Sunn O))) + Eagle Twin – 06 février 2010 – Point Éphémère – Paris

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Annee de sortie: 2010

Pour la quatrième prestation de Sunn O))) que j’ai eu le plaisir de voir, de sentir et d’entendre, ce fut de nouveau sur la scène du Point Ephémère que le spectacle prit place. Là même où j’avais assisté pour la première fois à une performance du duo accompagné de Malefic de Xasthur, d’un inconnu aux machines et d’un autre au trombone.

Eagle Twin eu la tache d’ouvrir le bal avec sur leurs larges épaules de barbus la réputation d’un premier album aux dimensions cosmiques si l’on en croit la parole des magazines Terrorizer et Rock a rolla. Guitare en alluminium et amplis sunnO))) (la marque, pas le groupe, bien que les deux se confondent presque maintenant) reliés à deux têtes d’amplis Orange, le combo gagnant est réuni de ce côté-là. Du point de vue de la performance, c’est une forme de doom complexe et écrasant qui assaille les tympans et se passe très bien de l’absence de basse grâce à l’imposante présence d’un batteur dont le jeu, tout en finesse et en puissance, aspire l’attention. Quarante minutes de musique sans interruption suffise à convaincre que le potentiel est non seulement là mais que le groupe déploit déjà assez de talent pour mériter tout le bien que l’on a pu en dire. Ce qui, au regard des articles dithyrambiques auxquels ils ont eu droit, n’est pas rien. Loin s’en faut. Quatre, cinq ou six morceaux furent joués, je n’en ai aucune idée. En revanche, acquérir leur album est devenu une idée fixe.

Puis, le culte du soleil (et des amplis du même nom) se prépare, s’affairent sur la scène des roadies dont l’un porte fièrement un tatouage Retour vers le futur sur le bras. Une fois la lumière éteinte, la musique annonçant le début du rituel retentit et il faudra atteindre une bonne dizaine de minutes avant que des figures encapuchonnées dans des robes de bure apparaissent à travers le mur de fumée.

Le spectacle commence d’abord dans un drone tout à fait primitif et étouffant. Les deux guitares massent le public tandis que le délégué aux effets sonores et au clavier se fait entendre progressivement. Un mouvement d’une dizaine de minute suivi d’un second percé de mélodies jouées à la guitare par Greg Anderson (O’Malley étant à la basse) jusqu’à ce qu’Atilla Csihar, des légendaires Mayhem se place de dos devant son micro. Tout de noir vétu, il est révêtu d’une robe de grand-prêtre ne laissant apercevoir que son visage quand le projecteur l’éclairent d’une lumière verte fantomatique. Les phrases qu’il récite sont toutes en anglais et glissent doucement de ses lèvres pour accompagner les lents mouvements des guitares. A la fois un élément narratif et purement sonore, Csihar n’est pas seulement un invité mais un membre à part entière du groupe et de l’expérience.

Progressivement, la musique prend alors une tournure beaucoup plus religieuse. Plus les paroles s’effacent pour être remplacés par un long drone vocal, similaire au son d’un didgeridoo, et plus l’appellation de culte ne devient plus une hyperbole mais une réalité. Les vocalises font évidemment penser à la culture aborigène dont le duo Anderson et O’Malley s’inspirent déjà en prenant le rôle de chamans venus filtrer le son des amplis à l’aide de leur propre corps (à l’instar du processus de purification au peyotl appliqué par les chamans où la drogue rituelle est consommée avant que les initiés ne boivent l’urine de ceux-ci afin de ne pas subir tous les effets de ce puissant hallucinogène). L’intonation de Csihar permet à la frontière d’être alors totalement franchie pour créer un amalgame entre une atmosphère pieuse pervertie par le black metal et l’avant garde. Le seul sacrifice demandé est celui des tympans et de l’énergie des participants volontaire car la messe durera plus d’une heure quarante-cinq au total.

Il est donc bien évident que chaque instant de la performance ne sera pas absolument parfait. Le dernier volet de la soirée sera même d’abord introduit par un long passage noise, comparable au travail de Wolf Eyes, laissant penser à une conclusion, avant qu’Attila ne revienne revêtu d’un costume couvert de plaques de verre. Auparavant il s’était recouvert le visage d’un masque laissant à penser à un masque de cire fondu. Une figure cauchemardesque que Stephen O’Malley lui avait tendu tandis que le grand prêtre de cérémonie poussait un cri terrifiant tout en recevant cet artefact.

Toutefois, revêtu de sa dernière tunique, il endossera le rôle d’un christ noir venu bénir les foules grâce à des rayons lasers accrochés au bout de chacun de ses doigts. Mais, avant de communiquer au public tout son pouvoir par la puissance de la lumière, il devra d’abord recevoir, cette fois des mains de Greg Anderson, une « couronne d’épines » faites de larges morceaux de verre enchâssés sur un cercle. Le visage recouvert par le même masque de cire qu’il a revêtu lors de sa première transformation, ses traits ne se distinguent pratiquement plus, de même que ceux d’Anderson et d’O’Malley dont seuls des poils de barbe s’extraient de leurs capuches.

Venu soutenir leur dernier album, célébré par la critique, le quatuor ne s’est soumi à aucune règle en agissant comme à l’accoutumée. Ce ne fut donc pas une reproduction, même partielle, de cet album mais une performance, à mi-chemin entre l’improvisation et la représentation millimétrée (j’en veux pour preuve les quelques moments où les musiciens s’arrêtent en même temps ou les signes que faisait O’Malley à Csihar en le tapant sur l’épaule), passée sous le filtre des enseignements apportés par les collaborations de ce dernier album. Les concerts de SunnO)) se suivent mais ne se ressemblent pas. Alors que leur concert à Villette Sonique en ouverture de The Jesus Lizard était une célébration de la naissance de l’univers, le quatuor fait maintenant évoluer sa musique de plusieurs milliards d’années pour revenir à l’essence même des cultes et du religieux. Sans avoir de dieu à prier, les fidèles se réunissent pour partager un moment de communion intérieure dans une atmosphère recueillie et propre à l’entrée dans une transe purificatrice.

Il y aura bien toujours quelques marioles pour crier, faire entendre leur capacité à ne pas vouloir prendre au sérieux ce que l’on leur propose. Le cirque habituel des concerts de SunnO))) toujours suivis d’une procession vers la sortie quand ils se rendent compte qu’ils n’ont rien à gagner mais tout à donner pour pouvoir accéder à l’essence de cette performance. L’église du grand soleil vient de poser une nouvelle pierre à son évolution avec une performance fantastique et unique. Mon impatience me dicte déjà de m’interroger sur la suite des évènement mais si le spectacle devait en rester là, il n’en serait pas moins imposant.

Photos de Lucie : http://lucie.inland.free.fr

Chroniqueur

Mathieu Lubrun

Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

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Commentaire

  1. jonben jonben says:

    Crédits photos ajoutés à l’article.

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