« Trinités » de Nick Tosches

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« Un gang chinois et un gang italien se battent pour contrôler le trafic d’héroïne à New York. Ce simple affrontement devient un conflit entre plusieurs générations de gangsters pour qui la lutte contre les membres de leur propre famille peut aussi être mortelle. Un regard neuf, précis, sur la nouvelle génération des mafieux, fils d’immigrés mais complètement américanisés. Trinités est à coup sûr le livre le plus marquant écrit sur la mafia depuis Burnett et Le Parrain ». Voilà pour la quatrième de couverture.

Si j’étais M. Folio je mettrai un carton rouge au responsable de ces lignes tellement elles sont indigne de l’intensité de ce polar. Rien ne transpire à mes yeux de ses lignes. Et si ce n’était Nick Tosches l’auteur, j’aurai très certainement reposé ce livre parmi ces congénères. Pour autant, il eut été dommage de s’en priver. Mario Puzo, responsable entre autre de l’écriture du chef d’œuvre Le Parrain, peut dormir en paix. Tosches a saisi le flambeau, souffle le chaud et le froid, l’attise et le rend flamboyant.

Au travers d’une écriture dense, riche et cohérente, Tosches décrit le nouveau visage de la Main Noire. La Cosa Nostra bien évidemment mais aussi les Triades, leurs relations, leur lutte de pouvoir, leur puissance et leurs débauches de moyens pour maîtriser et contrôler ni plus ni moins que le trafic mondial de l’héroïne. L’auteur de « Confessions d’un chasseur d’opium » (2001, édition Allia) ne ménage pas sa description au scalpel d’un milieu qui le fascine. Tout y passe. Des réseaux de vente au transport de la marchandise, de la came coupée à la soude caustique aux pratiques de blanchiment de l’argent, des meurtres, tous plus sordides les uns que les autres, aux règlements de comptes inéluctables… Bien au delà d’un documentaire sur le milieu on touche à une réalité sombre et crasseuse où le maître mot n’est finalement que l’économie. Le Bien et le Mal ont déjà quitté le bateau depuis bien longtemps laissant libre champ à la veille garde italienne, en quête de renaissance, le rôle du St George terrassant le Dragon chinois. Les Seigneurs de la Guerre ne veulent pas lâcher le contrôle des plantations et des raffineries. Qu’à cela ne tienne. On finira bien par les baiser ! Au cœur d’une lutte fratricide, les personnages de Tosches ne se bercent plus d’illusions depuis des générations. Des doutes peut-être… Mais le cynisme, la violence, la cupidité, le pouvoir, le sexe, autant de raisons pour chevaucher un monde en pleine décadence et danser dans les flaques de sang rougeoyant.

Après avoir écrit sur le Rock – Hellfire notamment réédité aux éditions Allia ou Héros oubliés du rock’n’roll chez 10/18 Nick Tosches  vient au  roman noir. Entre fragments autobiographiques, désir de dépeindre sans illusion une certaine Amérique, entre violence et tendresse, son style aux digressions incontournables nous plonge dans une littérature américaine et contemporaine qui n’a rien à envier à Faulkner, Fante ou bien encore Selby Jr. Du grand art.

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