Dispirited Spirits – Winds Wept

Dispirited Spirits – Winds Wept

jonben
jonben
Auteur
25 novembre 2025
il y a 10 mois
13,818 vues
Année de sortie
2025
Note
Ce projet d'un jeune multi-instrumentiste portugais explore des sonorités variées mêlant art rock, prog moderne et emo, et propose une écriture audacieuse sans couplets ni refrains, intégrant des arrangements riches et cinématographiques, tout en naviguant entre douceur et tension.
Dispirited Spirits – Winds Wept

Il y a deux ans, The Redshift Blues révélait un jeune multi-instrumentiste portugais à l’univers étonnamment mûr, naviguant entre art rock, prog moderne et éclats emo. Avec Winds Wept, Dispirited Spirits ne se contente pas de poursuivre la formule : il la déploie, la tord, l’étire, l’enrichit. On retrouve cette même sensibilité mélancolique, porté par un songwriting plus fluide, aventureux, assuré.

Dès les premières minutes, on comprend que l’on ne va pas avoir droit à de simples variations sur un thème. La guitare en tapping évoque bien sûr la scène midwest emo — Tiny Moving Parts ou American Football dans l’esprit — mais l’album refuse aussitôt de se laisser enfermer. Les éclats post-hardcore et les cris rageurs apparaissent comme des fractures naturelles, jamais forcées, et rappellent parfois la tension quasi cathartique d’Envy. À l’inverse, les passages les plus doux flirtent avec l’indie atmosphérique d’un Foxing, voix fragile incluse, cette fragilité adolescente qui porte une partie de l’émotion du disque.

Mais Winds Wept impressionne surtout par son écriture : pas de couplets, pas de refrains, mais des pièces à progression linéaire, menées comme des récits, glissant d’un univers à un autre sans jamais se perdre. On pense évidemment à The Dear Hunter pour ce goût du format long et sinueux, et à Porcupine Tree pour la manière d’imbriquer douceur, tension et clarté mélodique sans perdre le fil. Ou même à Martin Grech (et son génial Hush Mortal Core de 2020) mais comme si Dispirited Spirits en retenait la sensibilité artisanale, les textures soyeuses, la précision ciselée, tout en évacuant la noirceur poisseuse.

Et puis il y a ces choix d’arrangements, déjà marquants sur l’album précédent : cordes, saxophone, contrebasse… tout revient, mais mieux intégré encore, donnant une profondeur presque jazz à certains interludes. La présence de dialogues de films renforce le caractère cinématographique du disque, à la manière du regretté groupe français Microfilm, sans que cela prenne jamais le pas sur la musique elle-même.

Les morceaux dépassent souvent les huit minutes, deux franchissent même la barre des dix : le format est ouvertement progressif, assumé, jamais gratuit. “Irythill”, par exemple, débute sur des blasts presque black metal avant de retomber dans des nappes mélancoliques où sax et guitares claires semblent flotter au-dessus du morceau. L’ensemble pourrait facilement devenir bancal, mais tout s’emboîte avec un naturel désarmant pour un projet intégralement solo.

Winds Wept confirme donc ce que The Redshift Blues laissait entrevoir : Dispirited Spirits n’est pas seulement un jeune prodige prometteur, mais un véritable créateur d’univers. Un rock protéiforme, toujours en mouvement, où prog, emo, jazz et post-hardcore se croisent sans hiérarchie. Peu d’artistes osent aujourd’hui sortir autant des cadres sans s’y perdre. Lui y trouve une voix. Une belle, fragile, ambitieuse voix.

Artistes / Groupes

Genre selon le Chroniqueur

Art Rock

Famille/Genre

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Krakoukass et moi avons fondé Eklektik en 2004, peu après mon installation à Paris, à la suite de la disparition du webzine dont le forum avait été notre terrain d’échanges. Avec des parcours musicaux proches, entre rock et metal, nous partagions le goût de l’ouverture et de la découverte permanente de nouveaux sons. Au fil du temps, mes goûts se sont affinés : je m’intéresse surtout aux groupes et styles des années 90 à aujourd’hui, avec une touche de 70s. J’ai longtemps profité des concerts parisiens et des festivals européens, et j’ai également joué de la guitare plusieurs années au sein d’Abzalon. Mes terrains de prédilection restent le metal/hardcore, le death technique, le sludge/postcore et le rock/metal progressif, avec des escapades régulières du côté du jazz fusion et du funk.

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