John Coltrane – Giant Steps

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Style: jazzAnnee de sortie: 1960Label: Atlantic

Au même titre que Charlie Parker, Sony Rollins, Charles Mingus, Ornette Coleman, Archie Shepp et surtout Miles Davis (veuillez compléter la liste…), il a bien longtemps que le nom de John Coltrane s’est propagé bien au-delà du cercle de ses fidèles jusqu’à pénétrer dans l’inconscient collectif tant et si bien que s’il ne vous évoque peut-être rien sur le plan musical, je suis sûr que son nom résonne avec une admiration certaine, distante. Celle-là même vous éprouvez pour les plus grands artistes rock. Un respect à la hauteur du personnage, du genre aussi… comme une sorte d’évidence. Tellement évidente, qu’à l’heure où je vous parle, le jazz est toujours aux abonnés absents sur Eklektik.

Puisque personne ne s’est lancé jusqu’à présent et qu’au royaume des aveugles les borgnes sont rois, je tâcherai pour combler la brèche, avec les moyens du bord s’il le faut. Voilà pour la mise au point.

Il y a beaucoup de choses à dire sur Coltrane. Cependant – et quand bien même l’Histoire, en jazz, revêt une importance capitale – je ne suis pas là pour écrire son hagiographie, d’autres l’ont fait et le feront bien mieux que moi. Aussi, posons simplement le contexte.

A l’orée des années soixante, Coltrane apparaît déjà en gras sur la carte d’un monde alors en pleine effervescence. Nonobstant quelques sessions sous son propre nom, on parle surtout de ses performances sous la direction de Miles Davis dans son  »premier grand quintette » : John Coltrane au ténor, Philly Joe Jones à la batterie, Red Garland au piano, Paul Chambers à la contrebasse et évidemment Miles Davis à la trompette. Peu tarissent d’éloges sur cette formation qui gagne rapidement en popularité et enregistre cinq disques studios, dont beaucoup de standards, sur une période de douze mois entre 1955 et 1956. Mais bien vite les excès stoppent l’ascension du ténor. Une véritable descente aux enfers, qui compromet sérieusement ses activités musicales. Regonflé, témoin de sa propre renaissance physique et spirituelle, Coltrane revient. D’abord de passage sur Milestones, il scelle définitivement son retour aux affaires lors des mythiques sessions de Kind of Blue du même Miles, avec un quintette entre-temps devenu sextette. Mais ceci est une autre histoire…

1959 et Giant Steps. Premiers pas chez Atlantic, premier vrai album pour Coltrane et premier grand saut. La première fois, en tout cas qu’on lui accorde plusieurs prises pour enregistrer ses propres compositions. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Coltrane ne se fait pas prier. Accompagné tour à tour par deux sections rythmiques différentes, (les doublettes Tommy Flanagan/Art Taylor et Wynton Kelly/Jimmy Cobb, respectivement pianistes et batteurs de leur état sans oublier le fameux Paul Chambers à la contrebasse) le souffleur y met toute son énergie, comme pour conjurer une forme de sevrage créatif et ainsi faire étalage de sa nouvelle liberté.

Mais si le saxophoniste fait la preuve d’un savoir-faire mélodique évident, à travers des thèmes mémorables et lyriques en diable, on ne peut pas dire qu’il ait les yeux rivés sur le compteur. En effet, l’apaisé  »Naima » exclu, il émane de ce bloc compact et indivisible une urgence, une frénésie irrésistible doublée d’une puissance souveraine. Coltrane fonce et descend les lacets en terrain accidenté pied au plancher. A tombeau ouvert. Pourtant, derrière les accords essuie-glaces et les notes qui se bousculent se cache la démarche la plus simple.

 »The reason I play so many sounds – maybe it sounds angry – is because I’m trying so many things at one time, you see. I haven’t sorted them out. I have a whole bag of things I’m trying to work through and get the one essential, you know… ». Et  »Countdown », sprint de 125 secondes aux mille détours, parachevé par un thème surpuissant en forme de coup de grâce, d’en être la parfaire illustration.

On le lit à droite à gauche, on le répète, on le sait(?)… la suite de la courte carrière du plus grand des saxophonistes nous réserve bien d’autres surprises. D’autres accomplissements, qui nous emporteront bien plus haut. Avec Giant Steps pourtant, John Coltrane a déjà mis les pieds dans le plat. Qu’à cela ne tienne… le bougre mérite bien quelques macarons.

  1. giant steps
  2. cousin mary
  3. countdown
  4. spiral
  5. syeeda’s song flute
  6. naima
  7. mr p.c
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5 Commentaires

  1. OYC says:

    Je l’aime bien moi le Devin, y devrait écrire plus souvent.

  2. Lébo says:

    Du Jazz ! Mazel Tov !
    Coltrane rules!

  3. devin says:

    Merci bien, c’est prévu!

  4. devin says:

    60+60+20+5 font bien 145 et non 125. My bad :-)

  5. Faya says:

    Bravo pour la chro ! Je l’ai pas écouté celui là, mais il fait partie des gros disque de l’homme avec A Love Supreme, My Favorite Things…

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