J’avais déjà croisé le nom d’Ihlo, groupe écossais de djent souvent rapproché des poids lourds du genre (Periphery, Monuments, Tesseract). Pourtant, leur approche se distingue : là où d’autres privilégient la démonstration rythmique et les riffs saccadés, Ihlo mise davantage sur l’émotion, multipliant les textures ambiantes et intégrant des influences pop et électroniques.
Avec Legacy, leur deuxième album, le groupe revient six ans après le premier, Union. On sent immédiatement que l’écriture collective a mûri : la production est impeccable, le rendu global bien plus professionnel que sur le premier disque, qui portait encore les marques d’une autoproduction.
J’avais apprécié Union sans qu’il me laisse un souvenir durable. Legacy, lui, confirme les forces et les limites du groupe. Le rapprochement avec Tesseract reste évident : Ihlo en propose une déclinaison plus accessible, moins centrée sur le djent pur et ses polyrythmies héritées de Meshuggah, plus tournée vers un rock progressif teinté de claviers et de refrains accrocheurs. Le chanteur, d’ailleurs, adopte souvent des intonations qui rappellent fortement Daniel Tompkins de Tesseract.
On pense aussi à Caligula’s Horse, mais en version plus synthétique, tant la musique est chargée en sonorités électroniques et en effets sur les guitares. C’est un choix esthétique qui divisera : personnellement, je suis peu réceptif aux sons trop typés techno/electro ou aux nappes artificielles, préférant des claviers plus organiques à la façon des années 70, ou des atmosphères cosmiques comme chez Fallujah ou The Faceless. Heureusement, ces textures ne dominent pas tous les morceaux, même si elles restent présentes en filigrane tout au long du disque.
Côté titres marquants, « Empire » ouvre les hostilités avec un tempo entraînant mais chargé de tension sombre ; « Replica » illustre la capacité du groupe à varier dynamiques et ambiances ; « Mute » réussit bien son orientation pop/rock atmosphérique. Enfin, l’album se clôt avec « Signals », une pièce de plus de dix minutes qui synthétise tout ce que fait Ihlo de mieux : transitions fluides, alternance de puissance et de lyrisme, émotion palpable — un choix très « prog ».
Sur le plan de l’écriture et de la structuration des morceaux, Ihlo se situe clairement au-dessus du lot. Legacy est un album peaufiné, où chaque détail semble réfléchi. Même si je ne suis pas entièrement convaincu par leurs choix esthétiques, difficile de nier la qualité du travail accompli. Entre envolées techniques et paysages sonores ambitieux, Ihlo signe un disque qui confirme leur potentiel et s’impose comme une belle contribution à la scène prog moderne.
Ihlo
Soyez le premier à partager votre avis !
Laisser un commentaire