2025 s’annonce déjà comme une année prolifique pour les musiques rock/metal à l’esprit ouvert. Que ce soit dans les scènes progressives, metal/hardcore, post-rock ou expérimentales, une vague continue de singles marquants a vu le jour rien que sur les six premiers mois de l’année — chacun semblant annoncer un album ambitieux à venir.
Entre les retours d’artistes établis après de longues années de silence et les jeunes groupes qui frappent fort dès leurs premiers titres, une chose rassemble toutes ces sorties : la volonté de repousser les limites, de faire évoluer leur son et d’embrasser l’imprévisible. Entre compositions densément superposées, virtuosité technique, atmosphères à vif et structures qui défient les genres, cette diversité de démarches reflète une scène aussi agitée qu’inspirée.
Voici 20 singles sortis cette année que j’ai particulièrement aimés — chacun donne un aperçu d’un album que j’ai hâte de découvrir dans son intégralité.
InTheosis – Mené par l’ancien chanteur d’Extol, Peter Espevoll, le groupe a fait une entrée remarquée avec “Wolves and Vipers”, sorti en mai. Le morceau mêle metal progressif moderne et profondeur spirituelle, porté par la voix habitée de Espevoll. Il progresse lentement, dans une ambiance sombre et contenue, avant de basculer dans une fin plus extrême. Le ton est donné pour leur premier album à venir, qui s’annonce riche en idées. En tant que fan de longue date d’Extol — dont le dernier album remonte à plus de dix ans — je vois dans ce projet une forme de continuité, mais sous un prisme plus moderne et aiguisé.
Cloudkicker – Ben Sharp a sorti deux singles fin juillet sur Bandcamp, en mode « pay-what-you-want » sous licence Creative Commons. Le premier, “Things You Can’t Change”, est fidèle à son style : un post-metal instrumental aux guitares progressives et à l’ambiance flottante. C’est bien, mais j’ai largement préféré le second morceau, “Follow Through”, qu’il a intégré à ce qu’il décrit comme un “mini-album” toujours en cours d’évolution. Il précise d’ailleurs : « Je ne garantis ni la fréquence des mises à jour, ni le nombre final de morceaux ». Prends ton temps, mec.
Poison the Well – Un groupe que je suis depuis des années. Leur dernier album remonte à 2009. Précurseurs du metal/hardcore émotionnel, ils ont toujours su mêler intensité brute, riffs chaotiques et hurlements puissants à des passages plus mélodiques. Dans leurs albums de la fin des années 2000, ils exploraient même des teintes bluesy. Avec “Trembling Level”, sorti en janvier 2025, ils reviennent après 15 ans d’absence et annoncent un nouvel album. Le morceau est exactement ce qu’on espérait d’eux : guitares anguleuses, atmosphère trouble, textures dissonantes et la voix de bûcheron de Jeremy McKinnon. Le refrain mêle mélodie et tension, montrant une belle maîtrise des dynamiques.
Loathe – Le groupe anglais, à mi-chemin entre metalcore, shoegaze et indus, a sorti “Gifted Every Strength” en mai — leur premier morceau depuis trois ans, annonçant une nouvelle ère et un album prévu fin 2025. J’étais passé à côté jusque-là, mais leur morceau précédent “Dimorphous Display” m’avait complètement accroché en 2022, ce qui m’avait fait me pencher sur leur album précédent, et ce nouveau single retrouve cette même énergie : une intro atmosphérique aux synthés vaporeux qui débouche sur des cassures brutales et un mur de guitares écrasantes, avec une prod monstrueusement puissante.
Squeaky Feet – Groupe de jam prog venu du Colorado, ils ont sorti “The Detective” en ouverture de leur tournée printanière 2025, puis “Irish Goodbye”, annonçant l’album Overview Effect, prévu pour le 10 octobre 2025. Les deux morceaux sont de superbes hommages au prog rétro, boostés par des riffs heavy et une rythmique musclée qui leur donnent un vrai mordant moderne. Je conseille le groupe Moon Letters qui vient de sortir un très bon album dans le genre, les 2 groupes pouvant être rapprochés de Beardfish .
Psycroptic – Clairement le titre le plus extrême de cette liste. Le groupe australien de death technique a balancé “Architects of Extinction” fin mai via Metal Blade Records. Un morceau ultra-efficace, avec ces riffs staccato frénétiques dont ils ont le secret. Le guitariste est, selon moi, l’un des meilleurs du genre, et ce morceau est une nouvelle leçon de brutalité accrocheuse.
Our Oceans – Le trio néerlandais a dévoilé son single “Golden Rain” en juillet 2025, prélude à leur album Right Here, Right Now prévu plus tard dans l’année. Leur son mêle post-rock vaporeux et une voix très influencée par Jeff Buckley. Ici, le ton est plus lumineux et direct que par le passé, tout en gardant une écriture élégante et chargée d’émotion. Le chant de Tymon Kruidenier plane au-dessus d’une rythmique nerveuse, entre un batteur frénétique et un bassiste hyper mélodique.
Karnivool – Les Australiens sont de retour avec “Drone”, sorti fin juin, leur premier titre depuis quatre ans. Avec seulement trois albums en 20 ans, Karnivool est devenu un pilier du prog moderne. Ce nouveau single débute dans une ambiance presque stoner avant d’exploser dans une tempête de riffs complexes, de mélodies envoûtantes et la voix toujours aussi reconnaissable d’Ian Kenny. Si l’album entier est à ce niveau, ce pourrait être leur meilleur à ce jour.
Psychonaut – Le trio belge de post-metal psyché a sorti “Endless Currents” plus tôt cette année, puis “Stargazer” fin juillet, en amont de l’album World Maker prévu le 24 octobre 2025. Deux morceaux puissants, profondément émotionnels, qui placent Psychonaut à l’avant-garde d’un heavy progressif à forte résonance spirituelle.
