Concert du mardi 22 septembre 2026 — Metamorphosis Solo Tour 2026, From Punky Brüster to The Moth.
Devin Townsend seul sur la scène du Bataclan, toute la soirée. Une guitare. Pas de première partie. Places assises, salle pleine. Deux sets d’environ une heure, une vingtaine de minutes d’entracte au milieu. Si on avait lu le nom de la tournée jusqu’au bout, on savait à peu près à quoi s’attendre. Dans la file et dans les rangs, les remarques disaient le contraire : beaucoup de gens n’étaient pas sûrs de ce qu’ils venaient voir.
Oui, c’est un one-man show.
Oui, c’est acoustique du début à la fin.
Oui, l’humour de Devin porte autant la soirée que les chansons.
Oui, sans un minimum d’anglais, on passe à côté d’une bonne moitié du spectacle.
Et non, le matos empilé derrière lui ne sert presque à rien. Même guitare du premier au dernier morceau, une réverb un peu plus large de temps en temps, un grain plus électrique sur un titre ou deux. Le reste, c’est de la voix, des anecdotes, et un catalogue trop long pour tenir dans une setlist normale.

Photo par Benjamin Delacoux (bdelacoux-photography.com), les autres sont de Moonlight.
Une soirée qui n’est pas vraiment un concert
Le Bataclan a l’histoire qu’on connaît. Une partie du public refuse encore d’y mettre les pieds, et on le comprend sans discussion quand on a vécu la salle de l’intérieur, en 2015. Pour ceux qui l’ont vécue de loin, le débat est un autre sujet. Ce soir, la salle est pleine, assise, concentrée. Le format y aide : personne ne vient ici pour un mur de son Strapping Young Lad.
Metamorphosis n’est pas la tournée-orchestre de The Moth. Après la pause annoncée en 2025 et la création de cet opéra-rock, Devin a choisi de remarcher avant de rerentrer. Vingt-trois dates en Europe, setlist qui bouge chaque soir, et surtout un fil : raconter la genèse de chaque disque, puis en jouer un passage. Pas le morceau entier. Un bout. Parfois l’intro seulement. Parfois quelques notes, le temps d’une blague.
Le résultat ressemble plus à un spectacle qu’à un concert de metal. Ça n’empêche pas les morceaux de frapper.
Set 1 — de Punky Brüster à City
Devin déroule sa carrière dans l’ordre à peu près chronologique, et ça commence bas. Les débuts, la galère à tous les étages, Ocean Machine – Biomech déjà écrit dans sa tête bien avant que quiconque accepte de le sortir. La tournée Steve Vai (Sex & Religion), puis le retour à la plonge dans un resto. Cooked on Phonics de Punky Brüster, les premiers Strapping Young Lad qui ne partent qu’à quelques exemplaires. Puis City, et la bascule.
Ceux qui tiennent City pour un sommet de la discographie — et ils sont nombreux — avaient de quoi sourire. Même en acoustique, même en extraits, le truc garde cette tension d’indus nerveux que Devin n’a jamais tout à fait quittée. Il en joue un passage, comme pour le reste : assez long pour qu’on reconnaisse le morceau, assez court pour que le récit reprenne.
Côté titres réellement entamés dans cette première partie, la soirée passe notamment par « Fake Punk » (Punky Brüster), « S.Y.L. », l’intro de « AAA », « Christeen », « Material », « Aftermath » et « Storm » (The Devin Townsend Band). Presque tout en snippets. Ce n’est pas un problème. Le propos n’est pas de rejouer l’album : c’est de poser pourquoi l’album existe.

Set 2 — l’ego, la famille, et la voix
L’entracte est court. Devin revient en tapotant « Folsom Prison Blues » (Johnny Cash) avant de reprendre le fil. Il parle de la quête de reconnaissance, de l’ego qui n’en a jamais assez, de l’état émotionnel derrière chaque disque. Les addictions. Puis la famille. La colère et l’amour qui se marchent dessus en permanence. Rien de nouveau pour qui a suivi les interviews depuis quinze ans — sauf que, dit comme ça, assis, avec une guitare sur les genoux, ça passe autrement.
Le deuxième set s’étire vers les projets plus tardifs : un bout de « Bring Him Home » (la comédie musicale Les Misérables, oui), « Deep Peace », « Almost Again », « Solar Winds », « Coast », quelques notes de « The Mighty Masturbator » qu’il avoue ne pas avoir réappris, « Feather », « Kingdom », « Midnight Sun », « Why ? ». Encore des extraits. Encore des rires. Et, par moments, un silence de salle assez rare au Bataclan.
Parce que la voix, elle, n’a besoin de personne. Devin passe du hurlement au chant clair en une phrase, sans théâtralité inutile. Les réadaptations acoustiques tiennent debout : les morceaux restent percutants, les mélodies ne s’effondrent pas dès qu’on retire le mur de production. C’est là que le one-man show cesse d’être un gimmick. Un type seul, une guitare, et soudain Coast ou Kingdom occupent la salle aussi bien qu’un groupe.
Le verdict
La salle est conquise, et on la comprend. Ce n’était pas le Devin Townsend du Zénith avec chœur, ni celui de The Moth avec orchestre. C’était l’autre version, celle qui explique pourquoi le catalogue est aussi monstrueux : parce que chaque disque correspond à une période, une addiction, une colère, un apaisement, et que Devin n’a jamais vraiment su faire autrement que tout mettre dans la musique.
Musicalement, acoustiquement, vocalement, et pour le rire — la soirée tient les quatre. Unique, nécessaire, un peu magique, et surtout très Devin : trop longue, trop parlée, trop généreuse, parfaitement à sa place.
Ça donne surtout une envie simple, et un peu ridicule vu le volume déjà avalé : se refaire la discographie au sens large. Punky Brüster compris.
Setlist partielle :
Set 1
- Fake Punk (Punky Brüster, extrait)
- S.Y.L. (Strapping Young Lad, extrait)
- AAA (Strapping Young Lad, intro)
- Christeen (extrait)
- Material (extrait)
- Aftermath (Strapping Young Lad, extrait)
- Storm (The Devin Townsend Band, extrait)
Set 2
- Folsom Prison Blues (Johnny Cash, amorce)
- Bring Him Home (Les Misérables, extrait)
- Deep Peace (extrait)
- Almost Again (Strapping Young Lad, extrait)
- Solar Winds (extrait)
- Coast (Devin Townsend Project, extrait)
- The Mighty Masturbator (Devin Townsend Project, quelques notes)
- Feather (Devin Townsend Project, extrait)
- Kingdom (extrait)
- Midnight Sun (Devin Townsend Project, extrait)
- Why ? (extrait)
Durée totale : environ 2h25, portes 18h30, début vers 19h45, fin vers 22h10.

Devin Townsend
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