MELTING POP – De Britney Spears à Keiji Haino, la pop music et son contraire

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MELTING POP – de Britney Spears à Keiji Haino, la pop et son contraire. Si ce n’était le plaisir de lire quelques lignes sur des artistes tels que The Swans, Steve Albini, ou bien encore Godflesh ce livre serait-il parvenu à s’emparer de ma curiosité ? Soyons clair, non. Que voudriez-vous que je fasse d’un bouquin où le mot pop vous saute à la gueule, suivi de suite du nom d’un proto produit pré acnéique… Mais où on nous lance un Keiji Haino chantre de l’underground japonais comme on jette un carré d’as au poker, là s’en est trop ! Le paradoxe est trop violent pour que la curiosité ne cède à la tentation de feuilleter quelques pages.

Au travers de portraits d’artistes de prime abord aussi divers que Madonna, Alec Empire, Public Ennemy, Eminem, Fœtus, Sonic Youth,  John Zorn, ou Missy Elliot, la pop music ne se définit pas ici  comme un style musical tout juste bon pour les têtes de gondoles, simplement édicté (étiqueté ?) par (pour ?) les esprits chagrins du conformisme. Non ici la pop music devient le paysage musicale de ces trente dernières années, qui passée au prisme du champ sociologique nous donne à lire un essai sur les interdépendances entre ce que l’auteur qualifie de mainstream et d’underground, mais qui dévoile rapidement son but avoué: un protest book où le mainstream se retrouve pourvoyeur d’images, de fantasmes et de conformisme, où cette réalité sans fond ne se farde que d’un nom, d’une enveloppe corporelle pour devenir l’interface entre un business made in MTV et un public de veaux en manque de besoins pré mâchés. Réducteur me direz-vous… Oui si l’on s’en tient uniquement aux premiers chapitres dédiés à Britney Spears et Madonna et quelques piques envoyées çà et là. Mais plus la lecture avance et plus la grille de lecture se complique.

Petit à petit on évolue vers des noms tels que Eminem ou Marylin Manson (gratte-poil nécessaire d’un système, finalement assez rentables pour qu’on les laisse jouer avec certaines dérives, mais s’inscrivant selon l’auteur dans la tradition occidentale du carnaval médiéval où tout système de valeurs est ponctuellement renversé. Bref des clowns), Nine Inch Nails, PJ Harvey, Public Ennemy, Refused, Aaron Turner, Steve Albini pour finir avec la scène industrielle (Throbbing Gristle, Einstürzende Neubauten), la scène new yorkaise (Sonic Youth, Swans, Fœtus), Justin Broadrick, John Zorn et Keiji Haino. Tous ces portraits sont étayés de réflexions sur l’intégrité, la pureté, la force des mots et du texte aux côtés de l’image comme ultime ennemi de la musique… Le champ d’investigation s’annonce  assez étendu pour maintenir l’intérêt de la lecture. Malgré un parti pris de l’auteur pour la scène qu’il reconnaît comme underground, il parvient à démontrer les interactions entre deux sphères de prime abord antinomiques que constituent le mainstream et l’underground et délier certains des nœuds de cette guerre froide entre un consensuel aliénant et un anticonformisme jubilatoire. Nonobstant, ce sont les pros de l’étiquetage consensuel qui vont en faire une de tête…

Pour autant si le propos initial m’a toujours tenu en haleine, et ce sans compter le plaisir non feint de lire quelques pages sur des artistes tels que Jim Thirlwell aka Fœtus, généralement délaissés par la presse, on pourra ergoter sur un style parfois redondant (l’auteur est thésard ceci explique peut-être cela), quelques fautes d’orthographe de ci de là, et surtout sur des explications voir des théories trop empruntent du parti pris choisi pour ne jamais entacher cet essai (p151 par exemple où la production française semble interdite de citer pour l’auteur…) , il reste que cet ouvrage nous ouvre de nouvelles pistes de compréhension et quoi qu’il en soit une analyse intéressante du milieu musical actuel. Sachez seulement laisser votre sens critique en action. Ce livre vous y aidera tel un parfait outil. Peut-être était-ce le message caché de l’auteur ?…

De CLEMENT TUFFREAU, éd CHIRON EDITEUR, 2005

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