6ème album en 30 ans pour les norvégiens de Green Carnation, ce groupe a toujours pris son temps, il a été formé à la base par Tchort, qui devint le bassiste de Emperor, figure du Black Metal. Le groupe partage aussi mal de membres en commun avec In The Woods…, groupe de Metal extreme plus progressif/avant-gardiste. Green Carnation eux ont navigué entre les genres Death, Doom et Rock gothique, avec toujours un esprit assez mélodique et progressif.
Ils reviennent du coup avec un album de 6 longs morceaux qui sont tout à fait entre ces différents genres, nommé A Dark Poem, Part I: The Shores of Melancholia, premier volet donc d’une trilogie annoncée sur deux ans. Le groupe norvégien signe ici une œuvre dense et introspective, fidèle à son ADN : celui d’un Metal mid-tempo, certes progressif, mais qui préfère l’émotion et la narration au déballage de virtuosité.
Dès « As Silence Took You », hommage à une mère disparue, on retrouve ce mélange de mélancolie et de puissance qui a toujours distingué la formation. Les guitares s’étirent en nappes claires, la voix claire puissante de Kjetil Nordhus habite chaque ligne avec gravité, et la production, ample et organique, laisse respirer la musique.
« In Your Paradise » apporte une touche plus lumineuse — avec un groove massif et des mélodies presque folk offrant un contraste bienvenu. « Me My Enemy » ensuite nous plonge dans un titre bien plus doux, avec une langueur floydienne, suspendue entre introspection et résignation. Puis surgit Grutle Kjellson (Enslaved), invité sur « The Slave That You Are », et là c’est une déflagration inattendue : un cri black metal sur de la double grosse caisse, preuve que Green Carnation sait encore surprendre sans rompre le fil narratif. Les refrains chantés apportent un contraste intéressant, on est à vrai dire pas loin du style d’Enslaved des derniers albums.
Le morceau-titre, « The Shores of Melancholia », illustre à merveille la vision du groupe : un Rock/Metal progressif moderne, atmosphérique et nuancé, avec une touche Doom nordique. Enfin, « Too Close to the Flame » conclut les 42 minutes de ce premier chapitre dans une ascension lumineuse, où chaque instrument trouve sa place avant une ultime étreinte instrumentale.
Ce n’est pas une révolution, mais un retour en grâce, un bel album qui plaira forcément aux amateurs du groupe. Les morceaux s’étirent peut-être un peu en longueur, mais en tout cas chacun a sa place sur cet album. Green Carnation prouve qu’on peut vieillir sans perdre son âme. Et si ce Part I n’est qu’une promesse, elle est déjà de celles qu’on a hâte de voir se tenir.
Green Carnation
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