Groupe formé au tout début des années 90, Big Big Train fait partie pour moi de ces noms croisé depuis longtemps dès qu’on parle de Rock progressif, mais sans jamais vraiment m’y attarder. J’avais certes écouté quelques morceaux par-ci par-là mais je n’avais jamais totalement accroché à leur univers. Et puis arrive ce nouvel album Woodcut dont les premiers singles m’ont tout de suite accroché.
On parle ici d’un Prog Rock énergique, ample, richement arrangé, mais dénué de toute tentation réellement métallique, Big Big Train est considéré comme le plus grand représentant du Prog des années 90, justement dans une époque où le genre était devenu plutôt confidentiel, après la période faste des 70s puis 80s (Genesis, Yes). Ce sera avec la montée en puissance de Dream Theater que le genre reprendra, et la musique de Big Big Train glisse parfois vers l’emphase Heavy de ces derniers (un registre qui me parle moins personnellement), mais avec retenue et justesse, et dans un registre qu’on ne peut pas qualifier de Metal globalement.
Ce qui frappe surtout, c’est la qualité des mélodies. Certaines lignes vocales et la présence marquée du violon insufflent une coloration folk, presque traditionnelle par moments, renforçant ce côté pastoral typiquement britannique que le groupe cultive depuis sa “renaissance” de 2009 avec l’album The Underfall Yard qui est considéré comme leur grand retour. On comprend pourquoi ils sont souvent considérés comme les porte-étendards du renouveau prog anglais.
Je suis personnellement très fan du groupe norvégien Wobbler et on peut clairement les placer dans une scène commune, avec d’autres groupes nordiques comme Änglagård, Anekdoten ou Moon Safari.
Le contexte autour de ce disque donne également une profondeur particulière à l’écoute. Le groupe a subi le décès brutal de son chanteur David Longdon fin 2021, laissant la formation dans une position délicate.
Plutôt que de s’arrêter, le groupe a choisi de continuer en recrutant Alberto Bravin, ancien chanteur du groupe italien Premiata Forneria Marconi avec qui ils enregistrent The Likes Of Us il y a 2 ans, et ce Woodcut qui franchit clairement un cap.
C’est un album conceptuel assez long, avec 16 morceaux,.Woodcut s’inspire d’une visite à Oslo où Bravin et Greg Spawton ont été marqués par les gravures sur bois d’Edvard Munch (artiste surtout connu pour sa peinture « Le cri »). Le disque raconte l’histoire d’un artiste qui pénètre dans le monde qu’il grave, explorant les tensions entre beauté et obscurité, création et introspection. Les morceaux s’enchaînent sans interruption, formant une œuvre continue d’environ 66 minutes, pensée comme une suite en deux grands mouvements.
L’un des points forts majeurs réside dans le travail véritablement collectif. L’approche est plus chorale que jamais : chaque musicien apporte une couleur spécifique. Des instruments à vent (flûte, trompette, clarinette) enrichissent la palette sonore, déjà développée grace au violon de Clare Lindley, membre à part entière du groupe, comme sur « The Sharpest Blade », probablement l’un des sommets émotionnels du disque.
Woodcut s’impose ainsi comme un album des plus aboutis qui j’imagine ne pourra que plaire aux anciens fans de Big Big Train. Pour ma part, en tant que nouvel amateur, cet album me convainc pleinement et me réconcilie avec ce nom que je connaissais depuis longtemps sans jamais vraiment m’y pencher. Il me donne désormais envie de replonger sérieusement dans leur discographie passée — et c’est sans doute le meilleur compliment que l’on puisse faire à un seizième album studio.
Big Big Train
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