Il y a des noms qui réveillent instantanément des souvenirs de genèse musicale. Pour moi, Wolverine est de ceux-là. C’est clairement un groupe qu’on peut relégué au rang de « second couteau » de la scène Metal Progressif, il occupe pourtant une place spéciale dans mon parcours : je découvrais leur album The Window Purpose (2001) quand mon intérêt pour le genre est né (par Pain of Salvation surtout). À l’époque, ils offraient une alternative vibrante au Pain of Salvation de la grande époque, dans une veine plus sobre, un Metal Alternatif teinté de progressif.
Après un Still (2006) encore très solide, j’avoue avoir perdu de vue les Suédois. Leur évolution vers une musique de plus en plus apaisée, délaissant les textures Metal pour une approche atmosphérique polie, a fini par émousser mon intérêt. J’avais même totalement occulté leur sortie de 2016. C’est donc avec une surprise mâtinée de scepticisme que j’ai vu débouler cet Anomalies en 2026, dix ans après leur dernier signe de vie.
À l’écoute, le constat est clair : Wolverine a définitivement rangé les crocs. On est ici dans une musique mélancolique, à mi-chemin entre le Riverside de Wasteland et les moments les plus calmes de Soen.
L’album a une première moitié laborieuse : L’ouverture « A Sudden Demise » peine à convaincre, avec des refrains étirés qui manquent de relief. La seconde moitié plus inspirée. Paradoxalement, c’est quand le groupe assume son virage électronique que l’intérêt revient. Le titre « Circuits » surprend avec ses accents synthétiques et une trompette inattendue, tandis que le final « Scarlet Tide » offre une belle conclusion atmosphérique.
C’est ici que le bât blesse pour moi. Si certains critiques voient en Stefan Zell un héritier de la pureté d’un Einar Solberg (Leprous), je ne peux m’empêcher d’y entendre un mimétisme avec James LaBrie (Dream Theater). Ce chant lyrique, parfois trop poussé, manque cruellement de la rugosité organique que j’aimais tant en 2001. Cette approche vocale, couplée à une absence quasi totale de riffs marquants, crée un effet « pluie sur une vitre » : c’est joli, c’est hypnotique, mais tout finit par glisser et se mélanger sans laisser de trace durable.
Anomalies est l’œuvre de vétérans qui maîtrisent leur sujet, mais qui ont choisi la zone de confort du « Rock atmosphérique » au détriment de l’énergie Metal. C’est un album honnête, intelligent et bien produit, idéal pour une journée grise. Mais pour ceux qui, comme moi, espéraient retrouver le feu sacré et la tension de leurs débuts, ce retour ressemble davantage à une belle photographie floue qu’à la claque espérée.
Wolverine est toujours vivant, certes, mais il a définitivement troqué sa rage contre une mélancolie un peu trop prévisible.
Wolverine
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