Il aura fallu près de 5 ans aux américains de Genghis Tron pour nous proposer enfin une suite à l’excellent Dream Weapon, l’album de leur retour qui suivait 13 années de silence discographique. On imagine qu’une partie de la raison de cette longue attente tient au fait qu’il n’était probablement pas évident de trouver des créneaux communs avec Tony Wolski (qui rappelons-le fait toujours partie de The Armed) puisque ce dernier reste le chanteur œuvrant sur ce nouvel album, Signal Fire. Changement à noter au sein de l’équipe, l’arrivée de Kenny Szymanski (The Armed également) qui complète le line-up, mais qu’on se rassure on ne déplore aucun changement de cap ou une quelconque « armisation » du son de Genghis Tron.
L’approche musicale n’est pour autant pas strictement identique à celle de 2021, puisque le groupe y apparaît comme plus rageur (sans pour autant atteindre le niveau d’agressivité et de frénésie extrême qui avait cours sur Board Up the House sans même parler des errements – avis personnel – grind des débuts du groupe qui appartiennent au passé) et Tony Wolski qui chantait quasiment exclusivement sur Dream Weapon (avec quelques passages hurlés en fond de mix), se retrouve cette fois dans la position de nous faire apprécier également ses vocaux plus enragés et hurlés, et ce tout au long de l’album et beaucoup plus en avant dans le mix. Il n’est en fait pas rare que les deux approches s’entremêlent avec un chant venant compléter et doubler l’autre pour un résultat évidemment un peu différent de ce que l’on entendait sur le cru 2021.
Est-ce que le retour d’une certaine forme de « colère » a un rapport avec le contexte politique et la situation calamiteuse des Etats-Unis, aujourd’hui bien différente de ce qu’elle était en 2021 ? Il faudra attendre les interviews du groupe pour en juger et confirmer ou infirmer ce qui ne relève pour le moment que de la pure spéculation… Mais quoi qu’il en soit Signal Fire présente au moins cette différence avec son prédécesseur. On retrouve pour le reste cette sorte de metal synthético-futuriste volontiers extremiste et flirtant par moments avec l’indus, faisant la part belle aux instrumentations électroniques, à grand renfort de synthétiseur et de machines globalement toujours très présentes.
Avec une durée de 43 minutes et quelques pour 10 titres, à comparer aux 8 titres pour 45 minutes de Dream Weapon, il est facile de comprendre que le groupe propose une approche un peu plus directe et concise, ce qui n’est pas pour nous déplaire même si l’on avait adoré Dream Weapon. Le résultat est aussi un peu moins propre et plus aride, avec une production rugueuse et qui grésille même régulièrement tant la saturation est présente (la fin de « I Am All » par exemple).
Amateur des deux précédents albums du groupe, j’ai pris rapidement mes marques avec Signal Fire que l’on peut voir comme une bonne synthèse des précédentes œuvres de Genghis Tron, avec une dimension mélodique toujours présente et aussi appréciable, Tony Wolski faisant une nouvelle fois merveille avec sa voix claire aisément reconnaissable (qui oscille pour schématiser entre un registre à la Trent Reznor et un autre qu’on pourrait rapprocher de celui de Jon Mess (Dance Gavin Dance). Et s’il y a toujours des passages un peu planants et atmosphériques (« Like Fotocrom », l’intermède presque Tangerine Dreamien « Without Form », ou la fin de « Tomorrow Mirage »), on a globalement affaire à une collection de morceaux accrocheurs et efficaces à l’image de la première moitié de « Tomorrow Mirage » qui m’a littéralement ensorcelé, et que je me suis passé en boucle pendant plusieurs jours. J’étais en effet complètement obsédé par ce titre (en particulier sa première moitié) et par les hurlements de Wolski qui s’époumonne littéralement sur le titre dans une ambiance futuristico-épique en diable.
Je cite ce titre en particulier, mais les moments forts sont légion (j’ai aussi envie de mentionner le final de l’album avec « New Gods » et cette tension qui s’installe progressivement pour conduire à la fin du disque avec les hurlements de Wolski) et l’album est surtout d’une grande cohérence. Il s’apprivoise tout de même en quelques écoutes, mais passe très bien en boucle lorsque l’addiction opère.
J’avoue être moins dithyrambique concernant la pochette de l’album, étrange et à l’esthétique assez discutable, mais c’est d’abord une question de goût et ça ne change rien à mon sentiment, vous l’avez compris très positif, concernant le contenu musical de ce nouvel album des américains, d’ores et déjà (et sans surprise) un des indispensables de l’année!
Tracklist :
01 – I Am All
02 – Signal Fire
03 – Future Worship
04 – Like Fotocrom
05 – Tomorrow Mirage
06 – Nothing Blooms in the Hollow
07 – Without Form
08 – Born Prey
09 – A Love so Pure
10 – New Gods
Genghis Tron
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