Dictator – Dysangelist

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Style: black doomAnnee de sortie: 2008

Les tyrans sont toujours plus seuls au monde qu’on ne le pense. La toute puissance isole. Chypre aussi. Pas spécialement réputée pour être un vivier de groupes à gros son, la république insulaire doit s’apparenter à un désert sans oasis pour quiconque cherche à y monter un line up, a fortiori dans un style aussi exclusif que le doom, a fortiori funéraire.

Dictator est donc l’affaire d’un seul esprit, et d’un esprit seul à juger de l’éloignement duquel il s’époumone. Dysangelist est de la caste des œuvres pour lesquelles l’adjectif ‘extrême’ ignore la vulgarisation pragmatique qui en fait le compagnon de n’importe quel album, pourvu qu’on y hurle. Dysangelist est réellement extrême. Il provoque durement le bon équilibre émotionnel, si bien que la part lucide de chacun aura le réflexe de s’en détourner. Ceux dont c’est au contraire l’appât quotidien que de palper de la douleur, que d’errer la bave aux lèvres dans l’antichambre du terminal, ceux là vont faire sous eux au sens le plus prosaïque en découvrant ce disque.

Qu’on se représente un mur de granit d’une hauteur colossale. Un mur sombre, moite, criblé de malheur, à la surface duquel serpente un lead de guitare diaphane, magnifique dans ses tentatives de s’élever vers le rebord, lesquelles se soldent invariablement par une perte d’appui, un glissement sisyphien, un retour aveugle vers le gouffre. On voit ici la moelle de ce qu’est le doom de Dictator, sublimé dans son dessein par une production idéalement évasée : un écrasement des sens qui tient du sacré. Une gueule monstrueuse qui mastique inlassablement les harmonies les plus limpides – l’usage du piano retourne bien la poitrine. Un grouillement pathétique secoué de percussions terrifiantes qui font vibrer les tympans comme s’ils étaient captifs d’une cloche battant l’angélus. Quatre morceaux pour près de 75 minutes : la messe est dite. S’il fallait un hallali, Dictator l’assène dans ses parties ambient piégées de dissonances industrielles, dont l’esprit ressort asthmatique, lessivé, pour mieux se reprendre en pleine face les guitares dévorantes et la mort qui rampe dans leur sillage.

Parfois transparaît, comme sur un suaire maudit, le visage fané d’un Void of Silence de qui l’on aurait vidé toute colère et toute arrogance, qui n’adresserait plus ses flèches vitriolées et ses sermons de conscience qu’à lui-même.

  1. dysangelist
  2. sanctus
  3. monolithos
  4. phantom cenatophium
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