Bathory – Under the Sign of the Black Mark

3 Commentaires      3 513
Style: Black metalAnnee de sortie: 1987Label: Black Mark Production

Même si on ne présente plus Bathory, le troisième album du projet, monstre sacré d’une discographie pourtant fournie, mérite encore toute notre attention près de quinze ans après sa sortie.

Under the Sign of the Black Mark commence sur le traditionnel sample de vent sur lequel vient se greffer une mélodie de moins en moins lointaine. Passée l’intro plutôt ambiante, Quorthon rentre dans le vif du sujet. « Massacre » pose le ton de manière agressive et directe, non sans rappeler l’album The Return sorti deux ans auparavant. Cependant, avec « Woman of Dark Desires », ode à Elizabeth Bathory, notre ami suédois va plus loin. Il maintient ce son si particulier entre les guitares incisives aux rythmiques presque thrash et la batterie garage qui sont les apparats de la première vague black metal mais il y apporte une écriture plus travaillée et une structure cadrée couplet-refrain qui n’enlève rien au feeling black crado mais tellement classe qui perdure tout au long de l’album. On peut noter également la présence de mini soli bien sentis et toujours à propos qui viennent vous piquer les tympans et souligner les changements de rythmique.

« Call from the Grave » ne relâche pas vos tripes qui ont déjà été agrippées et tordues dans tous les sens depuis le premier morceau. On suit la thématique de la descente ici. Bathory nous invite à descendre aux enfers, mais que l’on se le dise, votre descente aux enfers se fera sur un tapis de velours. Velours crade et miteux certes, mais velours quand même. Sur ce morceau, les vocaux caractéristiques de Quorthon prennent une dimension incantatoire soulignée en milieu de morceau par une guitare plaintive mais extrêmement jouissive par dessus laquelle une variation sur la « Marche Funèbre » de Chopin émerge en puissance. Ce qui est fort avec ce titre, c’est qu’on ressent à la fois la haine, l’enfermement et les cris arrachés et lointains de Quorthon qui sortent comme de votre propre gorge mais le tout reste empreint d’une élégance exceptionnelle.

« Equimanthorn » et « Enter the Eternal Fire » viennent ensuite compléter le cœur de l’album, nous fournissant ainsi une succession de quatre des meilleurs morceaux de Bathory. « Equimanthorn » est un excellent morceau exutoire, sous-tendu par un feeling black primitif et une basse très présente. Une fois de plus on est ensorcelé par les rythmiques et riffs très catchy et on ne peut s’empêcher de s’époumoner à l’unisson sur le refrain  » E-QUIMAN-THORN!!! « . Le début d’ « Enter the Eternal Fire » vient ensuite vous porter le coup de grâce. Il fait partie de ces débuts de chansons qui vous collent encore le frisson après 200 écoutes. Entre la grosse guitare rythmique bien burnée et les petits arpèges aguicheurs, vous vous faites transporter dans la chevauchée qu’est ce titre. « And he calls my name […]And he wants me to follow And to enter the eternal fire« . Ce refrain pourrait sans conteste symboliser l’esprit de l’album. Le clavier en fin de titre porte la chanson à son paroxysme, entre mélodique et violent, le classieux qui vient masquer l’odeur de charnier. On assiste ici à l’écriture du black metal-même.

Le court « Chariots of Fire » garde toute l’énergie dans une veine plus classique – bien que tout aussi jouissive. « 13 Candles » vient ensuite vous susurrer à l’oreille une version obscure de l’annonciation sur un mid-tempo toujours bien black emporté par la diction prophétique et enchanteresse de Quorthon. Et pour finir en beauté, « Of Doom » reprend le ton plus direct et vient préfigurer des monuments tels que le « Dies Irae » de l’album suivant, Blood Fire Death. Son fade out nous guide jusqu’à l’anecdotique outro d’outre-tombe.

Under the Sign of the Black Mark est un album empreint d’émotion et de violence. Il ne vous laisse pas une seconde de répit du début à la fin. Il est à ranger aux côtés des albums qui vous laissent toujours le même feeling au fil du temps et qui peuvent vous accompagner dans n’importe quelle humeur et à n’importe quel moment de votre vie. Au delà du fait qu’avec cet album-là Quorthon a écrit une page de l’histoire musicale, il n’a pas la dimension froide et écrasante des albums « mythes ». C’est un disque personnel et intimiste, avec autant de bons riffs qu’il est souhaitable d’en ingérer. Une véritable perfusion de black non dilué, à consommer sans aucune modération.

Tracklist:

1. Nocternal Obeisance (1:28)
2. Massacre (2:38)
3. Woman Of Dark Desires (4:06)
4. Call From The Grave (4:53)
5. Equimanthorn (3:41)
6. Enter The Eternal Fire (6:57)
7. Chariots Of Fire (2:46)
8. 13 Candles (5:17)
9. Of Doom (3:44)
10. Outro (0:25)

Chroniqueur

Ennoia

Amatrice de chats, de zombies, de littérature, de black metal en particulier et surtout de musique en général.

Ennoia a écrit 34 articles sur Eklektik.

Up Next

Vous pourriez aussi apprécier

3 Commentaires

  1. guim says:

    Godspeed !
    Quorthon parlait de la fin des années 80 comme d’une période où ses batteurs étaient complètement fans de Manowar, imagerie et musique, c’est ce qui introduit les premières transformations chez Bathory. Beaucoup plus chaud, avec des solis touche manche qui catapultent les morceaux dans des strates plus mélodiques et épiques, production typique de l’époque de surcroit qui lui donne une empreinte spéciale. Les morceaux de cet album comptent parmi les meilleurs du groupe, très bonne chronique !

  2. « On assiste ici à l’écriture du black metal-même. »

    J’ai aimé lire cette phrase qui résume bien ce que je pense de ce chef d’oeuvre intemporel. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici, on passe du proto-black (venom, hellhammer, sodom, sepultura etc) au véritable black metal sur cet album historique. Ni plus ni moins. S’il devait rester un seul album de black metal, ce serait lui sans hésitation aucune.

    Même nos chers amis de Darkthrone ont fait un hommage au superbe « to enter the infernal fire » avec leur piteux « to walk the infernal fields », qui reprend la même rythmique et les mêmes structures, le talent, la spontanéité et les ambiances en moins bien entendu. On se fait autant chier en écoutant ce titre des norvégiens que le suédois éveille la bête en nous sur son 3ème et assurément meilleur opus.

    RIP

  3. Angrom angrom says:

    Ca fait longtemps que je l’ai écouté, mais à une époque j’étais assez fan de cet disque, ainsi que des deux suivants. Il faudrait que je m’y remette

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *