Urfaust – Der Freiwillige Bettler

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Style: Clodo Black Metal / AtmosphériqueAnnee de sortie: 2010Label: Ván Records

Après cinq années durant lesquelles ils nous ont livré deux splits (avec The Ruins of Beverast et Joyless) et deux EP (Drei Rituale Jenseits Des Kosmos cf chronique et Der Einsiedler), les néerlandais d’Urfaust signent leur très attendu retour au format album.

L’objet est sobre, sans fioritures: layout simple, livret dans les tons noir & blanc, bref, ça reste raisonnable mis à part quelques photos un peu kitsch. La question qui trotte dans l’esprit de tout amateur d’Urfaust ne sera donc pas visuelle mais plutôt auditive: quid du son sur cet album? Après les incursions sonores plus travaillées et plus ambiancées des EP, sont-ils revenus à leur griffe caractéristique de black métal dégueulasse servi sur lit de braillements alcoolisés?

Comme toujours, Urfaust ne fait pas de compromis. Ils se caractérisent dès la pochette sur l’arrière de laquelle on peut lire « Ritual Music for the True Clochard ». Clodo black metal, donc? Certainement, oui. Mais moins qu’avant. Der Freiwillige Bettler garde les bases des deux albums précédents mais y ajoute une certaine retenue acquise dans les expérimentations sonores des EPs. Fini les envolées lyriques grandiloquentes et les plages ambiantes dépouillées en boucles, Der Freiwillige Bettler sonne comme un Urfaust « mature » même si l’on regrette le feeling guerrier présent sur les anciens albums qui donnait envie d’enfourcher un destrier cradingue et de s’époumoner en sirotant une Koenigsbier chaude et mousseuse.

L’album commence quasiment in medias res avec un riff de guitare aussi dynamique qu’accrocheur que vient rapidement souligner un chant qu’on pourrait qualifier d’assez mélodieux, suivi en milieu de morceau d’un vieux clavier aux sonorités poussiéreuses qui donne bien le ton et que l’on retrouvera tout au long de l’album. Si Der Freiwillige Bettler commence sur un hymne, il ne perd néanmoins pas en puissance sur le titre éponyme, deuxième morceau de l’album. Ce titre rampant et mid-tempo contraste avec le premier en termes d’énergie mais il est si prenant avec ses vocaux incantatoires, ses nappes d’ambiance et sa batterie assénée comme autant de coups de marteau pesants, qu’il garde l’auditeur dans la même atmosphère même si la forme est bien différente. Le clavier inquiétant et passéiste qui finit seul le morceau offre une transition parfaite avec le titre qui est pour moi le point d’orgue de l’album: « Das Kind mit dem Spiegel ».

Cet enfant au miroir, sorti tout droit d’un conte poisseux, attaque l’auditeur avec un riff plutôt direct et rythmé. Il se fait ensuite plus rampant et plaintif avec l’arrivée du clavier avant la fin de la première minute, arrivée qui prépare progressivement l’oreille du profane à la montée du chant. L’enfant vous soufflera ainsi dans les tympans avec une voix mi-possédée mi-démente, toujours sur cette même diction teintée d’ébriété tandis que la ligne de clavier entêtante et répétitive viendra vous hanter. Après ce troisième morceau, vous êtes prisonnier de l’album comme vous le seriez d’un cauchemar récurrent.

Coupure nette, puis pour le quatrième titre la basse se fait plus lourde, les guitares plus légères et plus lentes et c’est la voix qui cette fois-ci se fait fantôme planant au dessus du morceau telle une âme qui crierait à l’unisson. Cette basse à la fois lancinante et mélodieuse qui prend de l’envergure vers la fin de « Der Mensch, die kleine Narrenwelt » se retrouve complètement assourdie sur « Ein Leeres Zauberspiel », titre au format plus court qui rappelle beaucoup plus les anciens morceaux du duo néerlandais, et notamment les hymnes de l’excellent Verräterischer, Nichtswürdiger Geist, tant en termes de composition que de son un peu plus cru. Les cymbales incisives viennent souligner une guitare guerrière et un chant plus défini et belliqueux.

La transition est encore une fois sans appel et l’album reprend son côté insidieux et plaintif en attirant l’auditeur à l’aide d’un duo batterie-clavier exécuté de façon lente et lourde et en le laissant s’enliser dans le titre. « Der hässlichste Mensch » est sans conteste le morceau le plus organique de l’album: la batterie prend rapidement la forme d’un rythme cardiaque fragile et irrégulier tandis que le pôle guitare-basse-clavier se fend de tonalités sifflantes figurant une respiration de plus en plus difficile. Véritable descente aux enfers musicale, ce titre étouffant ne marque pourtant pas la fin du calvaire volontairement infligé à l’auditeur. Le chant des sirènes vient au cours de la dernière minute avec des envolées vocales mélodieuses invitant le pauvre hère à accepter la fatalité de son sort avant de se voir asséner le coup de grâce avec le magnifique « Der Zauberer ». Batterie un peu plus rythmée mais toujours plus frappée  que jouée, mélodie principalement construite à l’aide d’un clavier mélancolique, guitare qui monte en puissance sur la fin et chant arraché avec des pointes dignes des plus belles envolées des albums précédents, voilà ce qu’a ce titre final dans les tripes.

C’est ainsi qu’Urfaust met les points sur les I. Ils ont su évoluer musicalement pour nous livrer cet album malsain et envoûtant tout en gardant leur personnalité. Le seul regret qu’on puisse avoir est le propos parfois moins pugnace remplacé par un côté plus glauque et ensorceleur.

Tracklist:

1. Vom Gesicht und Rätsel (8:09)
2. Der freiwillige Bettler (7:57)
3. Das Kind mit dem Spiegel (5:41)
4. Der Mensch, die kleine Narrenwelt (7:34)
5. Ein leeres Zauberspiel (3:55)
6.  Der hässlichste Mensch (4:38)
7.  Der Zauberer (7:54)

Chroniqueur

Ennoia

Amatrice de chats, de zombies, de littérature, de black metal en particulier et surtout de musique en général.

Ennoia a écrit 34 articles sur Eklektik.

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2 Commentaires

  1. guim says:

    Chronique pertinente, je suis en osmose. héhé

  2. Superbe chronique pour le meilleur album d’Urfaust !
    Perso je ne regrette rien dans leur évolution, tout est mieux qu’avant, à l’image des 2 derniers EP.
    Un indispensable des musiques sombres et expérimentales, amen :-)

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