Il suffit de jeter un œil à la pochette de Wretched Spawns of Iniquitous Orders pour comprendre que Namu nous embarque dans un voyage de science-fiction. Derrière ce projet londonien se cache un seul musicien, qui signe ici un premier album particulièrement impressionnant, quelque part entre Black Metal atmosphérique, Death Metal progressif et Post-Metal, avec une dimension cosmique qui rappelle inévitablement les Américains de Blood Incantation. Non pas que les deux formations pratiquent exactement la même musique, mais on retrouve cette volonté de faire cohabiter la violence du metal extrême avec des atmosphères spatiales, des synthétiseurs futuristes et des passages mélodiques presque psychédéliques.
La comparaison qui me vient pourtant le plus souvent à l’esprit est assez inattendue : Tesseract. Pas pour le djent ni pour les rythmiques syncopées qui caractérisent les Britanniques, mais pour leur manière de construire des atmosphères immersives, avec ces mélodies de guitare aériennes, parfois presque hypnotiques, qui semblent flotter au-dessus de compositions pourtant extrêmement lourdes. Il y a dans Wretched Spawns of Iniquitous Orders cette même sensibilité progressive, cette recherche d’une certaine beauté mélodique au milieu de la puissance instrumentale. Imaginez les ambiances futuristes et contemplatives de Tesseract confrontées à la brutalité d’un black/death metal particulièrement agressif, et vous aurez une assez bonne idée de ce que propose Namu.
Dès « Catharsis in Stasis », le ton est donné : nappes de synthétiseurs, guitares mélodiques et explosions de violence se succèdent au sein d’une composition qui prend le temps de développer ses différentes ambiances. Les vocaux extrêmes sont particulièrement abrasifs, mais ne viennent jamais complètement écraser les nombreuses lignes mélodiques qui traversent le morceau. « Edict of Absolution » et « Ineffable Constructs » poursuivent dans cette direction, alternant passages furieux et respirations atmosphériques avec une fluidité remarquable. On pense parfois au black metal progressif d’Enslaved ou de Borknagar, mais Namu possède une approche plus futuriste, presque cinématographique, qui donne à l’ensemble une identité assez singulière.
C’est surtout dans le travail des guitares et des synthétiseurs que l’album révèle toute sa richesse. Les mélodies ne se contentent pas d’accompagner les riffs : elles construisent un véritable univers sonore, renforcé par une production étonnamment ample et détaillée. « A Fold’s Gather » et « The Fibre Prismatic » illustrent particulièrement bien cette approche, avec leurs développements progressifs et leurs textures électroniques qui évoquent parfois davantage la science-fiction que l’imagerie traditionnelle du black metal. Le morceau final, « Triptych », pousse cette logique encore plus loin sur huit minutes, entre passages contemplatifs, déferlements de guitares et envolées instrumentales. Une belle conclusion à ce voyage dans les profondeurs de l’espace.
Et le plus impressionnant dans tout cela reste qu’un seul musicien est derrière la quasi-totalité de cet album, des compositions aux instruments en passant par les voix claires. Seuls les vocaux extrêmes sont confiés à un intervenant extérieur, crédité sous le pseudonyme ICanBeFree. Pourtant, rien ne donne l’impression d’un projet solitaire assemblé piste après piste : les arrangements sont cohérents, les instruments dialoguent naturellement et l’ensemble possède la puissance et la cohésion d’un groupe parfaitement rodé.
Avec ses sept morceaux pour environ 45 minutes, Wretched Spawns of Iniquitous Orders réussit un mélange particulièrement séduisant de metal extrême, de sophistication progressive et de mélodies futuristes. Une découverte aussi inattendue qu’impressionnante, qui devrait intriguer les amateurs de metal extrême comme ceux de post-metal mélodique et de prog atmosphérique.
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