus pisse suffisamment longtemps pour que le mec ait le temps de taper la discut’ tranquillos avec les petites mains. J’ai trouvé super moyen pour une série qui se veut réaliste, peaufinée, etc
    du coup, j’ai boudé

    • jonben jonben says:

      Je ne m’en rappelle même plus, certes c’était une grosse ficelle, mais comparée à la majorité des séries… dans Sons of Anarchy, c’est des cordes à ce moment-là. :)

  7. darkantisthene says:

    ah mais je suis d’accord, aucune série n’en est exempte mais le rythme, le style font que ça passe mieux, selon moi, chez d’autres que chez the wire ; bon on va pas faire 2h là-dessus c’était histoire de faire mon rebelle face à l’unanimisme vis-à-vis de cette série :D

  8. Angrom angrom says:

    Intéressant de parler de cette série. On peut toutefois ajouter que the wire c’est aussi et surtout une réflexion sociale sur l’amérique. passé la 1ère saison plus basée sur la police en particulier, on voit au fil des saisons suivantes la ville via un prisme différent : les docks, la politique, l’éducation, les médias. Les 5 saisons forment un tout très cohérent, et un constat sans doute déprimant, mais engagé.
    Je ne te rejoins pas quand tu dis que « Peu de personnages sont vraiment attachants sur la durée » : Et Bubbles ? et Snoop ? Et Omar ? La force de la série est justement pour moi de créer une intimité avec les personnages. Il m’est même arriver d’être ému lorsque l’on perd en cours de route certains personnages pourtant plutôt antipathiques.
    Pour la même qualité, mais avec un constat un peu plus positif, avec un peu plus de foi en l’homme, on pourra enchainer avec Treme, du même David Simon.
    Assurément une réussite !

    • jonben jonben says:

      Snoop? T’es généreux. D’ailleurs ce n’est qu’à moitié un « personnage », elle porte en fait son vrai surnom dans la série, elle a fait des années de prison pour meurtre et elle est récemment retournée en prison pour trafic d’héroïne. Elle a été introduit aux scénaristes par l’acteur jouant Omar qui l’avait rencontré par hasard. http://en.wikipedia.org/wiki/Felicia_Pearson

  9. Angrom angrom says:

    Je connais l’histoire de l’actrice en effet, et je ne trouve ça que plus attachant , en fait

  10. OYC says:

    Je ne voulais pas lire l’article avant d’avoir fini la série pour ne pas spoiler la moindre chose. Chouette point de vue. J’en ai dit deux trois choses sur le forum. Le traitement global frôle la perfection. Très bonne série.

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