Il existe deux manières d’être brutal dans le Metal extrême : la première consiste à empiler les blasts au kilomètre en espérant que la vitesse suffise à faire trembler l’auditeur ; la seconde, bien plus rare, demande de la malice, un sens de l’écriture de morceaux bien construits. Depuis vingt ans, Despised Icon appartient clairement à cette deuxième école. The Ills of Modern Man sorti en 2007 est leur pièce maitresse. Ce second album et le précédent avant lui ont façonné le Deathcore avant que les mecs à mèche ne le transforment en parc d’attraction.
Une longue absence studio, six ans depuis Purgatory, laissait craindre que les Canadiens aient perdu la main. Eh bien non.
Avec Shadow Work, Despised Icon revient non seulement en forme, mais avec une intention claire : rappeler que brutalité ne rime pas obligatoirement avec monotonie. Le groupe n’a rien renié de ce qui fait sa griffe: l’alternance blasts/mosh parts à la tronçonneuse, des guitaristes dont la virtuosité frise parfois le Death technique, deux chanteurs en mode duel de prédateurs, et des grooves qui donnent envie de faire tournoyer son voisin par les jambes,. Certes ce que plein d’autres groupes savent faire aussi mais il y a ici une maturité, une précision qui force le respect.
Là où beaucoup de groupes de Deathcore s’arrêtent à la copie carbone des influences old-school, Despised Icon continue d’apporter ce mélange presque schizophrène entre technicité, hardcore pur jus, sauvagerie contrôlée et moments d’éclaircie pour souffler un peu. La production épaisse donne au tout une puissance phénoménale : ça tape, ça claque, ça écrase mais pourtant chaque instrument trouve son espace.
N’étant pas moi même un fan ultime du genre (et en général des branches les plus extrêmes du Metal extrême), je dois dire que Despised Icon ont quand même toujours été un des groupes que j’appréciais, en particulier sur scène mais également sur album, et ce nouvel album est une belle surprise. Les titres défilent comme autant de charges de bélier, propres à transformer la fosse en chantier en démolition. « Over My Dead Body » (avec Matt Honeycutt de Kublai Khan TX) est un appel à la mêlée, single imparable qui fera forcément mouche sur scène, à la mesure de leur tube scénique “Furtive Monologue”.
Sympa le court brûlot hardcore « ContreCoeur » chanté en français, qui rappelle que ces Québecois n’ont jamais eu peur de revendiquer leurs racines — même si, comme d’habitude, on ne comprend pas grand-chose sous le flot de gutturaux. Mais ce n’est pas grave : ce n’est pas un album à lire, c’est un album à encaisser.
Si l’album souffre de quelque chose, c’est seulement de son ambition à vouloir couvrir trop de territoires dans un laps de temps réduit. Certains morceaux éclatent en mille idées, comme si le groupe voulait rattraper six ans en une heure. Mais même dans ces moments plus brouillons, la conviction reste totale. Et là où Despised Icon surprend, c’est dans ces micro-doses d’atmosphère disséminées entre deux rafales de blasts (des bribes de chant clair sur « In Memoriam », des guitares flamenco sur « Fallen Ones »), juste assez pour donner du relief sans affadir la violence. Et c’est ce qui fait toute la différence entre eux et la cohorte de suiveurs : la violence chez Despised Icon n’est pas un gimmick, c’est un artisanat.
Despised Icon
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