Plus de dix ans après Wake, l’album qui les avait révélés au-delà du microcosme swancore, Hail The Sun revient avec cut. turn. fade. back. et confirme une chose : le groupe n’a pas perdu l’énergie fébrile et la générosité musicale qui ont fait sa réputation. On retrouve ici un Hail The Sun très sûr de lui, au son immédiatement reconnaissable, mais aussi un groupe qui continue d’avancer dans les limites — parfois étroites — de son propre style.
Le groupe est symptomatique du swancore, un sous-genre du post-hardcore né dans les années 2010 autour du guitariste Will Swan (Dance Gavin Dance, Sianvar, Royal Coda, etc.) et son label Blue Swan Records. Hail the Sun étaient sur ce label à leurs débuts et leur chanteur a collaboré avec Swan via le super-groupe Sianvar.
Dès les premières secondes, l’album expose ses intentions : ça va être punchy, dense et ultra-nerveux, presque sans pause. Hail The Sun ne connaît toujours pas la demi-mesure, et cette propension à l’hyperactivité permanente donne autant son charme qu’elle finit par fatiguer. Les guitares, en particularité, se marchent parfois dessus dans un mix étonnamment brouillon, plus boueux que de coutume : on devine mille idées, mille plans, mais tout se mélange en un flux continu difficile à décortiquer. Il faut s’accrocher pour saisir les lignes mélodiques ou les envolées techniques, et c’est dommage pour un groupe dont le jeu de guitare est pourtant l’un des atouts majeurs.
Le chant de Donovan Melero, lui, suit une trajectoire ambivalente. Déjà il faut apprécier son registre très aigu, mai sur les morceaux les plus musclés, il reste efficace, incisif, parfaitement à sa place. Sur les passages plus doux, il bascule dans un registre vraiment très emo, plaintif, presque adolescent dans l’intention. Ces respirations auraient pu offrir un contraste salvateur ; elles finissent plutôt par sonner un peu convenues. On est loin des envolées aériennes de Wake, où la voix semblait surplomber les tourbillons instrumentaux avec une maîtrise plus affirmée.
Musicalement, on évolue clairement sur le terrain familier du post-hardcore version swancore, avec tout ce que cela implique : guitares nerveuses en pleins contretemps, riffs volubiles, breaks impromptus et ce sens du groove syncopé hérité de Dance Gavin Dance — influence ici tellement omniprésente qu’elle frôle parfois le clonage stylistique, mais on pourra aussi mentionner Greyhaven pour les passage mathcore.
Cela dit, il faut reconnaître une chose : malgré ses écueils, cut. turn. fade. back. reste un album hautement cohérent et impeccablement exécuté, dans la droite ligne de ce que Hail The Sun sait faire de mieux. Le groupe s’en tient à ses armes, les maîtrise parfaitement et délivre une collection de morceaux globalement solides qui feront indéniablement plaisir aux fidèles. On y trouve plusieurs titres réellement accrocheurs, qui se hissent sans peine dans les réussites récentes de leur discographie.
Pour ma part, si je suis le groupe depuis Wake et que je considère toujours cet album comme leur sommet, je dois reconnaître que le groupe n’a jamais réussi à retrouver exactement cette alchimie-là.
En somme, un disque parfois brouillon, parfois trop chargé ou trop emo, mais globalement réussi, dynamique, fidèle à l’ADN du groupe. Les fans apprécieront, les curieux y trouveront quelques pépites, et ceux qui connaissent la formule savent d’avance à quoi s’attendre.
Hail The Sun
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