Après avoir dressé un panorama du Post-Metal dans notre précédent article et sa playlist exhaustive avec plus de 60 morceaux, nous avons voulu passer à l’exercice le plus subjectif qui soit : choisir nos albums préférés du genre (sélection par Jonben et Tibo).
Loin de prétendre à l’exhaustivité, ces deux sélections croisent classiques incontournables et perles méconnues, reflets de nos sensibilités respectives. C’est sans dire que la discographie de Neurosis, en particulier entre Souls at Zero (1992), Enemy of the Sun (1993), Through Silver in Blood (1996), Times of Grace (1999) et A Sun That Never Sets (2001) est immanquable et a cimenté le genre, donc nous éviterons de les citer, mais présenterons plutôt nos albums préférés entre monuments fondateurs (Isis, Jesu, Pelican) et disques cultes plus confidentiels (Overmars, Obscure Sphinx, Blindead), sans oublier des sorties récentes qui prouvent que la scène reste en pleine vitalité (Grant the Sun, le retour de Cult of Luna), voici vingt albums qui incarnent à nos yeux l’essence et la diversité du Post-Metal.
Tout d’abord, ceux que nous avons chroniqués:
Tarantula Hawk – Album 2 (2005)
Heavy psych/kraut sans guitare ni voix, Tarantula Hawk mise sur des synthés massifs et des suites instrumentales de longue haleine. Entre post-metal et psychédélisme, leur univers évoque une transe rituelle, dense et suffocante. Un disque rare, extrême et immersif.
Pelican – Australasia (2004)
Avec ce premier album, Pelican cristallise l’identité du post-metal instrumental : lenteur assumée, riffs sludge/stoner massifs et progressions patiemment construites. Loin d’être monolithique, Australasia déploie des compositions aux dynamiques riches et hypnotiques, un jalon majeur pour le genre.
Nadja – Touched (2007)
Premier grand jalon du duo Aidan Baker et Leah Buckareff, Touched superpose lenteur électronique, guitares shoegaze et un poids doom écrasant. Comme des Godflesh ralentis jusqu’à l’ivresse, Nadja explore une intensité hypnotique et rêveuse qui réinvente le langage du metal expérimental.
Isis – Panopticon (2004)
Suite spirituelle d’Oceanic, cet album en offre une déclinaison plus lumineuse et atmosphérique, tout en conservant une puissance émotionnelle inentamée. Avec ses crescendos patients, ses textures foisonnantes et son sens du détail et des mélodies marquantes, Panopticon demeure l’une des œuvres les plus abouties du post-metal.
Jesu – Jesu (2005)
Justin Broadrick, après Godflesh, invente un langage inédit : tempos monolithiques, basses assommantes, guitares shoegaze et chant monocorde, quasi hypnotique. Entre lourdeur métallique et mélancolie dream/sludge, cet album jette les bases d’un post-metal à la fois massif et fragile.
Overmars – Affliction Endocrine… Vertigo (2005)
Un disque culte de l’underground français : noirceur totale, tension apocalyptique et déferlantes sludge/doom. Les morceaux, longs et implacables, imposent une atmosphère désespérée, préfigurant des formations comme Celeste ou Amenra. Une plongée sans échappatoire.
Amen Ra – Mass III (2006)
Ce troisième chapitre assis la réputation du collectif flamand, Amenra y affirme sa singularité : un post-metal d’une intensité spirituelle, presque liturgique. Chaque morceau se vit comme une cérémonie sonore, entre riffs écrasants, silences lourds et une rage canalisée en transe collective. Une révélation pour le collectif flamand.
Capricorns – Ruder Forms Survive (2005)
Instrumental et ténébreux, ce disque navigue entre sludge et doom, développant une intensité rampante sur des structures lentes et menaçantes. L’atmosphère occulte et les riffs massifs en font une perle cachée du post-metal des années 2000.
Battle Of Mice – A Day of Nights (2006)
Fruit d’une collaboration explosive entre Julie Christmas (Made Out of Babies) et Josh Graham (Neurosis), cet album unique conjugue voix habitées, fragiles ou hystériques, et guitares spatiales et écrasantes. Tendu entre attraction et répulsion, le disque est un coup d’éclat irrépétable, un monument éphémère du genre.
Callisto – Noir (2006)
Les Finlandais de Callisto élargissent le spectre du post-metal en y intégrant des influences post-rock et des touches de jazz sombre. Noir se distingue par ses atmosphères mouvantes, ses montées cathartiques et une écriture fluide qui brouille les frontières stylistiques.
Kongh – Counting Heartbeats (2007)
Un sludge/post-metal désespéré et intense, où les compositions longues alternent fureur, désespoir et passages plus contemplatifs. Les Suédois réussissent ici un équilibre subtil entre puissance et atmosphère, donnant naissance à un album riche en contrastes.
Mouth Of The Architect – Quietly (2008)
Un sommet du post-metal américain : Quietly superpose crescendos étouffants, ambiances atmosphériques et déferlantes cathartiques. L’album conjugue intensité brute et émotion viscérale, plaçant Mouth of the Architect parmi les héritiers les plus crédibles d’Isis et de Neurosis.
Cult of Luna – The Long Road North (2022)
Deux décennies après leurs débuts, les Suédois confirment leur statut de référence absolue avec un disque monumental. The Long Road North déploie des fresques sonores à la fois massives et aériennes, où chaque morceau prend des allures de voyage cinématographique.
Grant the Sun – Voyage (2023)
Le trio norvégien condense l’essence du post-metal moderne : riffs tourbillonnants, breakdowns massifs, envolées shoegaze et contrastes vocaux allant des chuchotements anxieux aux hurlements abyssaux. Sophistiqué et mélodique, Voyage repousse les limites du genre en y injectant une rare profondeur émotionnelle.
