Bashung – Vertiges de la vie de Pierre Mikaïloff (éditions Alphée – Jean-Paul Bertrand)

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Annee de sortie: 2010

Sous une couverture de biographie vendue en super marché, Pierre Mikaïloff (écrivain, musicien, journaliste, biographe de Françoise Hardy et de Bertrand Cantat) rend hommage à l'une de ses obsessions artistiques : Alain Bashung. Suivant comme un fil d'Ariane la discographie de l'artiste, Mikaïloff retrace son parcours, de son enfance en Alsace jusqu'à son décès. Chaque titre, chaque collaboration, chaque moment de doute est passé en revu grâce à des extraits d'entretiens avec Bashung tiré de magazines aussi variés que Libération, le Nouvel observateur, les Inrockuptibles ou Best ou d'autres ouvrages sur l'artiste (dont Alain-Baschung de Jean-Jacques Jelot Blanc ou Bashung de Philippe Barbot). La vie privée est donc laissée de côté tant qu'elle ne rentre pas en ligne de compte avec la création artistique.  Justement, l'univers musical dépeint est celui de la variété française. Dick Rivers y est par exemple interviewé concernant l'album qu'Alain Bashung à écrit avec lui (Rocking along… the River's country side entre 1972 et 1973) et le qualifie de "compositeur avant gardiste". Tout de suite, ça dépayse. Puis, plus loin, on entend parler de parole de chansons "adaptés" pour des artistes français comme le "Hey Joe" de Hendrix francisé pour Halliday. et là,on sait que l'on est pas sur la même planète. Pourtant, l'itinéraire de Bashung prend une telle ampleur que ce n'est tant de la vie de la chanson française dont on parle mais aussi celle de la France. Il s'associe à des causes politiques (la chanson "Touche pas à mon pote" écrite avec Boris Bergman, l'écrivain de nombreux textes des débuts comme le hit envahissant "Gaby, oh Gaby", pour S.OS. Racisme), fait du cinéma (Rien que des mensonges en 1991, Ma soeur chinoise en 1993, La confusion des genres en 2000 …) et compose même un disque avec Serge Gainsbourg (Play blessures en 1982).  Bashung traverse donc le siècle et évolue. Chanteur, guitariste mais surtout metteur en scène de ses disques sachant s'entourer pour toujours se renouveler. Son parcours musicale en lui-même est passionnant puisqu'il le voit partir de racines rock and roll (sa fascination pour Buddy Holly) pour aboutir ensuite à des rencontres studios avec des musiciens de Roxy Music, Wire et même Front 242. Le parcours de Bashung n'est donc pas simplement celui d'un artiste de variété mais bien d'un artiste complet, prompt à l'expérimentation et à la remise en question. Certes, pas aussi rock à mes yeux que le prône tous les intervenants interrogés dans cet ouvrage , l'artiste a toutefois beaucoup à dire et fascine aisément par son originalité vivante perdue dans un genre musicale qui se jette une nouvelle pelleté de terre de plus sur la tête chaque année. Grand patchwork journalistique, Mikaïloff ne manque pour autant pas de faire entendre sa voix en donnant son avis de fan et sa perception de l'évolution de l'homme et de son art. Discret dans la première partie du livre, il se fait surtout entendre, au début de la deuxième, à propos d'un extrait d'article sur Bashung en tournée où il tente de nous faire croire que des musiciens rock and roll on a arrêté d'en faire après le grand Alain. Bref … En dehors de ça, l'ouvrage n'est pas trop emprunt de nostalgie et laisse surtout parler l'artiste pour qu'il y parle de son travail et de lui-même. Milkaïloff évite donc de prêt le syndrome Inrockuptible du "c'était mieux avant …" et préfère donner du contexte, multiplier les références musicales et les citations des collègues pour mieux dresser le décors de chaque période. Les critiques négatives sont bien souvent occultés pour laisser place aux réflexions du compositeurs et ses proches. Tant est si bien que seul le dernier album, Bleu pétrole", sera vraiment critiqué par le biographe qui adjoint sa chronique du dit album, paru à l'époque. L'ouvrage ne pue pas pour autant le cirage et se laisse lire avec facilité tout en apportant de nombreux détails qui éclairent la vie de l'artiste et les mécanismes de sa création. De quoi satisfaire autant les curieux que les passionnés.Enfin, tout au long de ce livre reviendra une référence qui n'aura pris sens que vers la fin de ma lecture. Bashung évoque Orson Welles. Son admiration pour le cinéaste qui a rendu compréhensible Shakespeare, auteur dont on lui vantait les mérites en classe mais aussi la hardiesse. D'abord introduit en cours de route, ce souvenir revient fréquemment vers la fin sans qu'il soit explicité plus que ça. Le parallèle est pourtant évident. Bashung, en tant que chanteur de chanson française et musicien à mi-chemin entre le classicisme rock et l'expérimentation est, a sa manière, un Orson Welles de la chanson française. Il a ainsi su se faire une place au soleil, au milieux de chanteurs qui ont toujours préférés la facilité et la simplicité, en injectant son univers dans les oreiles d'un grand public qui n'en était pas moins charmé par son verve et sa classe. S'il y a donc une chose à retenir pour le néophyte que je suis, c'est bien cette vivacité artistique et cette originalité pour laquelle Bashung a lutté pendant toute sa carrière. Un ouvrage qu'il me semble bon de mettre entre les mains de tous ceux qui font suivre le nom de ce grand nom de la chanson française par un point d'interrogation.

Chroniqueur

Mathieu Lubrun

Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

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