La Dispute – No One Was Driving the Car
Chronique Screamo/Post-Hardcore/Spoken Words

La Dispute – No One Was Driving the Car

jonben
jonben
Auteur
7 octobre 2025
il y a 11 mois
8,555 vues
Année de sortie
2025
Label
Note
Formé en 2004, ce groupe s'est imposé dans le milieu post-hardcore/screamo avec un style vocal mêlant spoken word et cris, tout en abordant des thématiques politiques à travers des compositions oscillant entre énergie punk et atmosphères post-rock, témoignant d'une évolution significative depuis leurs débuts.
La Dispute – No One Was Driving the Car

Formé en 2004, La Dispute s’est vite taillé une réputation de groupe intello dans le milieu post-hardcore/screamo. Leur chanteur déclame plus qu’il ne chante, entre spoken word nerveux et cris rageurs, sur une musique qui oscille entre guitares abrasives et ambiances post-rock tendues. On pense évidemment à At the Drive-In pour l’énergie punk, à Thursday pour le versant emo, mais aussi à Slint pour le côté arty/post-rock et à Orchid pour l’urgence screamo. La Dispute n’invente rien stricto sensu, mais leur force est de sublimer ces influences dans un mélange aussi cérébral que viscéral.

Leur dernier album remontait à 2019 : autant dire qu’on attendait ce retour avec curiosité. No One Was Driving the Car renoue avec les racines du groupe : un rock à guitares tendu, fictionnel dans ses histoires mais profondément émouvant. Certaines chansons lâchent carrément les chiens, avec riffs crasseux, basses saturées et hurlements, d’autres s’étirent dans un clair-obscur post-rock où l’angoisse sourd dans chaque note. Le chanteur donne toujours l’impression de vaciller au bord de la rupture, une douleur à vif qui rappelle les premiers morceaux brisés du groupe comme leur tube du premier album, « Such Small Hands ».

Mais cette fois, le propos s’éloigne des déceptions sentimentales pour viser plus large. No One Was Driving the Car est un album explicitement politique, qui fustige la cupidité, la corruption et les forces anonymes qui gangrènent nos sociétés. La toile de fond, c’est la décadence sociale : overdoses sur les trottoirs, magouilles politiciennes, friches post-industrielles… et cette question lancinante : qui est encore au volant ?

J’ai eu la chance de voir La Dispute sur scène l’an dernier, dans une petite salle de Bangkok, DeCommune, à deux pas de Khao San Road. Le contraste était saisissant : un groupe américain à nom français dans une salle au nom francophone, devant une cinquantaine d’expats passionnés et quelques jeunes Thaïs curieux. Pas le public des concerts hardcore habituels ici, plus bobo trentenaires/quarantenaires. La salle n’était pas pleine, mais l’ambiance intense, tout le monde connaissait les paroles.

Sur scène, La Dispute surprend par son énergie brute. Beaucoup de titres sonnent comme du hardcore « light » – guitares en disto discrète, son quasi clair – ou au contraire comme du post-rock lancinant, aux arpèges répétés. Le terme post-hardcore leur colle parfaitement : une musique de lisière, entre urgence punk et atmosphères étirées. Le chanteur, frêle silhouette mais pile électrique, se donne sans retenue ; son côté emo à fleur de peau n’a rien de factice. En live, la filiation avec At the Drive-In saute aux yeux, plus encore que sur disque.

Avec No One Was Driving the Car, La Dispute signe un retour fort : un album toujours aussi tendu et poétique, mais désormais tourné vers la critique sociale. Quinze ans après leurs débuts, ils prouvent qu’ils ont encore des choses à dire, et à hurler.

Artistes / Groupes

Record Label

Genre selon le Chroniqueur

Screamo/Post-Hardcore/Spoken Words

Catégories

Famille/Genre

jonben

jonben

Krakoukass et moi avons fondé Eklektik en 2004, peu après mon installation à Paris, à la suite de la disparition du webzine dont le forum avait été notre terrain d’échanges. Avec des parcours musicaux proches, entre rock et metal, nous partagions le goût de l’ouverture et de la découverte permanente de nouveaux sons. Au fil du temps, mes goûts se sont affinés : je m’intéresse surtout aux groupes et styles des années 90 à aujourd’hui, avec une touche de 70s. J’ai longtemps profité des concerts parisiens et des festivals européens, et j’ai également joué de la guitare plusieurs années au sein d’Abzalon. Mes terrains de prédilection restent le metal/hardcore, le death technique, le sludge/postcore et le rock/metal progressif, avec des escapades régulières du côté du jazz fusion et du funk.

683 articles publiés

0 commentaire

Soyez le premier à partager votre avis !

Laisser un commentaire

Minimum 10 caractères. HTML basique autorisé.

* Champs obligatoires

Partager cet article