Hail The Sun – Le groupe de post-hardcore expérimental a dévoilé “The Drooling Class” fin juin, annonçant un septième album déjà terminé. Le morceau alterne riffs dissonants, ruptures de tempo et éclats mélodiques, porté par la voix aiguë et expressive de Donovan Melero, qui évoque l’emo dans ses envolées. Ce style ne plaira pas à tout le monde — même les amateurs de prog pourront être déstabilisés — mais ceux qui adhèrent à leur intensité dramatique y trouveront une énergie débordante.
Between the Buried and Me – Les vétérans du metal progcore sont revenus le 12 juin 2025 avec “Things We Tell Ourselves in the Dark”, premier extrait de l’album The Blue Nowhere, attendu pour le 12 septembre. Fidèles à eux-mêmes, ils proposent un collage audacieux entre funk, synthés 80s, et passages ultra heavy. Un second single, plus agressif, est venu ensuite, intégrant même des accents rock sudiste. Comme toujours avec BTBAM, l’album promet d’être une odyssée imprévisible et dense.
Holy Fawn – Le groupe shoegaze/post-metal d’Arizona a sorti un single autonome “Beneath A Lightless Star” le 28 mai 2025, tout en tournant aux États-Unis avec Rivers of Nihil (groupe pourtant assez éloigné musicalement). C’est leur morceau le plus sombre et intense à ce jour, alternant nappes éthérées et riffs lourds et grondants. Même si aucun album n’a encore été annoncé, ce titre donne le ton pour un projet à venir profondément émotionnel.
Textures – Les vétérans néerlandais du metal prog ont signé leur retour en juin 2025 avec “Closer to the Unknown”, leur premier morceau depuis des années, publié via Kscope. Je les avais vus en live l’an dernier sans imaginer qu’un nouvel album était en préparation. Le morceau est propre, fidèle à leur son, mais un peu trop sage à mon goût — loin du chaos contrôlé ou des expérimentations jazz/fusion qu’on leur connaît. Espérons que l’album aille plus loin.
Kayo Dot – Groupe culte de l’avant-garde, Kayo Dot a dévoilé deux singles en 2025 avant la sortie de leur onzième album Every Rock, Every Half‑Truth Under Reason, paru le 1er août. Le premier, “Oracle by Severed Head”, propose un tourbillon sonore : guitares, bois, cuivres, microtonalités et chaos organisé. Le second, “Closet Door in the Room Where She Died”, mis en ligne en juillet, est plus spectral, avec une narration parlée et un fond de cordes et de drones. C’est déroutant, parfois on dirait que chaque musicien joue son propre morceau, mais le tout forme un objet d’une beauté étrange et insaisissable.
Challenger Deep – Groupe instrumental d’Atlanta, à la croisée du math-rock, prog et post-metal. Ils ont sorti “Highly Dubious”, cinquième extrait de l’album Point of No Return prévu pour août 2025. D’autres morceaux — “Scavenger”, “Shimmer”, “The Cruelty of Fangs” — ont précédé. Le groupe allie technicité, lourdeur et fluidité mélodique dans ce qui s’annonce comme l’un des albums instrumentaux les plus ambitieux de l’année.
Artificial Language – Ce sextet de metal progressif cinématique a sorti le single “Trauma” fin 2024, marquant un retour en force après l’EP Distant Glow. Le morceau est dense, dramatique, porté par la voix théâtrale de Shay Lewis. Aucune annonce officielle d’album, mais tout porte à croire qu’un nouveau disque se prépare. Les fans de Aviations, Periphery, Leprous, Native Construct, Caligula’s Horse et Haken (donc moi) devraient y trouver leur bonheur.
URNE – Le groupe londonien de sludge/prog metal a sorti “Harken the Waves” début 2025, avec Troy Sanders (Mastodon) en invité au chant. Ce titre prolonge la démarche de leur album acclamé A Feast on Sorrow (2023), produit par Joe Duplantier de Gojira. Le morceau mêle mélodies envolées, riffs écrasants et narration poignante — un excellent présage pour un prochain album aussi intense émotionnellement.
Car Bomb – Le groupe de mathcore est revenu en 2025 avec deux titres fracassants : “Paroxysm” et “Blindsides”, premiers morceaux depuis Mordial (2019). Leur recette est intacte : chaos rythmique, textures denses, ruptures violentes et… chant clair bien placé sur “Blindsides”. Ce n’est pas nouveau chez eux, mais rarement aussi réussi. Leur nouvel EP Tiles Whisper Dreams est attendu pour le 1er août.
Deftones – De retour en juillet 2025 avec le single “My Mind Is a Mountain”, leur premier morceau depuis cinq ans. Riffs lourds, nappes shoegaze, touches industrielles… la chanson incarne parfaitement l’évolution du groupe à travers les décennies. Leur dixième album Private Music sortira le 22 août 2025.
Mangrove – Un jeune groupe underground venu du Québec que j’ai découvert récemment. Formé en 2023, ils mélangent djent, théâtralité et atmosphères inquiétantes. Leurs singles “Hellish Bloom” et “CIRCUS” sortis en 2025 montrent un vrai potentiel : un son intense, glitché, contrasté, et une belle ambition conceptuelle pour un premier album.
Artificial Language
EchoesInTime
il y a 1 anSuper sélection ! Ça fait plaisir de voir autant de styles representés. Perso, je suis particulièrement hypé par le retour de Poison the Well (15 ans d’attente c’est fou!) et curieux de ce que Karnivool va proposer.
2025 sannonce effectivement énorme!
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