Sleeppers – Signals From Elements

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Style: noiseAnnee de sortie: 2006Label: At(H)ome

Krakoukass :

Sleeppers serait-il un groupe maudit ? La question se pose aujourd’hui et nul doute que ce Signals From Elements, 5ème album du groupe (si je ne m’abuse) pour quelques 17 années d’existence, permettra certainement d’apporter des éléments de réponse. En effet si rien ne se passe avec une sortie de la trempe de ce Signals From Elements, il y a vraiment lieu de s’inquiéter pour la santé mentale de nos chers compatriotes.

Je laisserai le soin à Florent de présenter le groupe, car je maîtrise mal le passé de Sleeppers. J’ai découvert le groupe avec son précédent album Interaction qui m’avait déjà bien plu mais qui ne correspondait pas forcément à mes goûts du moment.

Aujourd’hui l’affaire est toute autre avec Signals From Elements qui enfonce violemment le clou. Conservant une base rock agrémentée de noise (surtout Flo tu m’arrêtes si je dis des conneries) il me semble que le groupe fait ici montre d’une impressionnante capacité à donner un caractère plus immédiat à ses compos, sans pour autant se départir de ses qualités de composition et sans renoncer à proposer une musique riche et fouillée. Ce n’est pas un mince exploit et certains titres mêlent audacieusement efficacité et aventurisme pour un résultat énorme : exemple avec « Undone » sur lequel on tape du pied les premières minutes avant d’être transporté par une fougueuse rythmique qui rappelle le meilleur des groupes de post-machin.

La grande force de ce disque est justement à mon humble avis, de marier à la perfection les genres, de varier les plaisirs en somme. Ici un titre rock efficace limite punkisant avec « N Particles », enchaîné avec un titre instrumental (« Thrill ») agrémenté de samples, qui renvoie là encore aux influences post-machin, de notre combo bordelais. Là un titre sombre chanté en français (alors que le reste est chanté en anglais) le tonitruant « Ruines », aussi sombre que le titre le laisse d’ailleurs supposer sur lequel se posent des bidouillages sonores et autres samples inquiétants, appuyés qu’ils sont par la basse (qui est d’ailleurs très présente et très audible tout au long de l’album). C’est aussi sur ce titre que le grand Reuno (Lofofora évidemment) vient poser sa géniale voix gueularde : « Ruines » donc, ou comment comprendre en quelques minutes, qu’il n’y a aucune raison de complexer de chanter en français pour peu qu’on ait LA voix qu’il faut. Et Reuno est clairement de ces chanteurs capables de donner toute leur force à des textes chantés en français qui passent du coup comme une lettre à la poste, grâce à ce cachet que nombreux aimeraient posséder (cachet/poste… huhuhu).

Sleeppers prouve enfin sa capacité d’ouverture vers l’autre, et l’autre différent, au travers des 2 dernières compositions de l’album, la première (« Landscapes »), magistrale et planante d’inspiration arabisante (ce qui n’est certes pas inédit pour le groupe si je ne m’abuse) et la seconde (« Tokio 3127 ») terminant le disque sur une note drum’n’bass expérimentale rappelant les pérégrinations musicales d’un Aphex Twin.

Au final Signals From Elements semble bien plus abordable que son prédecesseur, tout en n’étant pas moins profond et intéressant. Le groupe semble suivre sa ligne de conduite indéfectible : la sincérité, qui transpire dans tout ce qu’il fait. Si vous ne connaissez pas Sleeppers, il est plus que temps de vous y mettre Signals étant très certainement l’album parfait pour démarrer. Vous voilà prévenus, ne prenez pas le risque de passer à côté d’une bien belle page du paysage rock français.

Pilou/Florent :

Bon ça va tu n’as pas trop raconté de conneries, je dirais juste qu’ils s’éloignent de la noise de leurs débuts pour venir vers le rock, sinon RAS. Cheminement logique sommes toutes, puisque Interaction lorgnait déjà furieusement vers un aspect plus mélodique. Et c’est confirmé par ce petit dernier.

Sleeppers est un groupe girondin, et on peut dire que c’est un vieux de la vieille à qui on ne la fait plus, car après 5 disques, 2 minis, de la route bouffée par milliers de kilomètres (plus de 500 concerts), des scènes partagées avec tous les plus grands noms, les gaziers ont de l’expérience à revendre. Et ça s’entend, il n’y a pas une seule erreur de jugement sur ce dernier effort.

Donc comme je le disais la mélodie prend de plus en plus d’ampleur au sein du combo bordelais et l’apparition de voix chantées, par exemple, (superbes au demeurant, en témoigne le titre « Undone ») agrémente agréablement le disque. La basse reste puissante, à la lisière entre disto et son clair, fidèle à elle-même. Elle pose, avec la batterie, les fondations d’un rock noisy de grande classe, sur lesquelles viennent se poser des guitares tour à tour lourdes, dissonnantes, mélodiques, dans un maelstrom sonore riche qui ne permet pas de cerner l’album en une seule écoute.

J’ai trouvé beaucoup de continuité entre Signals from elements et Interaction : la mélopée orientale que tu as décelée, ô grand chef, et qui par ailleurs me fait penser à l’univers sonore d’Orange Blossom me semble une suite logique au titre que je trouve le plus émouvant de leur avant-dernier skeud, j’ai nommé « Mâdhârât », chanté en duo avec une jolie voix féminine en arabe. L’ouverture du disque se fait lui aussi comme son prédécesseur par un sample de voix, juste avant d’envoyer le pâté. De belles trouvailles sonores (utilisation du bottleneck sur le 1er riff, qui déchire), des mélodies qui déchirent, et un reste de leur passé noise totalement assumé et maitrisé (le très Helmetien « Monkey Decisions »), des expérimentations relevées par le corbeau ci-dessus font de Signals from elements un disque incontournable de la scène rock indé 2006. Riche, plein, puissant, accrocheur.

Cet album de Sleeppers peut enfin faire reconnaître ce groupe à sa juste valeur auprès du plus grand nombre et ce à plusieurs titres : tout d’abord il est plus accessible que les précédents opus (même si Interaction comportait déjà quelques titres bien accrocheurs tels « O.N.E »). Plus accessible ne sous-entendant pas forcément musique moins riche ou plus raccoleuse sous ma plume. Et puis il y a un featuring intelligent (et fort réussi) de Reuno qui est susceptible d’attirer d’autres oreilles que celles des fans du combo bordelais.

Pour résumer, je pense que c’est l’album presque parfait pour découvrir le combo puis remonter vers ses racines noise antérieures. Allez. La Grande Classe on vous dit !

  1. data o
  2. blacklisted
  3. darwin 5.4
  4. undone
  5. slaves
  6. n.particles
  7. thrill
  8. ruines
  9. recycle v2.0
  10. don’t
  11. monkey decisions
  12. landscapes
  13. tokio 3127
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2 Commentaires

  1. zurb says:

    Cut Off à l’époque m’avait foutu une énorme baffe! Malheureusement avec Interaction et ce Signals from elements, bien qu’ils soient tous les 2 très très bon, s’écoutent sans la verve spontanée que j’avais à l’écoute de Cut Off. Là c’est bien, mais la surprise en moins. Tout ce que j’espère, c’est que ceux qui découvrent Sleeppers maintenant se prennent eux aussi une baffe! Et nous le répeterons jamais assez, Sleeppers est un groupe à voir en live!

  2. Florent says:

    Je pense peu ou prou comme toi ;-)

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