Le hip-hop et moi, en général ça fait deux. Mais il y a parfois une exception qui surgit sans s’annoncer (enfin parfois en s’annonçant quand même, je pense aux 2ème et 3ème albums de Run the Jewels que j’attendais de pied ferme après avoir adoré le premier opus), et c’est exactement ce qui s’est produit lorsque j’ai découvert, attiré par la pochette à l’imagerie frappante, ce deuxième album des irlandais de Kneecap. Un album qui m’a servi de porte d’entrée au groupe, puisque je n’avais pas écouté leur premier album Fine Art.
J’avais certes entendu parler sans m’y arrêter, des polémiques qui ont fait parler du groupe : ses prises de position nationalistes et très vindicatives à l’égard de l’Angleterre, et son soutien très clair du peuple palestinien contre Israël. Des prises de position qui lui ont valu des propos durs du gouvernement anglais (Kneecap et Starmer – qui vient de démissionner – ne partiront pas en vacances ensemble a priori si l’on se réfère à la mention peu élogieuse de l’ex premier ministre sur « Liars Tale ») et même une accusation d’apologie du terrorisme (pour avoir brandi un drapeau du Hezbollah), accusation qui sera finalement rejetée par le tribunal.
Au-delà des polémiques qui ne sont pas le sujet de cette chronique, quelle délicieuse surprise pour moi que ce Fenian, un album qui après un bon paquet d’écoutes au compteur, fait d’ores et déjà partie de mes albums de rap préférés toutes époques confondues et de mes albums de l’année 2026. Je ne chercherai pas ici à convaincre les puristes du rap qui ont peut-être un avis bien différent du mien, quoi qu’il en soit Fenian (un terme péjoratif désignant les irlandais qui fut utilisé par les anglais durant l’opposition entre les deux pays) est tout simplement un album varié, hyper accrocheur, malgré une identité affirmée très particulière, puisque nombre de paroles sur l’album sont en effet chantées en irlandais traditionnel (gaélique), en complément de l’anglais également utilisé par le trio. Et cette particularité apporte un cachet très particulier aux morceaux de Kneecap.
Un trio donc, avec 2 chanteurs/rappeurs (Mo Chara et Móglaí Bap), et un DJ (DJ Próvaí qui est le plus souvent masqué et qui orne la pochette) et la complémentarité des deux voix apporte justement beaucoup de fraîcheur à l’album et aux titres qui le composent, le tout mis en musique par le 3ème larron qui nous permet d’apprécier différentes ambiances et tonalités qui renforcent la variété de l’album et font tout son sel.
Qu’il s’agisse de l’ambiance bien sombre de la doublette « Smugglers & Scholars » / « Palestine », ce dernier voyant le palestinien Fawzi venir poser son flow en arabe pour compléter à merveille celui des irlandais, de celle évoquant Massive Attack ou Tricky sur « Carnival », ou même des ambiances plus dansantes (mais qui restent assez sombres) à la « Liars Tale » (génialissime) ou « Fenian », tout ce que touche Kneecap se transforme en barrette (forcément) dorée. Et même si la deuxième moitié du disque est peut-être un tout petit peu moins percutante, le récital de baffes continue quand même à bon rythme, avec un « Big Bad Mo » dansant qui contient aussi de faux airs atmosphériques évoquant Turnstile et même Moby, le très technoïde « Headcase », et je pourrais finalement continuer en vous citant tous les morceaux (j’ai oublié de citer l’infectieux « Cold at the Top » dont le refrain vous restera en tête dès la première écoute), tant il n’y a aucun faux-pas sur Fenian. Aucun vraiment ? Allez soyons suffisamment honnêtes et lucides pour reconnaître que « Occupied 6 » (qui ne dure que 2 minutes) et le closer « Irish Goodbye » (avec en featuring Kae Tempest) ne possèdent peut-être pas tout à fait les même qualités addictives et infectieuses que les autres titres, sans pour autant faire injure à l’album et venir nuire à sa qualité globale extrêmement élévée (vous l’aviez compris non?). On aurait peut-être pu se passer de ces deux titres et choisir de terminer l’album sur l’excellent et vaporeux « Cocaine Hill » (avec Radie Peat). Et encore, à la réécoute ce « Irish Goodbye » se tient quand même très bien même si je ne suis toujours pas fan de Kae Tempest.
Concluons voulez-vous? Plus sombre et sérieux (en faisant d’ailleurs souvent référence aux péripéties et polémiques vécues par le groupe) que son prédécesseur, le par ailleurs très bon Fine Art que j’ai découvert depuis et dont je recommande également l’écoute, Fenian est un petit bijou qui, j’en suis la preuve vivante, peut même plaire à celles et ceux qui ne sont habituellement pas amateurs du genre hip-hop. Tentez donc le coup!
Tracklist :
1 – Éire go deo (2:19)
2 – Smugglers & Scholars (3:11)
3 – Carnival (2:52)
4 – Palestine (feat. Fawzi) (2:36)
5 – Liars Tale (3:17)
6 – Fenian (feat. Casiokids) (3:14)
7 – Big Bad Mo (3:44)
8 – Headcase (2:40)
9 – An Ra (3:40)
10 – Cold at the Top (3:20)
11 – Occupied 6 (2:04)
12 – Gael Phonics (2:34)
13 – Cocaine Hill (feat. Radie Peat) (3:27)
14 – Irish Goodbye (feat. Kae Tempest) (3:34)
Kneecap
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