Et à cette liste on peut également ajouter:
L’unique EP de Mare (2003, Hydra Head) OVNI canadien de 25 minutes : lourdeur, mélodies éthérées, ruptures, noise. Un météore culte, trop bref, qui concentre une intensité et une inventivité hors norme.
Latitudes – Agonist (2009)
Les Britanniques de Latitudes proposent un post-metal instrumental puissant et massif, riche en ambiances progressives. Agonist impose des textures lourdes et mélancoliques, oscillant entre sludge rugueux et envolées atmosphériques.
Russian Circles – Empros (2011)
Un des sommets du trio de Chicago, où riffs hypnotiques et envolées instrumentales se combinent pour créer des récits sonores sans paroles. Entre puissance brute et lyrisme atmosphérique, Empros confirme Russian Circles comme figure incontournable de la scène instrumentale post-metal.
Blindead – Affliction XXIX II MXMN (2011)
Les Polonais développent un post-metal dense et dramatique, enrichi de touches progressives et d’un sens aigu de la mise en tension. Un disque sombre et varié, qui explore des climats oppressants et introspectifs.
Year of No Light – Tocsin (2013)
Les Bordelais livrent avec Tocsin une œuvre monumentale, instrumentale et apocalyptique. Couches de guitares, atmosphères écrasantes, montée en intensité inéluctable : un manifeste du post-metal européen moderne.
Obscure Sphinx – Void Mother (2013)
Originaire de Pologne, Obscure Sphinx conjugue lourdeur et atmosphères éthérées, porté par la voix habitée de Wielebna. Void Mother est un album viscéral, où la rage et la mélancolie s’entrelacent dans une intensité rare.
Giant Squid – Minoans (2014)
Un projet unique, mêlant sludge, doom et une forte dimension progressive. Avec Minoans, Giant Squid tisse une fresque méditerranéenne originale, où riffs lourds et arrangements atypiques se répondent dans une atmosphère à la fois exotique et tragique.
SubRosa – For This We Fought the Battle of Ages (2016)
Chef-d’œuvre du doom/post-metal violoneux de Salt Lake City. For This We Fought… est une fresque féministe et oppressante, qui allie intensité émotionnelle, lourdeur suffocante et une instrumentation unique.
Dead to a Dying World – Elegy (2019)
Un album d’une ambition rare, mêlant post-metal, doom, black et touches orchestrales. Elegy déploie des fresques de plus de dix minutes, où se croisent rage apocalyptique, chœurs désespérés et envolées mélodiques. Monumental.
Cette liste n’a évidemment rien de définitive : le Post-Metal est un territoire en perpétuelle expansion, où chaque année apporte son lot de découvertes et de réinterprétations. Et puis chacun aura ses préférences, en termes de groupes comme d’album à choisir dans chaque discographie, mais ces albums constituent pour nous des jalons essentiels, des disques auxquels nous revenons régulièrement et qui continuent de nourrir notre passion pour ce genre singulier. D’autres chroniques à venir sur Eklektik Rock permettront de prolonger cette exploration, entre nouveautés marquantes et réécoutes de classiques.
Pour replacer ces choix dans une perspective plus large, retrouvez également notre article consacré à l’histoire et aux origines du Post-Metal, publié récemment sur Eklektik Rock.













Amenra
RBD
il y a 10 moisBien que présent pendant le processus de naissance, j’ai bien du mal à dire quand ou avec qui le Post-Metal a vraiment commencé. Les Swans auront à terme suscité une inspiration déterminante, aucun doute là-dessus (Jarboe a collaboré avec Neurosis). Puis j’ai toujours rattaché la Sainte Trinité Neurosis/ Isis/ Cult of Luna à leurs origines Hardcore, même Pelican s’en revendiquait (je vois mal par où mais bon…), si bien que l’origine doit se trouver dans le Post-Core. Ils ont inspiré un mouvement très similaire dans le Metal, et les traces de HC ayant disparu rapidement dans les trois cas je peux comprendre qu’on les assimile au Post-Metal, mais cela me semble inexact. Pareil pour Godflesh que j’ai toujours perçu comme du Doom Industriel, et plus Jesu comme du vrai Post-Metal. Amen Ra me semble bien incarner le pont entre Post-Core et Post-Metal.
Les premiers groupes que j’ai identifié comme authentiquement Post-Metal au fil des concerts et découvertes seraient en vrac The Ocean, Year of No Light, Russian Circles… Il n’était plus possible de leur trouver une substance Hardcore.
Mais je suis surtout friand de la frange du Death dit dissonant qui se rattache plus sûrement à cette veine Post-Core puis Post-Metal : Ulcerate bien sûr, Setentia, Karmacipher, etc.
jonben
il y a 10 moisTu as raison sur le fond, et d’ailleurs à l’époque on utilisait le terme Post-Hardcore, du moins en France (il suffit de relire nos chroniques d’il y a 20 ans).
Puis progressivement ça a glissé vers Post-Metal.
Pour moi, ce glissement est plus du au fait que le terme Post-Hardcore a lui-meme été utilisé pour décrire une autre évolution du Punk/Hardcore, en fait le « Post-Hardcore comme version Post-Rock du Hardcore » s’est fait effacer par le « Post-Hardcore version plus libre, indie, expérimentale et mélodique du Hardcore » et au final ça décrit aujourd’hui plutot des groupes comme At The Drive-In ou meme beaucoup de groupes qu’on peut qualifier de « emo ».
Voir notre article à ce sujet:
https://www.eklektik-rock.com/2025/10/post-metal-quand-le-metal-devient-atmosphere/
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